Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Lorenzo Scupoli, le combat spirituel

DU TEMPS QUE NOUS DEVONS CONSACRER À L’EXERCICE DE CHAQUE VERTU, ET DES MARQUES DE NOTRE AVANCEMENT SPIRITUEL

DU TEMPS QUE NOUS DEVONS CONSACRER À L’EXERCICE DE CHAQUE VERTU, ET DES MARQUES DE NOTRE AVANCEMENT SPIRITUEL
Pour ce qui regarde le temps que nous devons employer à l’exercice de chaque vertu, ce n’est pas à moi de le déterminer, puisqu’il faut le régler d’après l’état et les besoins particuliers de notre âme, les progrès que nous faisons dans le chemin de la perfection et l’avis de celui qui nous guide dans cette voie. Toutefois, si on s’y appliquait de la manière et avec la sollicitude que nous avons dites, il est certain qu’on ferait en peu de semaines des progrès considérables. C’est une preuve de progrès que de persévérer dans les exercices spirituels malgré les aridités, les ténèbres, les angoisses de l’âme et la privation des consolations sensibles.
Un autre signe non moins évident, c’est la résistance que la concupiscence oppose à nos actes de vertus : plus celle-ci perdra de forces, plus nous aurons sujet de croire que nous avançons dans la perfection. Si donc nous ne sentons aucune contradiction, aucune révolte dans la partie sensitive et inférieure, surtout quand il s’agit d’assauts subits et imprévus, c’est un signe que nous avons acquis la vertu. Et plus nous en produirons les actes avec promptitude et avec joie, plus nous serons autorisés à croire que nous avons retiré de grands fruits de cet exercice.
Remarquons cependant que nous ne devons pas nous croire en possession d’une vertu et regarder comme certain notre triomphe sur une passion parce que, depuis longtemps et après beaucoup de combats, nous n’aurions plus ressenti ses attaques. En ceci encore il peut y avoir ruse et artifice du démon, et illusion de la nature. Il n’est pas rare qu’un orgueil secret nous fasse prendre pour vertu ce qui réellement n’est que vice. D’ailleurs, si nous considérons la perfection à laquelle Dieu nous appelle, quels que soient nos progrès dans la vertu, nous n’aurons pas de peine à nous persuader que nous en avons à peine franchi les premiers degrés. Vous devez donc vous regarder comme un guerrier nouvellement enrôlé ou comme un enfant qui essaie ses premiers pas, et reprendre vos exercices avec votre première ardeur, comme si vous n’aviez rien fait encore.
Souvenez-vous, âme chrétienne, que mieux vaut avancer dans le chemin de la vertu que d’examiner les progrès qu’on y a faits, parce que Dieu, qui seul scrute le fond des cœurs, dévoile ce secret à quelques-uns et le cache à d’autres, selon qu’il voit pour eux, en cette connaissance, un sujet d’humiliation ou une excitation à l’orgueil. Comme un père plein d’amour pour ses enfants, il ôte aux uns le danger et fournit aux autres l’occasion de croître en vertus. Il faut donc que l’âme continue ses exercices, quoiqu’elle ne s’aperçoive pas de ses progrès. Elle les connaîtra lorsqu’il plaira à Dieu de les lui découvrir pour son plus grand bien.
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