Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel

DE LA MANIÈRE DE GOUVERNER LES SENS EXTÉRIEURS ET COMMENT ON PEUT LES FAIRE SERVIR À LA CONTEMPLATION DES CHOSES DIVINES

DE LA MANIÈRE DE GOUVERNER LES SENS EXTÉRIEURS ET COMMENT ON PEUT LES FAIRE SERVIR À LA CONTEMPLATION DES CHOSES DIVINES
La direction et le bon gouvernement des sens extérieurs exigent une grande vigilance et une application constante, car l’appétit sensitif qui est, pour ainsi parler, le capitaine de notre nature corrompue, se précipite éperdument à la poursuite des plaisirs et des satisfactions charnelles. Dans l’impuissance où il est de se les procurer par lui-même, il emploie les sens, comme autant de soldats et d’instruments naturels, pour saisir les objets de sa convoitise ; et après s’en être formé une image, il l’attire à lui et l’imprime dans l’âme. C’est de là que vient le plaisir ; à la faveur de l’alliance étroite qui existe entre l’esprit et la chair, il se répand dans tous les sens qui en sont capables ; et il en résulte une contagion qui infecte tout ensemble le corps et l’âme, et finit par tout corrompre.
Vous connaissez le mal, apprenez le remède. Soyez attentif à ne point laisser errer vos sens en liberté ; ne vous en servez point quand le seul plaisir vous y porte et qu’aucune raison d’utilité ou de nécessité n’en légitime l’usage. Et si, trompant votre vigilance, ils s’élancent trop en avant, faites en sorte de les retirer en arrière et de si bien les régler que les créatures, au lieu de les rendre comme auparavant misérablement esclaves des vains plaisirs, leur offrent un riche butin qu’ils pourront ensuite porter au-dedans de l’âme.
Que l’âme alors recueillie en elle-même étende les ailes de ses puissances et s’élève à la contemplation de Dieu. C’est ce que vous pourrez faire de la manière suivante. Lorsqu’un objet se présente à l’un de vos sens, efforcez-vous par la pensée de dégager de cet objet créé ce qu’il y a en lui de spirituel. Songez qu’il ne possède par lui-même aucune des propriétés qui tombent sous vos sens, mais qu’il doit à Dieu tout ce qu’il est, que Dieu, par son Esprit, lui donne d’une manière invisible l’être, la bonté, la beauté et toutes les qualités que vous admirez en lui.
Réjouissez-vous alors de voir que votre Dieu est l’auteur et le principe unique des perfections si nombreuses et si variées des créatures, qu’il les renferme toutes éminemment en lui-même, et qu’elles ne sont qu’une imitation grossière de ses perfections infinies.
Quand vous vous surprendrez à admirer de belles choses, vous les réduirez, par la pensée, à leur propre néant ; puis vous tournerez l’œil de votre âme vers le souverain Créateur qui est présent en elles et qui leur a donné l’être et, ne prenant plaisir qu’en lui seul, vous vous écrierez : « Ô essence divine, essence souverainement désirable, combien je me réjouis de ce que vous êtes le principe unique et infini de tout être créé ! »
Quand vous verrez des arbres, des plantes ou d’autres choses semblables, vous réfléchirez que la vie dont ces êtres sont doués, ils ne la tiennent pas d’eux-mêmes mais de l’Esprit invisible qui seul les vivifie, et vous direz : « Voilà la véritable vie, de laquelle, en laquelle et par laquelle vivent et croissent toutes choses. Oh ! quelle joie j’en ressens en mon cœur !»
De même, en voyant les animaux privés de raison, vous élèverez votre âme à celui qui leur donne la sensibilité et le mouvement, et vous lui direz : « Ô premier moteur qui, en imprimant le mouvement à tous les êtres, demeurez immobile en vous-même, que je me réjouis de votre stabilité et de votre immutabilité ! » Quand vous vous sentez attiré par la beauté des créatures, séparez ce que vous voyez de l’Esprit de ce que vous ne voyez pas, et considérez que c’est l’Esprit invisible qui leur a donné ces charmes extérieurs. Dites-vous alors dans la joie de votre âme : « Voilà les ruisseaux de la fontaine infinie de tout bien. Oh ! quelle joie je ressens au fond de mon cœur, quand je pense à la beauté infinie, éternelle, qui est la source et le principe de toute beauté créée !»
Faites la même distinction lorsque vous verrez briller dans votre prochain la bonté, la justice, ou quelque autre vertu, et dites à votre Dieu : « Ô trésor inépuisable de toutes les vertus, que j’aime à voir que tout bien dérive de vous et se maintient par vous, et que tout n’est que néant en comparaison de vos perfections divines. Je vous remercie, Seigneur, de ce bien et de tout le bien que vous avez fait à mon prochain. Souvenez-vous, mon Dieu, de ma pauvreté et de l’extrême besoin que j’ai de la vertu de… » (Nommez la vertu qui vous manque).
Quand vous vous mettez à faire quelque chose, pensez que Dieu est la première cause de cette action, que vous n’êtes entre ses mains qu’un instrument vivant, et élevez votre pensée vers lui, en disant : « Quelle joie j’éprouve au fond de moi-même, ô Maître suprême de l’univers, en songeant que je ne puis rien faire sans vous, et que vous êtes le premier et le principal artisan de toute chose ! »
Lorsque vous mangez ou que vous buvez, considérez que c’est Dieu qui donne la saveur à la nourriture, et ne prenant votre plaisir qu’en lui seul, dites-vous à vous-même : « Réjouis-toi, mon âme, à la pensée qu’il n’y a point en dehors de Dieu de contentement véritable, mais que, d’un autre côté, tu peux en toutes choses te réjouir uniquement en lui. »
Si vous respirez une odeur agréable, gardez-vous de vous arrêter au plaisir qu’elle vous procure, mais élevez-vous en esprit vers celui qui a fait pour vous ce parfum délicieux et dites-lui dans la joie de votre cœur : « Ah ! mon Dieu, faites, je vous en conjure, que tandis que je prends plaisir à penser que toute suavité dérive de vous, mon âme, dégagée des plaisirs terrestres, s’élève vers vous comme un parfum d’agréable odeur. »
Quand des chants harmonieux viennent frapper votre oreille, élevez votre âme vers Dieu et dites-lui : « Quelle joie j’éprouve, ô mon Seigneur et mon Dieu, quand je songe à l’harmonie plus que céleste que vos infinies perfections, toutes ensemble, rendent au-dedans de vous-même, et au merveilleux concert qu’elles forment par leur union avec les anges, les cieux et toutes les créatures. »
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