Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
Retour aux livres
Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel

DES ARTIFICES QUE LE DÉMON EMPLOIE POUR RETENIR DANS SES LIENS CEUX QUI CONNAISSENT LEUR MAUVAIS ÉTAT ET CHERCHENT À EN SORTIR ; ET POURQUOI NOS BONS PROPOS DEMEURENT SOUVENT SANS EXÉCUTION

DES ARTIFICES QUE LE DÉMON EMPLOIE POUR RETENIR DANS SES LIENS CEUX QUI CONNAISSENT LEUR MAUVAIS ÉTAT ET CHERCHENT À EN SORTIR ; ET POURQUOI NOS BONS PROPOS DEMEURENT SOUVENT SANS EXÉCUTION
L’arme dont le démon se sert pour tromper et vaincre ceux qui connaissent le mauvais état de leur conscience et veulent changer de vie, c’est cette pensée : « Je me convertirai plus tard. » Et ils s’en vont répétant le cri du corbeau : « Cras, cras, demain, demain. » Je veux, disent-ils, terminer d’abord cette affaire, sortir de cet embarras. Après quoi, je m’adonnerai plus tranquillement à la vie spirituelle. C’est là un piège auquel beaucoup se sont laissés prendre et se laissent prendre encore tous les jours.
Ce qui les fait ainsi succomber au piège du démon, c’est cette torpeur et cette paresse d’esprit qui les empêche, dans une affaire où le salut de notre âme et l’honneur de Dieu sont engagés, de prononcer enfin cette parole victorieuse : « Maintenant, maintenant, et pourquoi plus tard ? Aujourd’hui, et pourquoi demain ? » Ne devraient-ils pas se dire : « Quand même ce plus tard et ce demain me seraient assurés, est-ce un moyen de faire mon salut et de me préparer à la victoire, que de me jeter au-devant des traits de l’ennemi et de me précipiter dans de nouveaux désordres ? »
Vous voyez donc que le moyen d’éviter cette illusion et celle dont il a été parlé au chapitre précédent, le moyen de triompher de l’ennemi, c’est la prompte obéissance aux pensées et aux inspirations divines. Je parle d’obéissance prompte et non de simple propos, car les propos sont trompeurs, et ils ont trompé bon nombre de personnes pour plusieurs raisons.
La première que j’ai touchée plus haut, c’est que nos résolutions ne sont pas fondées sur la défiance de nous-mêmes et la confiance en Dieu, et qu’ainsi nous ne parvenons pas à découvrir en nous ce fond d’orgueil qui est le principe de notre illusion et de notre aveuglement. La lumière pour connaître ce mal et le remède pour le guérir nous viennent de la bonté divine. Le Seigneur permet que nous tombions, afin que notre chute nous fasse passer de la présomption à la confiance en Dieu, et de l’orgueil à la connaissance de nous-mêmes. Si nous voulons que nos résolutions soient efficaces, il faut les rendre fermes, et elles seront fermes quand elles auront pour base la conviction de notre impuissance et une humble confiance en Dieu.
La deuxième raison, c’est que, dans les résolutions que nous prenons, nous ne considérons que la beauté et l’excellence de la vertu. Notre volonté, si lâche et si faible qu’elle soit, se sent attirée vers elle, mais à la vue des difficultés qu’il faut vaincre pour l’acquérir, elle se rebute et retourne en arrière. Accoutumez-vous donc à aimer davantage les difficultés que présente l’acquisition des vertus, que les vertus elles-mêmes. Pensez à ces difficultés, tantôt plus, tantôt moins ; mais ne les perdez jamais de vue, si vous voulez que vos efforts soient couronnés de succès. Sachez du reste que vous remporterez sur vous-même et sur vos ennemis une victoire d’autant plus prompte et plus éclatante que vous embrasserez plus généreusement les difficultés et que vous les aimerez davantage.
La troisième raison, c’est que nos résolutions ont moins la vertu et la volonté de Dieu pour objet que notre intérêt propre. Ce défaut se remarque surtout dans les résolutions que nous prenons d’ordinaire quand nous sommes comblés de consolations spirituelles, ou bien encore lorsque l’adversité nous presse de toute part, et que nous ne trouvons d’allégement à notre douleur que dans le propos de nous donner entièrement à Dieu et de nous consacrer sans réserve aux exercices des vertus. Pour éviter ce défaut, soyez, à vos moments de ferveur spirituelle, humble et circonspect dans vos résolutions, et plus encore dans vos promesses et vos vœux. À vos heures d’affliction, proposez-vous uniquement de porter votre croix avec la patience que le Seigneur attend de vous, et de mettre en elle toute votre gloire, au point de refuser les consolations humaines et parfois même les consolations divines. La seule chose que vous devez désirer et demander, c’est que Dieu vous aide à supporter l’adversité, sans blesser la vertu de patience et sans déplaire au Seigneur.
Retour en haut