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Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel
COMMENT NOUS DEVONS NOUS PRÉPARER À LA COMMUNION, SI NOUS VOULONS QU’ELLE NOUS EXCITE À L’AMOUR DE DIEU
COMMENT NOUS DEVONS NOUS PRÉPARER À LA COMMUNION, SI NOUS VOULONS QU’ELLE NOUS EXCITE À L’AMOUR DE DIEU
Si vous voulez que la sainte Eucharistie embrase votre cœur du feu de l’amour divin, pensez à l’amour que Dieu vous a témoigné. Dès la veille au soir, considérez que ce Seigneur si grand et si puissant ne s’est pas contenté de vous créer à son image et à sa ressemblance et d’envoyer son Fils unique sur la terre afin qu’il y souffrît durant trente-trois ans en expiation de vos iniquités et qu’il endurât, pour votre salut, des tourments inouïs et la mort cruelle de la croix, mais que de plus il a voulu vous le laisser pour être votre nourriture et votre soutien dans le très Saint Sacrement de l’autel.
Examinez attentivement, en cet amour, les qualités éminentes qui le rendent à tous égards parfait et sans égal.
Premièrement, si vous considérez sa durée, vous y reconnaîtrez un amour perpétuel, un amour sans commencement. Comme Dieu est éternel en sa divinité, ainsi l’est-il en son amour. C’est cet amour qui lui a fait prendre en lui-même, avant tous les siècles, la résolution de nous donner son Fils unique d’une manière si admirable. À cette pensée, vous vous écrierez dans les transports d’une sainte allégresse : « Il est donc vrai qu’en cet abîme de l’éternité, ma bassesse était si chérie et si estimée de ce grand Dieu qu’il pensait à moi et désirait dans son ineffable charité me donner son Fils unique en nourriture ! »
Deuxièmement, tous les autres amours, si ardents qu’ils soient, ont des bornes qu’ils ne peuvent dépasser. L’amour de Dieu seul est sans mesure. C’est pour satisfaire pleinement cet amour qu’il nous a donné son propre Fils, ce Fils unique qui l’égale en majesté et en perfection, qui a la même substance et nature que lui. Ainsi l’amour est aussi grand que le don, et le don aussi grand que l’amour, et l’un et l’autre sont tels qu’ils surpassent tout ce que l’intelligence peut imaginer de plus sublime.
Troisièmement, Dieu dans son amour pour nous n’a cédé à aucune nécessité, à aucune contrainte. C’est à sa bonté naturelle uniquement que nous devons ce gage ineffable de son affection pour nous.
Quatrièmement, aucune œuvre, aucun mérite de notre part n’a pu engager ce Maître souverain à honorer notre bassesse d’un tel excès d’amour. C’est par pure libéralité qu’il s’est donné à de pauvres créatures telles que nous.
Cinquièmement, si vous examinez la pureté de cet amour, vous n’y verrez pas ce mélange d’intérêt qui se rencontre dans les amitiés mondaines. Le Seigneur n’a que faire de nos biens, puisqu’il jouit en lui-même et indépendamment de nous d’un bonheur et d’une gloire sans bornes. Et si, dans sa bonté et sa charité ineffables, il s’est abaissé vers nous, c’est notre avantage et non le sien qu’il a recherché. À cette pensée, vous vous direz en vous-même : « Comment se peut-il qu’un Dieu infiniment grand mette son affection dans une si abjecte créature ? Que voulez-vous, ô Roi de gloire, qu’attendez-vous de moi qui ne suis qu’un peu de poussière ? Je vois parfaitement, ô mon Dieu, dans les splendeurs de votre ardente charité, que vous n’avez qu’un seul dessein, et cette vue me découvre plus clairement que jamais la pureté de votre amour. Vous voulez, en vous donnant à moi en nourriture, me transformer en vous, non que vous ayez besoin de moi, mais parce que vous désirez que, vivant en vous, et vous en moi, je devienne par cette union amoureuse un autre vous-même, et que mon cœur si vil et si attaché aux choses de la terre ne fasse plus avec le vôtre qu’un cœur céleste et divin. »
Pénétré d’étonnement et de joie à la vue de l’estime et de l’amour dont Dieu vous honore, et persuadé que son amour tout-puissant n’a d’autre dessein, d’autre volonté que d’attirer à lui votre amour, en le détachant d’abord de toutes les créatures, et ensuite de vous-même qui êtes aussi une créature, offrez-vous tout entier en holocauste au Seigneur, afin que son amour seul et le désir de lui plaire dirigent votre entendement, votre volonté et votre mémoire, et règlent désormais l’usage de vos sens.
