Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Mais laissons de côté toutes ces réflexions. Voici la répons...

Mais laissons de côté toutes ces réflexions. Voici la réponse directe. Si l'on admet avec Jansénius le principe direct de la délectation relativement victorieuse, cette liberté d'exercice, consistant à s'abstenir d'un péché en en commettant un autre, n'existe nullement. Son principe est celui-ci, comme nous l'avons vu plus haut : quand la délectation charnelle l'emporte sur la céleste, la volonté est contrainte de façon précise à accepter celle à laquelle elle est physiquement poussée. Aussi dit-il quelque part que la délectation supérieure supprime l'indifférence de la volonté : de même que le poids fait baisser le plateau de la balance, en équilibre auparavant, ainsi la délectation pousse la volonté à accepter le plaisir qu'elle lui propose : « Par suite des attraits de la délectation charnelle, quelqu'un qui était d'abord indifférent à agir ou à ne pas agir est entraîné par le plaisir dans un sens ou dans l'autre, à l'exemple du plateau sur lequel on ajoute un poids ». Il dit de même dans un autre endroit, pour réfuter ceux qui veulent que la délectation supérieure entraîne moralement la volonté : ce n'est pas moralement, assure-t-il, mais physiquement qu'elle pousse et prédétermine la volonté a embrasser l'objet proposé : « On appelle prédétermination morale celle qui vient uniquement de l'objet, comme lorsque quelqu'un conseille, prescrit, demande, mais la délectation dont nous parlons réside dans la faculté même de la volonté ; par la puissance de sa douceur particulière, elle la pousse à vouloir et ainsi la détermine ; la faisant se déterminer, elle la prédétermine donc ». D'après Jansénius, la délectation prédétermine la volonté à embrasser l'objet vers lequel elle la pousse, avant même que la volonté ne se détermine elle-même. Il n'est pas douteux que ce soit bien là la vraie pensée de Jansénius, nous assure le savant Dirois : cette doctrine, nous dit celui-ci, ne diffère pas de celle des physiognomistes qui faisaient dépendre la volonté de l'homme de l'influence des planètes : « la volonté est déterminée à choisir le but qu'elle se propose par une impulsion qui précède sa détermination ». L'archevêque de Vienne, auteur du livre « Baianisme et Jansénisme ressuscité », dit de même : « Les Jansénistes prétendent que la volonté est invinciblement déterminée à agir par une détermination supérieure en puissance, sans aucune considération pour la détermination future de la volonté elle-même ».
Ceci étant admis, où se trouve encore la liberté d'exercice ? En effet, la délectation prépondérante, selon Jansénius, prédétermine la volonté à l'accepter. De même que, dans la balance, le poids inférieur le cède nécessairement au poids supérieur, ainsi la volonté s'incline devant la délectation relativement victorieuse. Supposons le cas de quelqu'un qui est poussé par la délectation à s'emparer du bien d'autrui. Il pourrait sans doute renoncer à ce vol par souci de sa réputation. Mais si ce souci n'existe pas ou s'il est moins fort que la délectation venant de l'idée du vol, il ne peut certainement pas avoir le dessus. La liberté d'exercice n'existe certainement plus du tout.
Parlons maintenant de la troisième proposition de Jansénius : « Pour mériter et démériter, en l'état de nature déchue, l'absence de nécessité n'est pas requise mais l'absence de coaction ou de contrainte suffit ». Jansénius dit donc ; pour mériter ou pour pécher, la liberté d'indifférence excluant la nécessité n'est pas requise mais il suffit que la volonté n'y contredise pas. Et il va jusqu'à affirmer : c'est un paradoxe de dire que l'acte de la volonté est libre dans la mesure où la volonté peut l'accepter ou la refuser. Cette proposition, qui est également condamnée comme hérétique, découle pareillement du même système. En effet, si l'on admet que la volonté, poussée par la délectation prépondérante, doit nécessairement lui obéir, il s'ensuit nécessairement ceci, d'après Jansénius : pour mériter ou pour pécher, il suffit que l'on accepte de consentir à la délectation, bien que l'on ne puisse pas ne pas vouloir et que l'on soit physiquement contraint à le vouloir. Le Père Serry déclare cette doctrine tout simplement monstrueuse : « que le mérite puisse exister en même temps que la nécessité d'agir ». Saint Thomas l'avait déjà déclarée hérétique ; je me permets de répéter ici ses paroles citées plus haut : « Certains ont soutenu que la volonté de l'homme est poussée par la nécessité à faire un choix ; ils n'allaient toutefois pas jusqu'à dire que la volonté est forcée ou contrainte. Cette opinion est hérétique ; elle supprime la notion de mérite et de démérite dans les actes humains ; on ne voit pas, en effet, comment peut être méritoire ou déméritoire ce que quelqu'un fait par nécessité sans pouvoir l'éviter ».
