Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Venons-en enfin aux arguments de cette opinion. Le savant Pè...

Venons-en enfin aux arguments de cette opinion. Le savant Père Petau, d'accord avec Duval et d'autres théologiens, demande : Pourquoi Dieu nous impose-t-il des choses que nous ne pouvons pas observer avec la grâce commune ordinaire ? Parce que, répond-il, il veut que nous recourions à lui par la prière, ainsi que le disent communément les Saints Pères, comme nous venons de le voir. Il en conclut : nous devons tenir pour certain que chacun a la grâce de pouvoir prier actuellement et effectivement et d'obtenir par la prière le secours plus puissant pour faire ce qui nous est impossible avec la grâce commune ; sinon Dieu nous aurait imposé une loi impossible. Cette raison est très forte. On peut en ajouter une autre : Si Dieu commande à tous l'observation effective des commandements, on doit nécessairement supposer qu'il leur donne aussi communément à tous la grâce nécessaire, au moins médiatement par la prière. Pour que la loi soit raisonnable et que soit mérité le reproche adressé à ceux qui ne l'observent pas, il faut que chacun ait la grâce suffisante, au moins médiate par la prière, pour obéir effectivement sans avoir besoin d'un autre secours non commun à tous. Si cette grâce médiate ou éloignée de pouvoir actuellement et effectivement prier faisait défaut, on ne pourrait pas dire que Dieu donne à chacun la grâce suffisante pour pouvoir observer concrètement la loi.
Thomassin et Tournely accumulent et alignent beaucoup d'autres arguments en faveur de cette opinion. Je les laisse tous de côté pour m'arrêter uniquement à un argument qui me semble évident. Il s'appuie sur le précepte de l'espérance qui nous oblige tous à attendre de Dieu avec certitude la vie éternelle. Si nous n'étions pas certains que Dieu donne à tous la grâce de pouvoir prier actuellement et effectivement sans avoir besoin d'une autre grâce particulière et non commune à tous, personne ne pourrait, sans une révélation spéciale, espérer le salut comme il se doit. Qu'il me soit permis d'exposer sur quoi s'appuie cet argument !
La vertu d'espérance est si chère à Dieu qu'il met toutes ses complaisances, a-t-il déclaré, en ceux qui se confient en lui : « Yahvé met son plaisir en ceux qui ont confiance en sa miséricorde » (Ps 147 (146), 11). Et il promet la victoire sur les ennemis, la persévérance dans sa grâce et la gloire éternelle, à celui qui espère et parce qu'il espère : « Parce qu'il a espéré en moi je le délivrerai, je le protégerai... je le délivrerai et le glorifierai » (Ps 91 (90), 1416). « Il les sauvera parce qu'ils ont mis en lui leur confiance » (Ps 37 (36), 40). « Garde-moi, mon Dieu, parce que j'ai espéré en toi » (Ps 16 (15), 1). « Nul n'a espéré dans le Seigneur et a été confondu » (Si 2, 10). Nous sommes certains que le ciel et la terre passeront mais les paroles et les promesses de Dieu ne passeront pas : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas »
(Mt 24, 35). Saint Bernard affirme donc que tout notre mérite consiste à mettre en Dieu toute notre confiance : « En ceci, en effet, consiste tout le mérite de l'homme : placer toute son espérance en celui qui sauve l'homme tout entier ». La raison en est que celui qui espère en Dieu l'honore : « Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai et tu me glorifieras » (Ps 50 (49), 15). Il glorifie la Puissance, la Miséricorde et la Fidélité de Dieu, en croyant que Dieu peut et veut le sauver, et qu'il ne peut manquer aux promesses de sauver ceux qui mettent leur confiance en lui. Et le Prophète nous assure que, plus notre confiance sera grande, plus la divine miséricorde se répandra sur nous : « Yahvé, que ta miséricorde soit sur nous, comme nous espérons en toi » (Ps 33 (32), 22).
Or, cette vertu d'espérance plaît tellement au Seigneur qu'il a voulu nous l'imposer par un précepte grave, comme l'enseignent communément les théologiens, et comme le montrent plusieurs textes de la Sainte Écriture : « Espérez en lui, toute l'assemblée du peuple » (Ps 62 (61 ), 9). « Vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui » (Si 2, 9). « Espère en ton Dieu toujours ! » (Os 12, 7). « Tournez votre espérance vers cette grâce qui vous est offerte » ( 1 P 1, 13). Cette espérance de la vie éternelle doit être en nous ferme et assurée, comme la définit saint Thomas : « L'espérance est l'attente certaine de la Béatitude future ». Le saint Concile de Trente l'a aussi déclaré expressément : « Tous doivent mettre leur très ferme espérance dans le secours de Dieu. En effet, à moins qu'ils ne manquent eux-mêmes à sa grâce, Dieu complétera ses bonnes œuvres comme il l'a commencé, réalisant le vouloir et l'achèvement ». Saint Paul l'a déclaré auparavant de lui-même : « Je sais en qui j'ai mis ma confiance et j'ai la conviction qu'il a le pouvoir de garder mon dépôt » (2 Tm 1, 12). L'espérance chrétienne diffère en cela de l'espérance humaine. Pour être une espérance, il suffit que celle-ci soit une attente incertaine. Il ne peut pas en être autrement, car on peut toujours craindre que l'homme qui a promis n'ait plus la volonté de donner. Mais l'espérance chrétienne du salut éternel est certaine de la part de Dieu car il veut et peut nous sauver, et il a promis le salut à qui observe sa loi. Il a promis également à qui les lui demande les grâces nécessaires à l'observation de cette loi.
Il est vrai que l'espérance s'accompagne aussi de la crainte, comme dit le Docteur Angélique, mais nous n'avons pas à craindre de la part de Dieu. La crainte ne peut venir que de nous. Nous pouvons, en effet, manquer en ne correspondant pas comme nous devrions et mettre obstacle à la grâce par nos fautes. C'est donc très justement que le Concile de Trente a condamné les Novateurs qui privent totalement l'homme du libre arbitre et veulent que tous les fidèles aient une certitude infaillible de leur persévérance et de leur salut. C'est une erreur déjà condamnée par le Concile de Trente. En effet, comme nous l'avons dit, il est nécessaire que nous correspondions à la grâce pour parvenir au salut, et notre correspondance est incertaine et faillible. Le Seigneur veut donc que nous nous défions toujours de nous-mêmes, pour ne pas tomber dans la présomption en nous fiant à nos propres forces. Mais il veut qu'en revanche nous soyons bien certains de sa volonté miséricordieuse et du secours qu'il nous donne pour faire notre salut, chaque fois que nous le lui demandons, et que nous ayons ainsi une confiance totale en sa bonté. Nous devons, dit saint Thomas, attendre de Dieu avec certitude la Béatitude éternelle, en faisant confiance à sa puissance et à sa miséricorde, en croyant qu'il veut et peut nous sauver : « Or de la toute-puissance de Dieu et de sa miséricorde, est certain quiconque a la foi ».
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