Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Puisque l'espérance de notre salut doit être certaine de la ...

Puisque l'espérance de notre salut doit être certaine de la part de Dieu, - attente certaine de la Béatitude, selon saint Thomas -, le motif d'espérer doit être certain. Si le fondement de cette espérance n'était pas certain mais douteux, nous ne pourrions pas espérer et attendre de Dieu avec certitude le salut et les moyens nécessaires au salut. Mais saint Paul veut que nous soyons absolument fermes et inébranlables dans l'espérance, si nous voulons faire notre salut : « Il faut absolument que vous persévériez dans la foi, affermis sur ses bases solides, sans vous laisser détourner de l'espérance promise par l'Évangile que vous avez entendu » (Col l, 23). Il le confirme dans un autre passage : notre espérance doit être inébranlable comme une ancre sûre et solide, car elle repose sur les promesses de Dieu qui ne peut mentir : « Nous désirons seulement que chacun de vous montre le même zèle pour le plein épanouissement de l'espérance jusqu'à la fin... afin que par deux réalités immuables - la promesse de Dieu et le serment qu'il y a joint - dans lesquelles il est impossible à Dieu de mentir, nous soyons puissamment encouragés, nous qui avons trouvé un refuge, à saisir l'espérance qui nous est offerte. En elle, nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide » (He 6, 11 ; 18-19). Saint Bernard dit que notre espérance ne peut être incertaine puisqu'elle repose sur les promesses de Dieu : « Cette attente ne nous paraît pas vaine, ni douteuse l'espérance, car elles sont fondées sur les promesses de la vérité éternelle ». Mon espérance, dit-il ailleurs de lui-même, s'appuie sur trois bases : l'amour de Dieu qui nous a adoptés pour ses enfants, la vérité de sa promesse, sa puissance pour la tenir : « Je considère donc qu'il y a trois éléments dans lesquels consiste toute mon espérance : l'amour adoptif, la vérité de la promesse, la puissance de la réalisation ».
C'est pourquoi l'apôtre saint Jacques déclare : Ceux qui désirent les grâces divines doivent les demander à Dieu, non pas avec hésitation mais avec une confiance absolue de les obtenir : « Qu'il demande avec foi, sans hésiter » (Jc 1, 6). Si l'on demande, continue-t-il, en étant agité par le doute, on n'obtiendra rien. « Celui qui hésite ressemble à la surface de la mer que le vent soulève et agite. Qu'il ne s'imagine pas, cet homme, recevoir quoi que ce soit du Seigneur! » (Jc l, 6 et 7). Et saint Paul loue Abraham de n'avoir absolument pas douté de la promesse de Dieu : il savait que, quand Dieu promet, il ne peut décevoir : « Appuyé sur la promesse de Dieu, sans hésitation ni incrédulité mais avec une foi puissante, il rendit gloire à Dieu, certain que tout ce que Dieu a promis, il est assez puissant ensuite pour l'accomplir » (Rm 4, 20). Aussi Jésus Christ nous assure-t-il lui-même que nous recevrons toutes les grâces que nous demanderons, si nous le faisons avec une ferme confiance de les recevoir : « C'est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu et cela vous sera accordé ! » (Mc 11, 24). En un mot, Dieu ne veut pas nous exaucer si nous ne croyons pas avec certitude qu'il nous exaucera.
Venons-en à notre problème. Notre espérance du salut et des moyens nécessaires pour cela doit être certaine de la part de Dieu. Les motifs qui fondent cette certitude, nous l'avons vu, sont la Puissance, la Miséricorde et la Fidélité de Dieu ; mais de ces trois motifs, le plus fort et le plus certain, c'est la fidélité infaillible de Dieu à la promesse qu'il nous a faite, par les mérites de Jésus Christ, de nous sauver et de nous accorder les grâces nécessaires au salut. En effet, remarque fort justement Juénin, bien que nous croyions que la Puissance et la Miséricorde de Dieu sont infinies, nous ne pourrions en espérer le salut s'il ne nous l'avait pas promis de façon indubitable. Mais cette promesse est conditionnelle : elle exige que nous répondions par les œuvres et que nous priions, comme nous le voyons dans les Saintes Écritures : « Demandez et l'on vous donnera. Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Il donnera de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. Il faut toujours prier. Vous ne recevez pas parce que vous ne demandez pas... Si quelqu'un a besoin de la sagesse, qu'il la demande à Dieu ! » Et beaucoup d'autres textes que nous avons cités plus haut. C'est pourquoi les Saints Pères et les théologiens enseignent communément, comme nous l'avons prouvé dans le chapitre premier de la première partie, que la prière est un moyen nécessaire au salut.