Considérant ensuite que rien n’est capable de produire en vous ces fruits divins, comme la digne réception du très Saint Sacrement de l’autel, ouvrez au Seigneur le chemin de votre âme par les oraisons jaculatoires et les amoureuses aspirations qui suivent : « Ô nourriture plus que céleste, quand viendra l’heure où, embrasé des seules flammes de votre amour, je me sacrifierai tout entier à vous ? Quand donc viendra cette heure, quand viendra-t-elle, ô amour incréé ? Ô manne céleste, quand sera-ce que, dégoûté de tout aliment terrestre, je ne soupirerai plus qu’après vous, je ne me nourrirai plus que de vous ? Quand sera-ce, ô douceur de mon âme, ô mon unique bien ? Je vous en conjure, ô mon très aimant et très puissant Seigneur, dégagez dès maintenant ce misérable cœur de toute attache, de toute passion coupable, et ornez-le de vos admirables vertus et de cette intention pure qui ne cherche en toute chose que votre bon plaisir. Alors je vous ouvrirai mon cœur, je vous inviterai, j’userai d’une douce violence pour vous contraindre d’y entrer. Et vous, Seigneur, vous opérerez en moi, sans rencontrer de résistance, les effets que vous avez toujours désiré y produire. »
Ce sont là les sentiments d’amour que vous entretiendrez dans votre âme le soir et le matin, afin de vous préparer à la communion. Quand approche le temps de communier, considérez quel est celui que vous allez recevoir. C’est le Fils de Dieu, celui dont la majesté souveraine fait trembler les cieux et toutes les vertus des cieux. C’est le Saint des saints, le miroir sans tache, la pureté incompréhensible, en comparaison de laquelle toute créature est souillée. C’est celui qui, devenu semblable à un ver de terre et confondu avec la lie du peuple, a voulu par amour pour vous être rebuté, foulé aux pieds, tourné en dérision, couvert de crachats et attaché à la croix par la malignité et l’injustice du monde. Vous allez, dis-je, recevoir ce Dieu qui tient dans sa main la vie et la mort de l’univers entier.
