Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

DEUXIÈME PARTIE

DEUXIÈME PARTIE
Nous avons donc solidement établi, dans le chapitre premier de la Première Partie, la nécessité où nous sommes tous de prier pour faire notre salut. Nous devons considérer aussi comme certain que chacun reçoit de Dieu la grâce de prier actuellement, effectivement et concrètement, sans avoir besoin pour cela d'une autre grâce particulière. Nous obtenons ainsi toutes les autres grâces nécessaires pour pratiquer les commandements et acquérir la vie éternelle. Si quelqu'un se perd, il ne peut pas prétexter qu'il a manqué des secours nécessaires. Dans l'ordre naturel, Dieu a fixé que l'homme naîtrait nu et qu'il lui faudrait un certain nombre de choses pour vivre. Il lui a donné des mains et une intelligence, grâce auxquelles il peut arriver à se vêtir et à pourvoir à ses autres besoins. De même, dans l'ordre surnaturel, nous sommes incapables d'obtenir par nos seules forces le salut éternel mais le Seigneur, dans sa bonté, accorde à chacun la grâce de la prière. Nous pouvons ensuite demander toutes les grâces nécessaires pour pratiquer les commandements et faire notre salut.
Avant d'aborder ce problème, il convient d'établir deux préliminaires. Le premier : Dieu veut le salut de tous les hommes. Aussi Jésus Christ est-il mort pour tous. Le second : Dieu donne à tous les grâces nécessaires au salut : en y correspondant chacun peut faire son salut.
CHAPITRE I
PRÉLIMINAIRE I
DIEU VEUT LE SALUT DE TOUS.
A CAUSE DE CELA, JÉSUS CHRIST EST MORT POUR LES SAUVER TOUS.
Dieu aime tout ce qu'il a créé : « Tu aimes, en effet, tout ce qui existe et tu n'as de dégoût pour rien de ce que tu as fait » (Sg 11, 24). L'amour ne peut pas rester à ne rien faire : « Tout amour a sa force, dit saint Augustin, il ne peut rester inactif ». L'amour implique nécessairement la bienveillance et celui qui aime ne peut s'empêcher de faire du bien à la personne aimée, chaque fois qu'il le peut : « Quand on aime, on s'efforce de faire pour la personne aimée ce que l'on croit bon pour elle », a écrit Aristote. Si donc Dieu aime tous les hommes, il veut que tous obtiennent le salut éternel, qui est l'unique et suprême bien de l'homme, l'unique fin pour laquelle il les a créés : « Vous avez pour fruit la sainteté et pour fin la vie éternelle » (Rm 6, 22).
Dieu veut le salut de tous les hommes et Jésus Christ est mort pour le salut de tous : c'est là la doctrine certaine et universelle de l'Église. Les théologiens, Petau, Gonet, Gotti, etc. l'affirment communément. Tournely ajoute même que c'est une doctrine très proche de la foi, « proxima fidei ».
C'est donc avec raison que furent condamnés les Prédestinatiens. Ceux-ci prétendaient, entre autres erreurs, comme on peut le voir chez Noris, Petau, et plus en détail encore chez Tournely, que Dieu ne veut pas le salut de tous les hommes. Hincmar, archevêque de Reims, l'affirme clairement dans sa lettre à Nicolas ler : « Les anciens Prédestinatiens ont soutenu que Dieu ne veut pas le salut de tous les hommes mais uniquement celui de ceux qui sont sauvés ». Ils furent condamnés d'abord par le Concile d'Arles, en 475 : « Si quelqu'un dit que le Christ n'est pas mort pour tous les hommes et qu'il ne veut pas que tous les hommes soient sauvés, qu'il soit anathème ! ».
Au Concile de Lyon, en 495, Lucidus fut contraint de se rétracter et de déclarer : « Je condamne tous ceux qui disent que le Christ n'est pas mort pour le salut de tous ». Gotescalc, qui reprit la même erreur au 9e siècle, fut condamné par le Concile de Quiersy. L'article 3 déclarait : « Dieu veut que tous les hommes sans exception soient sauvés, même si tous ne le sont pas effectivement ». Et l’article 4 : « II n’est personne pour qui le Christ n’ait pas souffert, même si tous ne sont pas rachetés effectivement par son sacrifice ». Enfin, cette même erreur fut condamnée dans la 12e et 30e proposition de Quesnel. Il est dit dans la 12e : « Quand Dieu veut sauver une âme, sa volonté est suivie infailliblement d'effet ». Et dans la 30e : « Tous ceux que Dieu veut sauver par le Christ sont infailliblement sauvés ». Ces propositions furent condamnées à juste titre, parce qu'elles signifiaient que Dieu ne veut pas le salut de tous. En disant « ceux que Dieu veut sauver le sont infailliblement », on soutenait indirectement que Dieu ne veut pas le salut de tous les fidèles et encore moins celui de tous les hommes.