Or si nous n'étions pas certains que Dieu donne à tous la grâce de pouvoir prier actuellement et effectivement, sans que nous ayons besoin d'une autre grâce spéciale, non commune à tous, nous ne pourrions pas avoir de la part de Dieu un motif certain et inébranlable de pouvoir espérer le salut avec certitude ; notre espérance ne serait qu'incertaine et conditionnelle. Quand je suis sûr qu'en priant j'obtiendrai la vie éternelle et toutes les grâces nécessaires, et que je sais aussi que Dieu ne me refusera pas, parce qu'il l'accorde à tous, la grâce de prier actuellement et effectivement, si je le veux, j'ai alors un motif certain d'espérer de Dieu le salut, à condition que je fasse personnellement tout ce qu'il faut. Mais quand je doute de recevoir de Dieu la grâce particulière qu'il n'accorde pas à tous et qui serait nécessaire, selon certains, pour prier effectivement, alors je n'ai pas de motif assuré d'espérer de Dieu le salut ; je n'ai qu'un motif douteux et incertain. Dieu me donnera-t-il cette grâce spéciale, nécessaire pour prier, et qu'il refuse à beaucoup ? Et cette incertitude n'existerait pas uniquement de mon côté mais aussi du côté de Dieu. Du coup, voilà l'espérance chrétienne détruite : en effet, d'après l'Apôtre Paul, elle doit être inébranlable, ferme et solide. À vrai dire, je ne sais pas comment, dans ces conditions, le chrétien peut pratiquer la vertu d'espérance et attendre de Dieu, comme il convient, avec une ferme confiance, le salut et les grâces nécessaires pour cela. Comment espérer vraiment si l'on ne tient pas pour certain que Dieu accorde à tous sans exception la grâce de prier effectivement, s'ils le veulent, sans qu'il soit nécessaire d'avoir une autre grâce spéciale ?
Disons pour conclure que beaucoup de théologiens ainsi que notre humble Congrégation admettent notre système et notre opinion ; ils s'accordent parfaitement avec la grâce intrinsèquement efficace par laquelle nous faisons le bien infailliblement quoique librement, ainsi qu'avec la grâce suffisante, comme nous le verrons plus loin. On ne peut nier, en effet, que Dieu peut parfaitement par sa toute-puissance incliner et pousser les cœurs humains à vouloir librement ce qu'il veut, comme l'affirment les Saintes Écritures : « Le cœur du roi est dans la main de Yahvé ; il l'incline partout où il veut » (Pr 21, 1). « Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois » (Ez 36, 27). « Mon projet se réalisera, j'accomplirai ce qui me plaît » (Is 46, 10). « Il change le cœur des princes des peuples de la terre » (Jb 12, 24). « Que le Dieu de la paix... vous rende aptes à accomplir sa volonté en toute sorte de bien, produisant en vous ce qui lui est agréable par Jésus Christ » (He 13, 21). On ne peut nier que saint Augustin et saint Thomas aient enseigné que la grâce est efficace en elle-même de par sa nature. C'est ce que montrent beaucoup de leurs textes et spécialement ceux-ci. Saint Augustin : « Cependant Dieu ne donna cette royauté que par les volontés des hommes eux-mêmes, car il a, sans aucun doute, une puissance toute-puissante pour incliner les cœurs des hommes comme il lui plaît ». Ailleurs : « Car le Tout-Puissant opère dans le cœur des hommes (le mouvement même de leur volonté), afin de faire par eux ce que lui-même a résolu de faire par eux ». Ailleurs encore : « Certes ce sont bien des hommes qui accomplissent les œuvres bonnes destinées à honorer Dieu, mais c'est Dieu qui leur fait accomplir ce qu'il leur prescrit ». De nouveau : « Certainement, c'est nous qui agissons quand nous agissons, mais c'est Dieu qui fait que nous agissions en accordant à notre volonté une force pleinement efficace, lui qui a dit : « Je ferai que vous marchiez selon mes justes lois ». Ailleurs : « C'est nous assurément qui voulons, mais ce vouloir même est en nous l'œuvre de Dieu, c'est nous qui agissons, mais cette action même c'est Dieu qui la produit en nous ». Ailleurs : « Mais puisque la volonté est préparée par le Seigneur (Ps 8,35), on doit lui demander qu'il nous donne autant de volonté qu'il nous en faut pour qu'en voulant nous fassions ». Ailleurs : « Dieu qui sait agir intérieurement dans le cœur même des hommes, non de telle sorte que ces hommes croient sans le vouloir, ce qui est impossible, mais que leur refus se transforme en volonté de croire ». Ailleurs : « Dieu est l'auteur non seulement de vraies révélations, mais aussi des décisions volontaires conformes au bien ». Ailleurs : « Voilà pourquoi même nos volontés n'ont de pouvoir que dans la mesure où Dieu l'a voulu ». Ailleurs : « Dieu a tellement en son pouvoir les volontés qui se gardent dans leur condition de créature, qu'il les fait pencher, quand il veut, du côté où il veut ». Le Docteur Angélique dit quelque part : « Dieu meut la volonté d'une façon immuable par une force efficace qui ne peut manquer d'atteindre son but ». Ailleurs : « La charité est impeccable par la vertu même de l'Esprit Saint qui réalise infailliblement tout ce qu'il veut. C'est pourquoi il ne saurait être vrai simultanément et que le Saint Esprit veuille mouvoir quelqu'un à l'acte de charité, et que celui-ci perde la charité en péchant ». Et enfin : « Étant donné que Dieu meut notre volonté vers un objet précis, il n'est pas possible en même temps que notre volonté ne le veuille pas ».
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