Considérez d’un autre côté que de vous-même vous n’êtes rien, et que par le péché, vous vous êtes volontairement ravalé au-dessous des êtres les plus vils et les plus immondes, et rendu digne d’être à jamais l’opprobre et le jouet des esprits infernaux. Qu’au lieu de témoigner à Dieu votre reconnaissance pour les immenses et innombrables bienfaits qu’il vous a accordés, vous avez, en suivant vos caprices et vos passions, méprisé ce Maître si grand et si plein d’amour, et foulé aux pieds son sang précieux. Que dans sa charité persévérante et son immuable bonté, il vous invite néanmoins à vous approcher de sa Table sainte, qu’il vous y oblige même sous peine de mort. Il ne vous refuse point l’accès de sa miséricorde, il ne se détourne point de vous, bien que par nature vous soyez couvert de lèpre, boiteux, hydropique, aveugle, possédé du démon, et que vous vous soyez livré à toutes les débauches. Tout ce qu’il demande de vous, c’est : premièrement, que vous vous repentiez de l’avoir offensé. Deuxièmement, que vous haïssiez par-dessus toute chose le péché, mortel et véniel. Troisièmement, que vous vous teniez étroitement uni à sa volonté sainte, par l’affection toujours, et par les effets quand il vous intimera ses ordres. Quatrièmement enfin, que vous espériez avec une ferme confiance qu’il vous pardonnera vos offenses, effacera vos souillures et vous défendra contre tous vos ennemis. Ainsi fortifié par la pensée de l’amour ineffable que vous porte votre divin Sauveur, vous vous approcherez de la Table sainte avec un respect mêlé de crainte et d’amour. Seigneur, lui direz-vous, je ne suis pas digne de vous recevoir, parce que je vous ai si souvent et si grièvement offensé, et que je n’ai pas encore pleuré mes fautes comme je dois le faire. Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, parce que je ne suis pas pur de toute attache au péché véniel. Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir, parce que je ne me suis pas encore donné sincèrement à votre amour, à votre volonté, et à l’entier accomplissement de vos ordres. Ô Dieu tout-puissant et infiniment bon, je vous en conjure au nom de votre bonté et de vos promesses, rendez-moi digne de vous recevoir avec foi et amour.
Aussitôt après la communion, recueillez-vous dans le secret de votre cœur et, oubliant toute chose créée, entretenez-vous avec votre divin Sauveur en ces termes, ou autres semblables. « Ô Roi du ciel, qui donc vous a fait descendre en moi qui ne suis qu’une créature misérable, pauvre, aveugle et dénuée de tout ? » Et il vous répondra : « C’est l’amour. » Et vous lui répliquerez : « Ô amour incréé, ô amour plein de charmes, que voulez-vous de moi ? » « Rien, dira-t-il, sinon l’amour. Je ne veux voir d’autre feu brûler sur l’autel de ton cœur, dans tes sacrifices et dans toutes tes œuvres, que le feu de mon amour ; qu’il consume en toi tout amour terrestre et toute volonté propre, et fasse monter jusqu’à moi le plus suave des parfums. C’est là ce que j’ai toujours demandé et que je demande encore, car mon désir est que je sois tout à toi, et que tu sois toi-même tout à moi. Et ce désir restera sans accomplissement aussi longtemps que, faute d’avoir fait cet acte de renoncement à toi-même qui m’est si agréable, tu demeureras attaché à ton amour-propre, à ton jugement, à tes volontés et au désir que tu as d’être estimé des hommes. Je demande de toi la haine de toi-même pour te donner mon amour, ton cœur pour l’unir à mon cœur qui a été ouvert sur la croix pour recevoir le tien. Je te requiers tout entier pour me donner tout entier à toi. Tu sais que je vaux incomparablement plus que toi, et néanmoins je consens dans ma bonté à ne pas m’estimer plus haut que toi. Achète-moi donc maintenant, ô âme bien-aimée, en te donnant à moi. Je veux que tu arrives à ne rien vouloir, ne rien penser, ne rien entendre, ne rien voir en dehors de moi et de ma volonté, afin qu’en toi ce soit moi qui veuille, pense, entende et voie. Et que ton néant ainsi absorbé dans l’abîme de ma grandeur infinie se convertisse en elle. De cette façon, tu seras pleinement heureuse en moi, et moi-même pleinement heureux en toi. »
Enfin, vous présenterez au Père éternel son Fils bien-aimé, pour le remercier du don qu’Il vous a fait et pour solliciter de sa bonté les grâces que vous désirez obtenir pour vous-même, pour la sainte Église, pour vos parents, pour vos bienfaiteurs et pour les âmes du purgatoire. Cette offrande, vous l’unirez à celle que Jésus-Christ fit de lui-même sur la croix, lorsqu’il s’offrit tout sanglant à son Père céleste. Vous pourrez lui offrir de même toutes les messes qui se célébreront ce jour-là dans la sainte Église romaine.