Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Richard de Saint-Victor enseigne également qu'il existe une ...

Richard de Saint-Victor enseigne également qu'il existe une grâce suffisante à laquelle quelquefois l'on consent et d'autres fois l'on résiste. Dominique Soto demande pourquoi, de deux personnes que Dieu est tout prêt et aspire à convertir, l'une est attirée par la grâce et l'autre non ? « Pas d'autres raisons que celle-ci : l'une donne son consentement et coopère, l'autre ne coopère pas ".
Matthias Felisius, qui a écrit contre Calvin, définit ainsi la grâce ordinaire ou suffisante : « C'est une impulsion de Dieu ou une inspiration par laquelle on est poussé vers le bien et qui n'est refusée à personne. On se comporte différemment par rapport à cette inspiration : les uns y donnent leur consentement et sont ainsi disposés comme il faut « de congruo » à recevoir la grâce habituelle, parce que l'on croit que Dieu ne manquera pas à ceux qui font ce qu'ils peuvent ; les autres refusent ». André Vega dit pareillement : « Ces secours donnés à tous sont dits inefficaces par la plupart parce qu'ils n'obtiennent pas toujours leur effet mais sont négligés quelquefois par les pécheurs ». Ainsi donc, les grâces suffisantes obtiennent quelquefois leur effet, et d'autres fois non.
Dans un passage de sa théologie, le Cardinal Gotti semble bien ne pas penser autrement que nous. Il se pose la question de savoir comment on peut persévérer si on le veut, alors qu’il n’est pas en notre pouvoir d'avoir le secours spécial nécessaire pour persévérer. Il répond : Bien que ce secours spécial ne soit pas en notre pouvoir, « il nous est possible de le demander et de l'obtenir de Dieu par la prière. On peut donc dire qu’il est en notre pouvoir d'obtenir le secours nécessaire pour persévérer, en le demandant par la prière ». Pour pouvoir dire qu'il nous est possible de persévérer, il est nécessaire de pouvoir obtenir par la prière de persévérer effectivement, sans avoir besoin d'une autre grâce. Il est donc nécessaire également qu'avec la seule grâce suffisante commune à tous on puisse prier actuellement et effectivement sans avoir besoin d'une autre grâce spéciale, et obtenir ensuite par la prière la persévérance. Sinon, on ne peut pas dire que chacun a la grâce nécessaire pour persévérer, tout au moins la grâce éloignée ou médiate par le moyen de la prière. Si toutefois le Cardinal Gotti ne l'entend pas ainsi, il est certain que c'est bien l'opinion de saint François de Sales. Celui-ci déclare que la grâce de prier actuellement et effectivement est donnée à tous ceux qui veulent l'utiliser, et il en conclut que tous ont le pouvoir de persévérer. Le saint l'affirme clairement dans son Traité de l'Amour de Dieu. Après avoir démontré la nécessité de prier sans cesse pour obtenir de Dieu le don de la persévérance finale, il ajoute : « Parce que la grâce de la prière est promise généreusement à tous ceux qui veulent suivre les inspirations célestes, il est donc en notre pouvoir de persévérer ». Le Cardinal Bellarmin enseigne de même : « Le secours suffisant pour parvenir au salut est donné à tous, en temps et lieu, médiatement ou immédiatement... Nous disons médiatement ou immédiatement, parce que nous croyons que tous ceux qui ont l'usage de la raison reçoivent de Dieu de saintes inspirations ; ils ont ainsi immédiatement la grâce excitante avec laquelle, s'ils veulent la suivre, ils peuvent se disposer à la justification et parvenir un jour au salut ».
Examinons maintenant les preuves de cette opinion. Elle se prouve tout d'abord par l'autorité de l'Apôtre Paul. Celui-ci nous assure que Dieu est fidèle et ne permettra jamais que nous soyons tentés au-delà de nos forces. Il nous donne toujours le secours, immédiat ou médiat par le moyen de la prière, pour résister aux attaques des ennemis : « Dieu qui est fidèle ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces mais avec la tentation il ménagera aussi le moyen d'en tirer avantage, en vous donnant le pouvoir de la supporter » (1 Co 10, 13).
Jansénius prétend que ce texte doit s'entendre des seuls prédestinés, mais son interprétation n'est nullement fondée. En effet, saint Paul écrit à tous les fidèles de Corinthe qu'il ne supposait certainement pas tous prédestinés. C'est donc à juste titre que saint Thomas l'applique généralement à tous les hommes : « Dieu, dit-il, ne serait pas considéré comme fidèle s'il nous refusait, pour autant qu'il dépend de lui, ce par quoi nous puissions parvenir à lui ». Cette opinion s'appuie aussi sur tous ces passages de la Sainte Écriture où le Seigneur nous exhorte à nous convertir et à recourir à lui pour lui demander les grâces nécessaires au salut, en nous promettant de nous exaucer : « La sagesse crie dans les rues : Jusques à quand, gamins, aimerez-vous la puérilité ? Jusques à quand les sots désireront-ils ce qui leur est nuisible ? etc. Retournez-vous pour recevoir ma réprimande. Voici que je répandrai sur vous mon esprit. J'ai appelé et vous avez refusé... Moi aussi je rirai de votre malheur et me moquerai de vous » (Pr l, 20-26). Cette exhortation « retournez-vous, convertissez-vous » serait proprement dérisoire, dit Bellarmin, si Dieu n'accordait pas aux pécheurs le secours au moins médiat de la prière pour qu'ils puissent se convertir. Dans le texte ci-dessus, il est également parlé de la grâce intérieure, « Je répandrai sur vous mon esprit », par laquelle Dieu appelle les pécheurs et leur donne le secours concret pour se convertir, s'ils le veulent : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous la fardeau et moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28). « Allons ! Discutons ! dit Yahvé. Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, comme neige ils blanchiront » (Is 1, 18). « Demandez et l'on vous donnera » (Mt 7, 7). Et le Seigneur nous le répète en mille autres endroits déjà cités. Or, si Dieu ne donnait pas à chacun la grâce de recourir effectivement à lui et de le prier concrètement, combien vaines seraient toutes ces invitations et exhortations : « venez tous et je vous donnerai satisfaction. Cherchez et on vous donnera ».
Ce qui le prouve en second lieu et clairement, c'est le texte du Concile de Trente. Je prie le lecteur de lire attentivement cette preuve : si je ne me trompe, elle semble évidente. Les Novateurs prétendaient : Par suite du péché d'Adam, l'homme a été privé du libre arbitre ; à présent, la volonté de l’homme ne fait plus rien dans les actes bons, mais elle est poussée à les recevoir passivement de Dieu, sans les produire directement elle-même. Ils en concluaient : L'observation des commandements est impossible à ceux qui ne sont pas poussés et prédéterminés efficacement par la grâce à éviter le mal et à faire le bien. Le Concile prononça contre cette erreur l'opinion exprimée par un texte de saint Augustin : « Dieu ne commande pas des choses impossibles mais, lorsqu'il commande, il t'engage à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas, et il t'aide à pouvoir ».
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