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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Impossible que le saint Docteur l'ait entendu autrement ! N'...
Impossible que le saint Docteur l'ait entendu autrement ! N'enseigne-t-il pas ailleurs que la divine grâce ne manque jamais à personne ? Il le dit dans son Commentaire de saint Jean : « Ne crois pas que cet effet puisse provenir de la privation de la vraie lumière, l'Évangile l'exclut formellement : Il était la vraie lumière qui illumine tous les hommes. Le Verbe éclaire, pour autant qu'il dépend de lui, car il ne fait défaut à personne. Il veut même que tous les hommes soient sauvés. Si quelqu'un n'est pas illuminé, c'est qu'il se détourne de la lumière ». Il enseigne également ceci : Il n'y a aucun pécheur, si perdu soit-il et privé de la grâce, qui ne puisse renoncer à son obstination et se conformer à la volonté de Dieu. Mais il ne peut certainement pas le faire sans le secours de la grâce : « Il n'est personne sur cette terre qui ne puisse renoncer à son obstination et se conformer ainsi à la volonté de Dieu ». Il dit ailleurs : « Aussi longtemps que l'homme jouit ici-bas de son libre arbitre... il peut se préparer à la grâce par le repentir de ses péchés ». Ce repentir ne peut avoir lieu sans la grâce. Et ailleurs : « Aucun homme ici-bas, si obstiné soit-il dans le mal, qui ne puisse collaborer à sa conversion ! ». Il faut nécessairement que s'y ajoute le secours de la grâce. Il commente ailleurs les paroles de saint Paul « Il veut que tous les hommes soient sauvés » : « La grâce de Dieu ne fait donc défaut à personne, mais pour autant qu'il dépend de lui il la communique à tous ». Sur ces mêmes paroles de l'Apôtre, il ajoute : « Pour autant qu'il dépend de lui, Dieu est prêt à donner sa grâce à tous... Seuls en sont privés ceux qui y mettent en eux-mêmes un obstacle ; ils ne peuvent donc pas être excusés s'ils pèchent »
Quand saint Thomas dit : « Dieu est prêt à donner la grâce à tous », il n'entend pas parler de la grâce actuelle, ainsi que nous l'avons vu plus haut, mais de la seule grâce sanctifiante. Le Cardinal Gotti réfute très justement certains auteurs qui soutiennent que Dieu tient préparés près de lui les secours nécessaires au salut, mais qu'en fait, il ne les accorde pas à tous. De quoi servirait au malade, dit ce savant auteur, que le médecin ait chez lui les remèdes s'il ne consentait pas à les appliquer ? Il arrive donc à cette conclusion : Il faut nécessairement admettre « que Dieu non seulement offre mais donne à tous les hommes, même aux infidèles et aux endurcis, les secours suffisants soit au moins médiats, pour observer les commandements ». Du reste, selon saint Thomas, seuls les péchés des démons et des damnés ne peuvent être effacés par la pénitence. Mais « c'est une erreur de dire qu'un péché ne peut pas être remis par la vraie pénitence... parce que l'on contredirait ainsi la puissance de la Passion du Christ ». Si la grâce venait à manquer à quelqu'un, il ne pourrait pas se repentir. En outre, comme nous l'avons déjà vu, saint Thomas enseigne expressément, spécialement dans son commentaire du chapitre 12 de la lettre de saint Paul aux Hébreux, que Dieu ne refuse à personne, pour autant qu'il dépend de lui, la grâce nécessaire à la conversion : « La grâce de Dieu ne fait défaut à personne mais, pour autant qu'il dépend de lui, elle est donnée à tous ». Le savant théologien du Séminaire de Périgueux a raison d'affirmer : « Ce serait calomnier saint Thomas que de l'accuser d'avoir enseigné que certains pécheurs sont totalement abandonnés par Dieu ». Le Cardinal Bellarmin fait sur ce point une sage distinction : pour éviter de nouveaux péchés, tout pécheur reçoit en tout temps le secours au moins médiat. « Dans sa bienveillance, Dieu accorde à tous, en tout temps, soit immédiatement, soit médiatement, le secours suffisant et nécessaire pour éviter les péchés... Nous disons soit médiatement parce qu'il est sûr que certains n'ont pas le secours qui leur permet immédiatement d'éviter le péché, mais ils ont la grâce de pouvoir demander à Dieu de plus grands secours : ils pourront ainsi éviter le péché ». Quant à la grâce de la conversion, celle-ci n'est pas donnée en tout temps au pécheur. Personne cependant ne sera jamais abandonné de Dieu « au point d'être privé de son secours, de façon certaine et absolue, durant toute sa vie, au point de désespérer de son salut ».
