Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Jansénius, grand partisan de Calvin, rétorque : Saint August...

Jansénius, grand partisan de Calvin, rétorque : Saint Augustin parle de la nécessité provenant de la molence et non pas de la simple nécessité. Mais Jansénius se trompe une fois de plus, parce que le saint était d'accord à ce sujet avec les Pélagiens, et il leur concédait que le libre arbitre était ainsi exempt de la contrainte ainsi que de la simple nécessité. Il n'hésite donc pas à dire contre Julien : « Nous disons, tout comme vous, que les hommes ont le libre arbitre. Vous dites, vous, que quelqu'un est libre de faire le bien sans l'aide de Dieu... et c'est pourquoi vous êtes Pélagiens ». Lorsque saint Augustin écrit : « Nous disons, tout comme vous... », il admettait la même liberté d'agir ou de ne pas agir que les Pélagiens. Or, ceux-ci voulaient certainement que cette liberté soit exempte de toute nécessité. Il est hors de doute que le saint tenait le libre arbitre comme exempt non seulement de la violence mais aussi de toute nécessité ; il s'opposait aux Pélagiens uniquement parce que ceux-ci soutenaient que le libre arbitre a la possibilité de faire le bien, même sans la grâce.
Parlant de la liberté de la volonté et de l'efficacité de la grâce, saint Augustin dit qu'il est difficile de concilier l'une avec l'autre : « Mais cette question, où l'on traite de la liberté de la volonté et de la grâce de Dieu, offre tant de difficultés de discernement que, lorsqu'on défend la volonté libre, on donne l'impression de nier la grâce de Dieu, et, qu'au contraire, lorsqu'on affirme la grâce de Dieu on peut croire que la volonté libre est supprimée ». Si saint Augustin avait supposé que la volonté n'est pas exempte de la simple nécessité mais uniquement de la violence, il n’aurait pas été difficile, il aurait même été très facile, de comprendre comment agit la grâce. Puisqu'il disait que c'était difficile à comprendre, c'est qu'il croyait que la grâce efficace obtient certainement son effet dans les actes bons. La volonté, les accomplissant librement, agit en dehors de toute nécessité qui la déterminerait à ne faire et à ne vouloir que les actes auxquels pousse la grâce. Du reste, le saint Docteur considérait comme certain que l'on peut observer les commandements avec la grâce ordinaire ou tout au moins demander pour cela une aide plus forte. Sinon, disait-il, Dieu ne nous aurait pas imposé ces commandements : « En effet, Dieu ne nous ordonnerait pas de le faire s'il pensait que cela nous est impossible ».
Citons d'autres textes où saint Augustin exprime la même opinion, à savoir que la volonté humaine est exempte de toute nécessité : « En effet, ce qui ne serait pas fait volontairement ne serait pas un péché ; si l'on n'avait pas une volonté libre c'est-à-dire si l'on n'agissait bien ou mal que par nécessité, toute peine infligée serait injuste ». Il ajoute ailleurs : « Comment ne serait-il pas stupide d'imposer des commandements à quelqu'un qui ne serait pas libre de faire ce qui est prescrit ? Ne serait-il pas injuste de condamner quelqu'un qui n'a pas la possibilité d'exécuter les ordres donnés ? » Ailleurs encore : « On ne peut nullement tenir pour coupable l'acte de la volonté se détournant d'un bien immuable, si c'est la nature ou la nécessité qui la détermine ». Après avoir dit que la grâce prévenante est nécessaire pour faire le bien, il ajoute : « Il dépend de la volonté de chacun de répondre à l'appel de Dieu ou d'y résister ». Il enseigne donc clairement que la volonté peut librement obéir à la grâce ou y résister. Que l'on ne prétende pas avec Jansénius : Saint Augustin a simplement voulu dire que le consentement et le refus relèvent proprement de la volonté. On ne pourra jamais croire que le saint Docteur s'est fatigué pour rien à prouver que le consentement et le refus sont l'affaire de la volonté et non de l'intelligence. Même les rustres savent faire la distinction. Le saint venait précisément de dire : « Personne n'est maître des pensées qui lui viennent à l'esprit » et il ajoute : « Il dépend de la volonté de chacun de répondre à l'appel de Dieu ou d'y résister ». Il parle donc sans aucun doute de la liberté qu'a la volonté de repousser ou d'accepter ce qui vient à l'esprit. Il dit ailleurs : « Personne, en effet, sauf Dieu ne peut faire un arbre (dans le sens des arbres bons qui donnent de bons fruits et des arbres mauvais qui donnent de mauvais fruits). Mais chacun a dans sa volonté soit de choisir ce qui est bon et d'être un arbre bon, soit de choisir ce qui est mauvais et d'être un mauvais arbre... Ainsi donc quand le Seigneur ordonne : Voici donc le Seigneur qui déclare : « Ou bien faites ceci, ou bien faites cela. Il montre que le « que faire » est au pouvoir de l’homme ».
Dans un autre passage, il explique la signification du secours « sine quo » c'est-à-dire « sans lequel la volonté ne peut vouloir ; le libre arbitre garde cependant la faculté de vouloir ou de refuser, d'utiliser ou de ne pas utiliser ». On voit très clairement combien saint Augustin est loin de penser comme Jansénius : pour celui-ci, en effet, dans ses choix, la volonté humaine n'est pas exempte de la nécessité, bien plus elle est contrainte à suivre la délectation supérieure dont l'impulsion l'entraîne et la détermine invinciblement.
Le Seigneur donne à chacun la grâce prochaine ou la grâce éloignée de la prière pour observer ses commandements ; sinon, la transgression ne pourrait pas lui en être imputée à péché. Pour achever de le prouver, il suffit d'examiner quelles sont les propositions contraires aux Propositions de Jansénius. La première de celles-ci disait : « Certains commandements de Dieu sont impossibles à observer par des justes, dans l'état de leurs forces actuelles, quand bien même ils le veulent et s'y efforcent ; il leur manque également la grâce qui les leur rendrait possibles ». Et voici la Proposition Catholique contradictoire : Aucun des commandements de Dieu n'est impossible, tout au moins aux justes qui veulent les observer et qui s'y efforcent ; même selon leurs forces présentes, la grâce ne leur fait pas défaut : grâce prochaine ou tout au moins éloignée. Ils peuvent ainsi, au moins médiatement, demander le secours plus puissant pour les observer. Notons de nouveau que, pour éviter l'erreur condamnée, il ne suffit pas d'admettre la possibilité absolue d'observer les commandements parce que les Jansénistes eux-mêmes l'admettent. Il faut, reconnaître aussi la possibilité même relative, face à une délectation charnelle concrète plus forte que la grâce, d'observer un commandement ou tout au moins de demander la grâce nécessaire. C'est en cela précisément que consiste l'erreur de Jansénius : il nie, non pas la possibilité absolue, mais la possibilité relative.
La troisième proposition de Jansénius disait : « Dans l'état de nature déchue, pour mériter et démériter, l'absence de nécessité n'est pas requise ; il suffit de l'absence de contrainte ». Et voici la Proposition Catholique contradictoire : Pour mériter et démériter, même dans l'état de nature déchue, est requise, pour les justes comme pour les pécheurs, non seulement l’absence de contrainte mais aussi de la simple nécessité. Car, d'après la doctrine catholique, si la volonté agit par nécessité, elle n'a pas une liberté suffisante pour mériter ou démériter ici bas. Il faut que la volonté soit exempte de toute nécessité pouvant l'amener à consentir de façon déterminée à l'une des deux choses proposées.
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