Cette doctrine est dite très justement hérétique, car elle est contraire à toutes les Saintes Écritures : « Dieu qui est fidèle, a écrit l'Apôtre, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces mais avec la tentation il ménagera aussi le moyen d'en tirer avantage, en vous donnant le pouvoir de la supporter » (1 Co 10, 13). Mais, soutient Jansénius, on est quelquefois tellement privé de la grâce que l'on ne peut résister à la tentation et que l'on se voit alors dans la nécessité d'y céder. Moïse dit au peuple : « Cette loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-delà de tes moyens » (Dt 30, 11). « Bienheureux... qui a pu pécher et n'a pas péché, faire le mal et ne l'a pas fait » (Si 31, 10). Pour mériter il ne suffit donc pas d'agir volontairement, il faut aussi agir librement c'est-à-dire pouvoir manquer aux commandements et ne pas être forcé à les observer. C'est la même chose pour le péché : il est nécessaire d'avoir la grâce pour l'éviter et que ce soit par sa faute et volontairement que l'on y succombe. Que l'on ne réponde pas, comme l'impie Théodore de Bèze : cette nécessité ne dépend pas de la nature mais elle est une conséquence du péché originel ; l'homme s'est volontairement privé de la liberté et il est donc justement puni lorsqu'il pèche, même si c'est par nécessité. Nous répondons : si un serviteur se cassait les jambes par sa faute, son maître serait injuste si, après lui avoir pardonné cette faute, il voulait l'obliger à courir et le punissait s'il ne le faisait pas : « Quant à tenir quelqu'un pour coupable du péché, dit saint Augustin, parce qu'il n'a pas fait ce qu'il ne pouvait pas faire, c'est le comble de l'iniquité et de la stupidité ».
De plus, si l'on pouvait mériter et démériter, même quand on agit par nécessité et sans avoir la possibilité de faire le contraire, je ne vois pas comment cela pourrait être conforme à d'autres passages de la Bible : « Choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir, soit les dieux que servaient vos pères... soit les dieux des Amorites...Quant à moi et ma famille, nous servirons Yahvé » (Jos 24, 15). Quand on agit par nécessité et sans liberté, il n'y a pas possibilité de choix. Ce texte prouve clairement la liberté de l'homme face à la nécessité. Le savant Père Petau dit à propos de ce texte : « On y voit une totale possibilité de choix entre deux objets. La volonté est comme suspendue entre deux. Elle peut adopter, à son choix, l'un ou l'autre des deux objets qu'on lui propose ». On trouve la même idée en d'autres textes de la Sainte Écriture : « Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction, pour que toi et ta postérité vous viviez » (Dt 30, 19). « C'est lui qui au commencement a fait l'homme et l'a laissé à son conseil. Si tu le veux, tu garderas les commandements... Devant les hommes sont la vie et la mort, à leur gré l'une ou l'autre leur est donnée » (Si 15, 14-17). Petau ajoute à propos de ce passage : Si l'Ecclésiastique avait à trancher aujourd'hui ce problème, comment pourrait-il exprimer plus clairement la liberté de l'homme et l'absence de contrainte ? « S'il vivait parmi nous et avait à juger de notre vie, il ne pourrait pas employer des mots plus précis pour décrire la nature et les caractéristiques de la liberté humaine et du libre arbitre ». D'autres passages de la Sainte Écriture ont le même sens : « J'ai appelé et vous avez refusé » (Pr 1, 24). « Ils furent rebelles à la lumière » (Jb 24, 13). « Il attendait de beaux raisins : elle donna des raisins sauvages » (Is 5, 2). « Vous résistez toujours au Saint Esprit » (Ac 7, 51). Appeler, éclairer les esprits, porter la volonté au bien, est certainement l'œuvre du Saint Esprit. Mais comment peut-on dire que quelqu'un fait la sourde oreille aux appels, est rebelle à la lumière et résiste à la grâce, alors qu'il est privé de la grâce prépondérante et qu'il doit céder nécessairement à la concupiscence la plus forte ?
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