Les Théologiens thomistes, ses disciples, partagent la même opinion. Le très savant Père Dominique Soto affirme : « Je suis plus que certain et je crois même que toujours de saints Docteurs dignes de ce nom ont soutenu que personne n'a jamais été abandonné de Dieu en cette vie ». La raison en est claire : si le pécheur était complètement privé de la grâce, les fautes qu'il continuerait à commettre ne pourraient plus lui être imputées à péché ou bien il serait sans cesse affronté à des devoirs impossibles. Mais saint Augustin a pour principe indubitable : « Qui pèche, en effet, sur un point sur lequel il ne peut absolument pas se garder ? ». C'est bien ce qu'affirme l'Apôtre : « Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il ménagera le moyen d'en tirer avantage, en vous donnant le pouvoir de la supporter » ( 1 Co 10,13). Ce moyen d'en tirer avantage signifie que le Seigneur envoie son secours à ceux qui sont tentés pour qu'ils puissent résister à la tentation. C'est aussi ce qu'explique saint Cyprien : « Avec la tentation il donnera la possibilité d'y échapper ».
Primase parle encore plus clairement : « Il fera en sorte que nous puissions soutenir la tentation c'est à-dire qu'il nous fortifiera par sa grâce ; nous pourrons ainsi repousser la tentation ». Saint Augustin et saint Thomas vont jusqu'à dire : Dieu serait injuste et cruel s'il obligeait quelqu'un à observer un commandement impossible. Saint Augustin : « Quant à tenir quelqu'un pour coupable de péché parce qu'il n'a pas fait ce qu'il ne pouvait pas faire, c'est le comble de l'iniquité et de la stupidité ». Saint Thomas ajoute : « Dieu n'est pas plus cruel que l'homme. Or, il est cruel pour un homme de commander à quelqu'un une chose irréalisable. Il est impensable que Dieu puisse demander quelque chose de semblable ». Il en va différemment, ajoute encore saint Thomas, quand « c'est par sa faute que manque à quelqu'un la grâce qui lui permettrait de pratiquer les commandements ». C'est bien le cas quand on néglige d'utiliser la grâce éloignée de la prière : avec celle-ci, en effet, on peut obtenir la grâce prochaine qui rend possible l'observation du commandement, comme l'enseigne le Concile de Trente : « Dieu n'ordonne pas l'impossible, mais lorsqu’il ordonne il t'engage à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas, et il t'aide à pouvoir ».
Saint Augustin confirme cela en beaucoup d'autres endroits : pas de péché en ce que l’on ne peut pas éviter ! « Si l'on ne pouvait pas choisir entre le mal et le bien, aucune récompense ni aucun châtiment ne serait juste » « S'il leur est impossible de s'abstenir de ce qu'ils font nous ne pouvons leur imputer aucun péché ». Le démon suggère une façon de faire. C'est à nous, avec le secours de Dieu, de la choisir ou de la rejeter. Pourquoi donc, puisque tu le peux avec la grâce de Dieu, ne décides-tu pas d'obéir à Dieu plutôt qu’au démon ? « Nul n'est coupable s'il n'a pas consenti librement ». « Personne ne mérite de blâme lorsqu'il ne fait pas ce qui n'est pas en son pouvoir ». Saint Jérôme pense de même : « Nous ne sommes pas contraints à la vertu ou au vice. Si l'on est forcé d'agir, pas de condamnation ni de couronne ! » Tertullien : « On n'imposerait pas une loi à quelqu'un qui ne pourrait pas l'observer normalement ». L'Ermite Marc : « La grâce nous aide discrètement, mais il est en notre pouvoir de faire ou de ne pas faire le bien ». Saint Irénée, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Chrysostome et d'autres sont du même avis.