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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Je ne peux cependant manquer d'exprimer mes doutes sur ce Sy...
Je ne peux cependant manquer d'exprimer mes doutes sur ce Système de la délectation relativement victorieuse. Ses défenseurs, parmi lesquels figure le Père Berti, soutiennent que l'efficacité de la grâce, telle qu'ils la comprennent, ne diffère point, en substance, de l'efficacité enseignée par les thomistes, bien que relevant de principes différents puisque les thomistes font consister l'efficacité de la grâce dans la prédétermination physique, et eux dans la délectation prépondérante. Ce que fait, disent-ils, la prédétermination dans l'acte second en amenant le libre arbitre à consentir, la délectation le fait aussi. Du reste, les deux opinions enseignent que l'homme garde, dans l'acte premier, le pouvoir d’agir en sens opposé ; la volonté agit donc toujours librement et sans nécessité.
Mais, à mon avis, les principes de ces deux opinions étant différents ainsi que leurs arguments, les conséquences en sont aussi différentes. D'après les thomistes, la raison de l'efficacité, c'est que la volonté créée est une puissance passive ; or, le propre de la puissance est de recevoir la motion ou impulsion de la grâce. Pour passer à l'acte, il faut donc qu'elle soit mue par Dieu comme premier agent et première cause libre. C'est lui qui applique et détermine par la prédétermination le passage du pouvoir à l'acte. Quant au pouvoir lui-même, les thomistes pensent que l'homme a à sa disposition la grâce préparée et immédiatement disponible pour qu'il puisse faire le bien. Le Père Gonet s'exprime ainsi : « La grâce qui donne tout ce qui est requis pour l'acte premier donne le complément ainsi que toute la puissance et la capacité suffisante ». Et le Cardinal Gotti : « La grâce suffisante donne à la puissance le pouvoir prochain et tout préparé ». Ainsi pensent communément tous les autres thomistes. Et si l'un d'entre eux semble parler différemment, c'est qu'il parle de l'acte second et non de l'acte premier. Par ailleurs, voici les raisons données par les partisans de la délectation supérieure en degrés : Dans l'état de nature innocente, disent-ils, l'homme n'avait besoin, pour faire le bien, que de la grâce suffisante ; son libre arbitre était sain et dans un parfait équilibre ; il pouvait agir avec la seule grâce suffisante, sans avoir besoin de la grâce efficace. Mais, après la chute d'Adam, la volonté de l'homme est demeurée blessée et inclinée au mal ; elle a besoin de la grâce efficace qui lui permette, par le moyen de la délectation victorieuse, de faire concrètement le bien. Étant donné la raison sur laquelle s'appuie le Système, je me dis : La volonté de l'homme est donc restée tellement
infirme que, pour faire actuellement le bien, elle a besoin de la grâce efficace. On ne peut pas dire dans ces conditions que l'homme ait encore la grâce suffisante, même dans l'acte premier. On ne peut pas dire non plus qu'il ait à sa disposition le pouvoir complet pour observer les commandements globalement ou en détail ni pour faire un acte bon, même médiat, en vue de recevoir ensuite le secours plus grand qui lui permettra de respecter la loi.
Je sais bien que les partisans de cette opinion ne refusent pas de le concéder. Ils disent que, dans l'état actuel, la grâce suffisante ne donne pas le pouvoir complet et immédiatement disponible. L'un de ces partisans, le Père Macedo, dit : « La grâce suffisante ne donne pas le pouvoir vraiment complet et disponible ». Ailleurs, parlant de la grâce d’Adam, il écrit : « La première grâce supposait une puissance complète et disponible, la seconde une puissance handicapée et dépendante ».
Mais, si la grâce inférieure à la concupiscence ne donne pas le pouvoir complet et disponible d'observer les commandements, on ne peut plus l'appeler réellement suffisante. En effet, le Père Berti qui défend ce Système de la délectation relativement victorieuse concède aussi volontiers que l'on doive appeler cette grâce inférieure une grâce inefficace et non pas une grâce suffisante. Ainsi, selon ce Système, ceux qui ne reçoivent pas de Dieu la grâce efficace par le moyen de la délectation relativement victorieuse n’ont pas même la grâce suffisante pour observer les commandements. Voici comment le Père Berti défend son opinion. Il expose d'abord les trois objections que lui font ses adversaires : « Il y a trois choses qui sentent le dogme janséniste et qui sont la source et l'origine des cinq propositions condamnées dont de nouveaux Jansénistes n'ont pas du tout horreur. On distingue parmi eux deux auteurs qui sont sans aucun doute de faux Augustiniens, (le Père Bellelli et le Père Berti, contre lesquels a écrit l'Archevêque de Vienne). La première, c'est qu'ils mettent la grâce efficiente non seulement dans la délectation victorieuse mais dans une délectation relativement victorieuse... etc. La seconde, c'est qu'ils refusent à la délectation de degré inférieur le pouvoir prochainement disponible ; ils exigent pour cela, du côté du pouvoir et de l'acte premier, une délectation plus forte ; la grâce inefficace, (soit le secours « sine quo », en français, indispensable, qu'ils rejettent), n'est pas une vraie grâce suffisante ni dans le sens moliniste ni dans le sens thomiste, puisque la grâce suffisante, selon l'ensemble des catholiques, donne le pouvoir prochainement disponible. La troisième qui en découle, c'est qu'ils suppriment la vraie grâce suffisante dont le nom leur fait horreur à tort ; ils l'appellent plutôt inefficace que suffisante ». Voilà donc ce que lui objectent ses adversaires et voici comment il leur répond : « Je proclame très fermement et sans aucune hésitation : les trois points de doctrine qui viennent d'être rappelés ne sont nullement erronés ni les principes des propositions condamnées. Mais certains, poussés par leur zèle à réfuter Jansénius et emportés par leur préjugé à l'égard de leur propre opinion, n'ont pas su du tout distinguer ce qui est catholique de ce qui est erroné et condamné. Un demi-savant anonyme (à savoir l'Archevêque de Vienne), ainsi que certains autres, gens de peu de science et d'esprit borné, ont trouvé moyen, dans leurs élucubrations, d'accuser d'hérésie monstrueuse des opinions pourtant inattaquables d'Augustin, qui sont d'ailleurs, qu'ils le veuillent ou non, les mêmes que les nôtres ».