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Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel
QUELQUES AVIS POUR SURMONTER LES PASSIONS MAUVAISES ET POUR AVANCER DANS LA VERTU
QUELQUES AVIS POUR SURMONTER LES PASSIONS MAUVAISES ET POUR AVANCER DANS LA VERTU
Quoique je vous aie beaucoup parlé déjà des moyens à prendre pour vous vaincre vous-même et orner votre âme des vertus chrétiennes, il me reste encore quelques avis à vous donner.
Premièrement, gardez-vous bien, si vous voulez faire des progrès dans la vertu, d’avoir pour vos exercices spirituels une règle pour ainsi dire stéréotypée qui fixe un exercice à un jour, et l’autre à un autre jour. L’ordre à suivre dans ce combat et dans cet exercice, c’est de faire la guerre aux passions dont les attaques vous ont causé et vous causent encore chaque jour le plus de dommage, et d’acquérir, dans le plus haut degré possible, les vertus qui leur sont opposées. Une fois en possession de ces vertus, vous aurez mille occasions d’acquérir les autres, vous le ferez facilement et sans qu’il soit besoin pour cela d’actes multipliés, car les vertus sont tellement liées les unes aux autres qu’il suffit d’une vertu fortement ancrée dans notre cœur pour y attirer bientôt toutes les autres.
Deuxièmement, ne limitez jamais le temps que vous emploierez à acquérir une vertu. Ne déterminez ni les jours, ni les semaines, ni les années, mais faites comme si vous en étiez encore à vos premiers pas, et, semblable à un soldat nouvellement enrôlé, combattez sans trêve et gravissez les hauteurs de la perfection. Ne vous arrêtez pas un seul instant, parce que s’arrêter dans le chemin de la vertu et de la perfection ce n’est pas se reposer et reprendre des forces, c’est reculer et s’affaiblir de plus en plus. Quand je parle de s’arrêter, j’entends se persuader que l’on est arrivé à la perfection, négliger les occasions qui se présentent de poser de nouveaux actes de vertu et mépriser les fautes légères. Soyez donc soigneux, fervent et toujours prêt à saisir les moindres occasions de pratiquer la vertu. Aimez toutes les occasions d’avancer dans la sainteté. Aimez surtout celles qui présentent de grandes difficultés, car les efforts que l’on fait pour surmonter les obstacles forment plus promptement les habitudes vertueuses et les enracinent plus profondément dans notre âme. Chérissez donc les personnes qui vous fournissent ces occasions. Seulement, évitez avec soin et fuyez à pas précipités tout ce qui pourrait donner lieu aux tentations de la chair.
Troisièmement, soyez prudent et discret à l’égard des pratiques qui peuvent mettre votre santé en danger, comme la discipline, les cilices, le jeûne, les macérations et autres mortifications du même genre : on doit se former à ces exercices peu à peu et par degrés, ainsi que nous le dirons par après. Pour ce qui concerne les vertus purement intérieures, comme l’amour de Dieu, le mépris du monde, l’humilité, la haine des passions mauvaises et du péché, la douceur et la patience, l’amour du prochain et des ennemis, il ne faut pas chercher à les acquérir peu à peu et à s’y élever par degrés, mais en produire les actes avec toute la perfection possible.
Quatrièmement, que toutes les pensées de votre âme, tous les désirs de votre cœur et tous les actes de votre volonté n’aient qu’un seul but : vaincre la passion que vous combattez et acquérir la vertu contraire. Que ce soit là pour vous le monde entier, le ciel et la terre. N’ambitionnez point d’autre trésor, et faites toutes vos actions en vue de plaire à Dieu. Que vous mangiez ou que vous jeûniez, que vous travailliez ou que vous vous reposiez, que vous veilliez ou que vous dormiez, que vous restiez chez vous ou que vous sortiez, que vous vous appliquiez aux exercices de piété ou aux œuvres manuelles, votre unique but doit être de vaincre et de surmonter cette passion et d’acquérir la vertu contraire.
Cinquièmement, haïssez généralement les commodités et les agréments de la vie, et vous ne serez que faiblement combattu par les vices qui, tous, ont le plaisir pour racine. Retranchez, par la haine de vous-même, cette racine maudite, et tous les vices perdront en vous leur force et leur vigueur. Mais si, pendant que vous faites la guerre à un vice et que vous résistez aux séductions d’un plaisir en particulier, vous vous attachez à d’autres plaisirs défendus, ne le fussent-ils que sous peine de faute légère, la lutte sera rude et sanglante et la victoire incertaine et rare. C’est pourquoi ayez toujours présentes à l’esprit ces sentences de l’Écriture : « Celui qui aime son âme la perdra, et celui qui hait son âme en ce monde, la gardera pour la vie éternelle » (Jn 12, 25). « Mes frères, nous ne sommes pas redevables à la chair pour vivre selon la chair : car si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’esprit vous faites mourir les œuvres de la chair, vous vivrez » (Rm 8, 13).
Sixièmement enfin, je vous avertis qu’il est utile, et parfois nécessaire, de faire avant tout une confession générale accompagnée de toutes les dispositions requises, et cela pour mieux vous assurer de l’amitié de celui qui est la source de toutes les grâces et l’auteur de toutes les victoires.