Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

On nous oppose de nombreux textes de la Sainte Écriture qui ...

On nous oppose de nombreux textes de la Sainte Écriture qui semblent parler de cet abandon de Dieu : « Aveugle le cœur de ce peuple... de sorte qu'il ne voie point et qu'il ne se convertisse point et que je ne le guérisse point » (Is 6,10). « Nous avons soigné Babylone mais elle n'a pas été guérie, abandonnons-la » (Jr 51,9). « Ajoute l'iniquité à leur iniquité et qu'il n'aient point part à ta justice » (Ps 69 (68),28). « Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes » (Rm 1,26). « Ainsi donc il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut » (Rm 9,18). Et d'autres textes semblables. Mais on répond facilement et communément à tous ces textes : souvent dans les Saintes Écritures il ne s'agit pas d'actes réels mais de simples permissions de Dieu. Ne suivons pas Calvin dans ses blasphèmes. Ne disons pas comme lui que Dieu en prédispose et détermine certains à pécher. Non, mais Dieu permet qu'en punition de leurs fautes certains soient assaillis par de violentes tentations : châtiment dont nous prions le Seigneur de nous délivrer dans le Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation ». Dieu permet aussi qu'ils restent moralement abandonnés dans leurs péché. Sans doute, la conversion et la résistance aux tentations ne leur sont pas impossibles ni sans espoir. Mais, par suite de leurs fautes et de leurs mauvaises habitudes, cela leur devient très difficile. Dans leur état de relâchement, leurs désirs et leurs efforts pour résister à leurs mauvaises habitudes et pour se mettre sur le chemin du salut seront très faibles et très rares. Il s'agit de l'obstination imparfaite dans laquelle le pécheur reste endurci et dont parle saint Thomas : « Il est endurci au point de ne pouvoir coopérer facilement à sortir de son péché. C'est l'obstination imparfaite dans laquelle quelqu'un est enfermé : sa volonté est tellement rivée au péché qu'elle ne produit plus que de faibles élans vers le bien ». L'esprit est obscurci. La volonté est insensible aux divines inspirations et attachée aux plaisirs des sens. Elle méprise et prend en dégoût les biens spirituels. Par suite des mauvaises habitudes, les passions et les appétits sensibles prennent le dessus dans l'âme. Parce que celle-ci méprise et néglige les lumières et les appels de Dieu, elle est responsable de leur inefficacité. Elle ressent même une certaine aversion pour ces lumières et ces appels, parce qu'elle ne veut pas être troublée dans ses plaisirs sensuels. Tout cela explique l'abandon moral du pécheur : il ne peut sortir qu'avec une extrême difficulté de son misérable état et se mettre à mener une conduite régulière.
Pour en sortir et passer d'un seul coup d'un tel désordre au bon ordre du salut, il lui faudrait une grâce abondante et extraordinaire mais Dieu accorde rarement cette grâce à ces pécheurs obstinés. Il la donne parfois à certains, dit saint Thomas. Il les choisit pour en faire des vases de miséricorde, comme l'écrit l'Apôtre Paul, pour manifester sa bonté. Il la refuse à bon droit à d'autres et les laisse dans leur malheureux état, pour montrer sa Justice et sa Puissance. « Parfois, dit le Docteur Angélique, en vertu de sa grande bonté, il offre son secours même à ceux qui mettent obstacle à la grâce et il les convertit, etc. Il n'éclaire pas tous les aveugles ; il ne guérit pas tous les malades ; de même, il n’offre pas la grâce de la conversion à tous ceux qui mettent obstacle à la grâce... C'est ce qu'exprime l'Apôtre Paul (Rm 9,22) : « Si Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec beaucoup de patience des vases de colère devenus dignes de perdition, afin de manifester la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire... » Et saint Thomas ajoute : « On ne doit pas chercher à savoir pourquoi le Seigneur en convertit certains qui vivent dans les mêmes péchés, alors qu'il souffre ou permet que les autres suivent leur destin : pourquoi convertit-il les uns et pas les autres ? D'où ces paroles de l'Apôtre : « Le potier n'est-il pas maître de son argile pour fabriquer de la même pâte un vase de luxe ou un vase quelconque ? » (Rm 9,21 ).
Pour conclure, nous ne nions pas l'abandon moral de certains pécheurs obstinés, dont la conversion est moralement impossible, c'est-à-dire très difficile. Ceci ne peut-il pas suffire à montrer la bonne intention de nos adversaires dans la défense de leur opinion ? Ils veulent dresser une barrière devant les pécheurs et les amener à se repentir avant qu'ils en arrivent à un si lamentable état. Mais, dit l'auteur de la Théologie de Périgueux, il est cruel de vouloir leur enlever toute espérance et de leur fermer entièrement la voie du salut, en prétendant qu'ils sont tombés dans un abandon total: ils seraient, en effet, privés de toute grâce actuelle pour éviter les nouveaux péchés et pour se convertir. Mais ils le peuvent, au moins médiatement, par la prière. Cette grâce n'est refusée à personne en cette vie, comme nous le montrerons dans le chapitre quatrième. Ils peuvent ainsi obtenir des secours abondants pour se remettre sur le chemin du salut. En revanche, la peur inspirée par l'abandon total les amènerait à désespérer mais aussi à se livrer davantage au vice. Convaincus d'être totalement privés de la grâce, ils n'auraient plus aucun espoir d'éviter la damnation éternelle.
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