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Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel
DE L’OFFRANDE DE SOI-MÊME À DIEU
DE L’OFFRANDE DE SOI-MÊME À DIEU
Pour que cette offrande soit entièrement agréable à Dieu, nous avons deux choses à faire : la première, unir cette offrande à celle que Jésus-Christ a faite à son Père, la seconde dégager notre volonté de toute attache aux créatures.
Pour la première, vous devez savoir que le Fils de Dieu, lorsqu’il vivait en cette vallée de larmes, ne se contentait pas de s’offrir lui-même avec ses œuvres à son Père céleste, mais qu’il lui offrait en même temps notre personne et nos œuvres. Notre offrande doit donc se faire en union avec la sienne et s’appuyer entièrement sur elle.
Pour la seconde, voyez, avant de vous offrir au Seigneur, si votre volonté est entièrement détachée des créatures : et, si elle ne l’est pas, débarrassez-la d’abord de ses liens. Pour cela, recourez à Dieu et demandez-lui de briser lui-même vos entraves, afin que vous puissiez vous offrir à sa divine majesté, dégagé et libre de toute affection terrestre. Ce point mérite toute votre attention, car lorsque vous offrez à Dieu un cœur attaché aux créatures, ce n’est pas votre bien que vous offrez à Dieu, mais le bien des autres, puisque ce n’est plus à vous-même que vous appartenez, mais bien aux créatures à qui vous avez attaché votre volonté. Un semblable présent est plutôt une moquerie et elle ne peut que déplaire au Seigneur. De là vient que l’offrande que nous faisons de nous-mêmes au Seigneur ne produit en nous aucun fruit de vertu, et même qu’elle nous fait tomber en beaucoup d’imperfections et de fautes.
Nous pouvons, il est vrai, nous offrir à Dieu alors même que nous sommes attachés aux créatures, mais c’est à la condition de demander à Dieu qu’il daigne briser nos liens, pour que nous puissions ensuite nous dévouer tout entiers au service de sa divine majesté, ce qu’il faut faire souvent et avec beaucoup de ferveur. Que votre offrande soit donc pure de toute affection étrangère et de tout attachement à votre volonté propre. Ne considérez ni les biens de la terre, ni ceux du Ciel. N’envisagez que la volonté et la Providence de Dieu, à laquelle vous devez vous soumettre sans réserve et vous sacrifier en perpétuel holocauste. Et oubliant toutes les choses créées, dites-lui : « Voici, ô mon Dieu et mon Créateur, que je remets ma personne et ma volonté tout entière entre les mains de votre éternelle Providence. Faites de moi tout ce qu'il vous plaira durant ma vie, ma mort et après ma mort, dans le temps et dans l’éternité. » Si en parlant ainsi, vous parlez sincèrement (et vous vous en apercevrez au temps de l’adversité), de terrestre que vous êtes vous deviendrez tout spirituel, et vous ferez avec Dieu un échange à jamais heureux : vous serez à Dieu et Dieu sera à vous, car il est toujours à ceux qui se détachent des créatures et d’eux-mêmes pour se donner à lui et se sacrifier à sa divine majesté.
Vous voyez donc, âme chrétienne, un moyen très puissant de vaincre tous vos ennemis, car si par l’offrande de vous-même à Dieu vous vous unissez à lui de manière à être tout à lui et lui tout à vous, quel ennemi sera capable de vous nuire ? Et lorsque vous voudrez lui offrir des jeûnes, des oraisons, des actes de patience et autres bonnes œuvres, rappelez-vous les jeûnes, les oraisons et toutes les actions que Jésus-Christ offrait à son Père, mettez votre confiance en leur mérite et leur vertu, et offrez-lui ensuite les vôtres.
Si vous voulez offrir au Père céleste les actions de Jésus-Christ en satisfaction de vos offenses, voici la méthode que je conseille de suivre. Faites une revue générale, et parfois même détaillée, des égarements de votre vie et, convaincu que de vous-même vous ne pouvez apaiser la colère de Dieu, ni satisfaire à sa justice, recourez à la vie et à la Passion de son Fils. Considérez-le dans une circonstance quelconque de sa vie. Voyez-le, par exemple, prier et jeûner, souffrir et répandre son sang, afin de vous réconcilier avec lui et de payer la dette contractée par vos péchés. Ô Père éternel, dit-il, voilà que, pour être fidèle à vos ordres, je satisfais surabondamment à votre justice pour les péchés et les dettes de N… Que votre divine majesté daigne lui pardonner et l’admettre au nombre des élus. Présentez alors pour vous-même au Père céleste l’offrande et les prières de son divin Fils, et conjurez-le, par leur mérite, de vous remettre vos offenses.
Vous pourrez suivre cette méthode, que vous passiez d’un mystère à l’autre ou que vous parcouriez les différentes circonstances d’un même mystère, que vous priiez pour vous-même ou que vous priiez pour d’autres.