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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Mais la raison la plus spécifique, nous la trouvons chez sai...
Mais la raison la plus spécifique, nous la trouvons chez saint Augustin : Marie mérite à bon droit d'être appelée notre Mère parce qu'elle a coopéré par sa charité à nous faire naître, nous fidèles, à la vie de la grâce, comme membres de notre Chef Jésus Christ : « Mais elle l'est (Mère) de toute évidence de ses membres - et nous en sommes - car elle a coopéré par la charité, à la naissance dans l'Église, des fidèles qui sont les membres de ce Chef ». De même que Marie a coopéré par sa charité à la naissance spirituelle des fidèles, ainsi Dieu a voulu qu'elle coopère par son intercession à leur faire acquérir la vie de la grâce en ce monde et la vie de la gloire dans l'autre. C'est pourquoi la sainte Église la fait saluer en des termes exceptionnels et inouïs de Vie, Douceur et Espérance : « Notre Vie, notre Douceur et notre Espérance, Salut ! » Saint Bernard nous exhorte donc à recourir sans cesse à cette divine Mère, parce que ses prières sont certainement exaucées par son Fils : « Recours à Marie... Je n'hésite pas à l'affirmer : elle aussi sera exaucée en raison de son humble et libre soumission. Oui, le Fils exaucera sa Mère... Petits enfants, voilà l'échelle des pécheurs, voilà ma plus grande assurance, voilà toute la raison de mon espérance ». Le saint l'appelle Échelle, parce que, dans une échelle, on n'arrive au troisième échelon qu'en mettant d'abord le pied sur le second, et on n'arrive au second qu'en mettant le pied sur le premier ; de même, on n'arrive à Dieu que par Jésus Christ, et on n'arrive à Jésus Christ que par Marie. Il la nomme ensuite toute mon assurance et la raison de mon Espérance, parce que, affirme-t-il, Dieu veut que toutes ses grâces passent par les mains de Marie. Et de conclure : toutes les grâces que nous désirons, nous devons les demander par Marie ; elle nous obtient tout ce que nous voulons et ses prières ne peuvent pas être repoussées : « Recherchons la grâce et recherchons-la par Marie, car ce qu'elle cherche, elle le trouve (Mt 7, 7) et ne saurait en être privée ». Saint Ephrem parle dans le même sens : « Nous n'avons pas d'autre confiance que celle qui nous vient de toi, ô Vierge très fidèle ». Pareillement saint Ildephonse : « Tous les biens que la Suprême Majesté a fixé de leur accorder, elle a décidé de les remettre entre tes mains. À toi ont été confiés les trésors et splendeurs de la grâce ». Saint Germain : « Si tu nous abandonnes, ô Vie des chrétiens, que deviendrons-nous ? ». Saint Pierre Damien : « En tes mains sont tous les trésors des miséricordes de Dieu ». Saint Antonin : « Celui qui demande sans Marie essaie de voler sans ailes ». Saint Bernardin de Sienne : « Tu es la dispensatrice de toutes les grâces ; notre salut est dans ta main ». Il soutient ailleurs que non seulement toutes les grâces nous viennent de Marie, mais qu’à partir du moment où la Bienheureuse Vierge devint Mère de Dieu, elle acquit une certaine juridiction sur toutes les grâces que nous recevons. « Par la Vierge Marie, les grâces vitales partant de la tête qui est le Christ sont diffusées dans tout son corps mystique. A partir du moment où la Vierge Mère conçut le Verbe de Dieu, elle obtint pour ainsi dire une certaine juridiction sur toutes les interventions du Saint Esprit en ce monde : personne n'obtient de Dieu la moindre grâce qui ne soit distribuée par sa pieuse Mère ». Et il conclut : « Tous les dons, vertus et grâces, sont donc dispensés par ses mains, à qui elle veut, quand elle veut et comme elle veut ». Saint Bonaventure écrit de même : « Comme la nature divine tout entière était présente en Marie, je ne crains pas de dire que celle-ci a obtenu une certaine juridiction dans toutes les distributions de grâces, et de son sein coulent, comme d'un océan de la divinité, les fleuves de toutes les grâces ». Beaucoup de théologiens, s'appuyant sur l'autorité de ces saints, ont donc défendu avec piété et à bon droit qu’aucune grâce ne nous est dispensée sinon par l'intercession de Marie. Telle est l'opinion de Vega, Mendoza, Paciucchelli, Segneri, Poiré, Crasset, et de beaucoup d’autres auteurs, ainsi que du savant Père Noël Alexandre qui a écrit : « Dieu veut que nous attendions de lui tous les biens par l'intercession très puissante de la Vierge Mère, quand nous l'invoquons comme il convient ». Et il avance à l'appui de son opinion le texte de saint Bernard cité plus haut : « Telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie ». Le Père Contenson, commentant les paroles que Jésus adressa du haut de la Croix à saint Jean : « Voici ta Mère », a cette glose : « C'est comme s'il disait : Personne n'aura part à mon sang sinon par l'intercession de ma Mère. Mes plaies sont les sources des grâces, mais les ruisseaux n'en parviennent à personne sinon par le canal de Marie. Jean, mon disciple, dans la mesure où tu l'aimeras tu seras aimé de moi ». S'il est agréable à Dieu que nous recourions aux saints, à plus forte raison lui est-il agréable que nous recourions à l'intercession de Marie, afin qu'elle supplée par son mérite à notre indignité, comme le dit saint Anselme : « Afin que la dignité de l'intercesseur compense notre pauvreté. Nous adresser à la Vierge, ce n’est donc pas nous défier de la miséricorde de Dieu mais redouter notre propre indignité ». Cette dignité de Marie, saint Thomas la dit presqu'infinie : « La bienheureuse Vierge, selon qu'elle est Mère de Dieu, a en quelque sorte une dignité infinie ». On a donc raison de dire que les prières de Marie sont plus puissantes auprès de Dieu que les prières de tout le Paradis réuni.
Terminons ce premier point par une brève conclusion de tout ce que nous avons dit : celui qui prie se sauve certainement ; celui qui ne prie pas se damne certainement. Tous les élus du ciel, en dehors des enfants, se sont sauvés par la prière. Tous les damnés se sont perdus pour n'avoir pas prié. S'ils avaient prié, ils ne se seraient pas perdus. C'est et ce sera toujours leur plus grand désespoir dans l'enfer : avoir pu se sauver avec tant de facilité en demandant à Dieu ses grâces et n'être plus à même, les pauvres malheureux, de le faire maintenant !