Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Je n'entends pas réfuter ici l'opinion qui soutient la préde...

Je n'entends pas réfuter ici l'opinion qui soutient la prédestination à la gloire avant la prévision des mérites. Je dis seulement ceci. Dieu en aurait-il élu certains pour la vie éternelle et exclu d'autres, sans aucun égard pour leurs mérites ? Je n'arrive pas à comprendre comment les partisans de cette opinion peuvent ensuite soutenir que Dieu veut le salut de tous. Peut-être veulent-ils dire qu'il ne s'agit pas d'une volonté hypothétique et métaphorique ? Je ne comprends pas, dis je, que l'on puisse affirmer que Dieu veut le salut de tous et la participation de tous à la Gloire, alors qu'il en aurait déjà exclu la majeure partie, antérieurement à tout démérite de leur part. Petau soutient l'opinion contraire : Pourquoi Dieu aurait-il donné à tous les hommes le désir de la Béatitude éternelle si, avant tout démérite de leur part, il en avait déjà exclu la plupart ? À quoi bon Jésus Christ serait-il venu sauver tous les hommes par sa mort, si une foule de malheureux en étaient privés d'avance par Dieu ? À quoi bon leur donner les moyens si d'avance ils étaient empêchés d'atteindre le but ? Ce même Petau fait ici une réflexion très importante : S'il en était ainsi, ne pourrions-nous pas dire : Après avoir aimé tout ce qu'il avait fait et après avoir créé ensuite les hommes, Dieu n’aurait-il donc pas aimé tous ceux-ci ? Il les aurait, au contraire, pour la plupart, souverainement haïs en les excluant de la Gloire pour laquelle pourtant il les avait créés ! Il est certain que le bonheur de la créature consiste à atteindre la fin pour laquelle elle a été créée. Il est certain, par ailleurs, que Dieu crée tous les hommes pour la vie éternelle. Or, si Dieu avait créé certains hommes pour la vie éternelle et les en avait ensuite exclus, indépendamment de leurs fautes, ne les aurait-il pas haïs sans raison au moment où il les créait ? Il leur aurait ainsi causé le plus grand tort possible, celui d'être exclus de leur propre fin c'est-à-dire de la Gloire pour laquelle ils ont été créés. « Il ne peut pas y avoir de milieu, en effet, je résume ce que dit Petau - entre l'amour et la haine de Dieu à l'égard de ses créatures, surtout à l'égard des hommes : ou il les aime pour la vie éternelle ou il les hait pour la damnation. Mais le plus grand malheur est d'être séparé de Dieu et réprouvé. Si donc Dieu veut la mort éternelle d'une âme, c'est qu'il ne l'aime pas mais qu'il la haït de la haine la plus grande qui puisse exister en cet ordre qui surpasse l'ordre naturel ». En parlant de mort éternelle, l'Auteur n'entend pas la damnation positive à laquelle Dieu destine quelqu'un, mais l'exclusion de la Gloire. Mais, dit Tertullien, à quoi cela nous servirait-il effectivement que Dieu ne nous ait pas créés pour l'Enfer si en nous créant il nous avait rayés du nombre des Élus ? Être retranché du nombre des Élus implique nécessairement la perte du salut et la damnation : pas de milieu entre les deux ! Tertullien écrit : « Quel sera donc le sort des exclus, sinon la perte du salut ? » Petau conclut donc : « Si Dieu aime tous les hommes indépendamment de leurs mérites, il ne hait pas leurs âmes ; il ne veut donc pas pour eux le malheur suprême ». Si donc Dieu aime tous les hommes, comme il est certain, nous devons croire qu'il veut le salut de tous et qu'il n'a jamais haï quelqu'un au point de vouloir pour lui ce grand malheur : l'exclusion de la Gloire avant même toute prévision de ses mérites !
Je dis et continue de répéter que je n'arrive pas à le comprendre. La question de la prédestination est un mystère si profond qu'il fait dire à l'Apôtre Paul : « O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! Qui, en effet, a jamais connu la pensée de Dieu ? » (Rm 11, 33). Nous devons nous soumettre à la volonté de Dieu qui a voulu laisser l'Église dans l'obscurité à ce sujet, afin que nous nous humilions tous sous les hautes décisions de sa divine providence. C'est d'autant plus vrai que la grâce qui seule permet aux hommes d'acquérir la vie éternelle, Dieu nous la donne sans aucun doute, avec plus ou moins d'abondance, tout à fait gratuitement et sans tenir compte de nos mérites. Pour faire notre salut, il sera donc toujours nécessaire de nous jeter dans les bras de sa divine Miséricorde pour que le Seigneur nous aide par sa grâce et de mettre toujours notre confiance dans ses infaillibles promesses d'exaucer et de sauver ceux qui le prient.
Mais revenons à notre problème, à savoir que Dieu veut sincèrement le salut de tous. Voyons les autres textes qui prouvent cette vérité. Le Seigneur nous dit par Ezéchiel : « Je suis vivant, oracle du Seigneur. Je ne prends point plaisir à la mort du méchant mais bien plutôt à ce qu'il se détourne de sa voie et qu'il vive » (Ez 33, 11). Non seulement il ne veut pas la mort du pécheur mais qu'il vive ! Comme le fait observer Tertullien, il en fait le serment pour que l'on croie plus facilement à sa parole : « Allant même jusqu'à faire serment : Je suis le Dieu vivant ; il souhaite qu'on le croie ».
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