Le Concile de Trente, session 6, chapitre 2, a clairement défini cette doctrine. Jésus est mort, y est-il dit, « afin que tous reçoivent le titre de fils adoptifs de Dieu ». Et au chapitre 3 : « Bien qu'il soit mort pour tous, il est vrai que tous ne reçoivent pourtant pas le bénéfice de sa mort ». Le Concile tient donc pour certain que le Rédempteur n'est pas mort pour les seuls Élus mais aussi pour tous ceux qui, par leur propre faute, ne profitent pas du bienfait de la Rédemption. On ne peut dire que le Concile a uniquement voulu affirmer que Jésus Christ a payé un prix suffisant pour le salut de tous. En effet, l'expression employée pourrait alors vouloir dire qu'il est mort aussi pour les démons. D'ailleurs, le Concile de Trente a voulu condamner ici l'erreur des Novateurs. Ceux-ci ne niaient pas que le sang de Jésus fût suffisant pour sauver tous les hommes mais ils disaient qu'en fait il n'avait pas été répandu et donné pour tous. Le Concile a condamné cette erreur en affirmant que le Sauveur est mort pour tous. Il dit en outre, au chapitre 6: C'est par leur espérance en Dieu, basée sur les mérites de Jésus Christ, que les pécheurs se préparent à la justification : « Ce qui les porte à l'espérance, c'est qu'ils ont confiance que Dieu leur sera favorable à cause du Christ ». Or, si Jésus Christ n'avait pas appliqué à tous les hommes les mérites de sa Passion, personne ne pourrait être certain, sans une révélation particulière, d'être du nombre de ces heureux élus. Aucun pécheur ne pourrait nourrir cette espérance car il n'aurait pas de preuve sûre et certaine, indispensable pourtant à l'espérance, que Dieu veut sauver tous les hommes et pardonner, en vertu de ses mérites, à tous les pécheurs bien disposés. Outre l'erreur déjà condamnée de Baïuslz: « Jésus Christ n'est mort que pour les élus », la condamnation vise aussi la 5e proposition de Jansénius : « Il est semipélagien de dire que le Christ est mort ou a versé son sang absolument pour tous les hommes ». Dans sa Constitution de 1653, Innocent X a déclaré expressément : c'est une impiété et une hérésie de dire que le Christ n'est mort que pour les seuls Élus. Par ailleurs, les Saintes Écritures et tous les Saints Pères nous assurent que Dieu veut sincèrement et vraiment le salut de tous les hommes et la conversion de tous les pécheurs, tant qu’ils vivent sur cette terre. Nous avons tout d'abord le texte très clair de saint Paul : « Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » ( 1 Tm 2, 4). La phrase de l’Apôtre est absolue et péremptoire. Au sens propre, ces mots indiquent que Dieu veut vraiment le salut de tous. C'est une règle certaine, universellement admise, que les paroles de la Sainte Écriture ne sont pas à prendre au sens figuré, sinon lorsque le sens littéral est contraire à la foi et aux bonnes mœurs. Saint Bonaventure parle absolument dans le même sens : « Lorsque l'Apôtre affirme que Dieu veut le salut de tous, nous devons admettre qu'il le veut ». Saint Augustin et saint Thomas rapportent, il est vrai, différentes interprétations données par certains à ce texte, mais ils l'ont entendu tous les deux dans le même sens : Dieu a vraiment la volonté de sauver tous les hommes sans exception. Nous verrons plus loin quelle était la pensée exacte de saint Augustin. Saint Prosper rejette comme injurieuse pour le saint Docteur la prétention que celui-ci ait pu supposer un seul instant que le Seigneur ne veut pas sincèrement sauver tous les hommes et chacun en particulier. Ce saint Prosper, qui fut son très fidèle disciple, a pu écrire : « On doit croire très sincèrement et professer que Dieu veut le salut de tous. Aussi l'Apôtre Paul, dont c'est bien l'opinion, recommande-t-il avec soin de prier Dieu pour tous ». Son argument est clair, car saint Paul commence par dire : « Je vous demande donc à tous de faire des supplications pour tous les hommes ». Et il ajoute : « C'est, en effet, une chose bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés ». Si l'Apôtre exige que l'on prie pour tous, c'est que Dieu veut le salut de tous.
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