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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Par ailleurs, notre opinion s'accorde parfaitement avec la g...
Par ailleurs, notre opinion s'accorde parfaitement avec la grâce vraiment suffisante, qui est commune à tous. Si l'on y correspond, on obtiendra la grâce efficace. Si l'on n'y correspond pas et que l'on y résiste, cette grâce efficace nous sera à juste titre refusée. Les pécheurs qui prétendent ne pas avoir la force de résister aux tentations sont inexcusables. S'ils priaient, avec la grâce ordinaire donnée à tous, ils obtiendraient cette force et ils se sauveraient. Si l'on n'admet pas cette grâce ordinaire qui permet à chacun au moins de prier, sans avoir besoin d'une grâce spéciale non commune à tous, et d'obtenir par la prière le secours plus puissant pour observer la loi, je ne sais comment on peut comprendre de nombreux passages des Saintes Écritures : les âmes y sont exhortées, en effet, à se tourner vers Dieu, à vaincre les tentations et à répondre aux appels de Dieu : « Révoltés, rentrez en vous-mêmes » (Is 46, 8). « Convertissez-vous et vivez » (Ez 18, 32). « Convertissez-vous et faites pénitence » (Ez 18, 30). « Lève-toi, Jérusalem... détache les chaînes de ton cou » (Is 52, 2). « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau » (Mt 11, 28). « Résistez-lui, fermes dans la foi » ( 1 P 5, 9). « Marchez tant que vous avez la lumière » (Jn 12, 35). Si tous n'avaient pas la grâce de prier et si l'on ne pouvait pas obtenir par la prière le secours plus puissant pour parvenir au salut, je ne sais pas comment l'on pourrait interpréter les textes ci-dessus. Je ne sais pas non plus comment les orateurs sacrés pourraient exhorter avec tant de force tous les hommes sans exception à se convertir, à résister aux ennemis, à marcher dans la voie des vertus, à prier pour cela avec confiance et persévérance, si vraiment la grâce de faire le bien ou du moins de prier n'était pas accordée à tous mais uniquement à ceux qui reçoivent la grâce efficace. Je ne sais pas comment on pourrait justifier le reproche qui est fait à tous les pécheurs qui résistent à la grâce et qui méprisent la voix de Dieu : « Toujours vous résistez à l'Esprit Saint » (Ac 7, 51). « Puisque j'ai appelé et que vous avez refusé, puisque j'ai étendu la main sans que nul n'y prenne garde, puisque vous avez négligé tous mes conseils et que vous n'avez pas voulu de mon exhortation... » (Pr 1, 24). Si leur a fait défaut la grâce éloignée mais efficace de la prière, indispensable pour prier actuellement et effectivement d'après nos adversaires, je ne sais pas comment on pourrait leur faire tous ces reproches.
Je termine. Certains auraient peut-être désiré que j'examine de façon plus développée et détaillée un problème très controversé, celui de l'efficacité de la grâce, d'après les différents systèmes des théologiens - celui de la prémotion physique, de la grâce congrue, de la grâce concomitante, de la délectation relativement victorieuse par la supériorité des degrés. Mais comment aurait pu y suffire ce petit livre que j'ai voulu court et accessible ? Pour parcourir un si vaste océan, il m'aurait fallu plusieurs volumes. Et puis, d'autres s'y sont déjà beaucoup fatigués. Si j'ai voulu traiter le problème étudié dans cette deuxième partie, c'est pour rendre honneur à la Providence et à la bonté de Dieu, pour aider les pécheurs à ne pas sombrer dans le désespoir en se croyant privés de la grâce, pour leur ôter aussi toute excuse : qu'ils ne disent surtout pas ne pas pouvoir résister aux assauts des sens et de l'Enfer ! J'ai montré que, parmi ceux qui se damnent, aucun ne l'est par suite du péché originel d'Adam mais uniquement par sa propre faute. En effet, Dieu ne refuse à personne la grâce de la prière ; on obtient ainsi de Dieu le secours nécessaire pour vaincre tous les mauvais désirs et toutes les tentations. Mon but principal a été de persuader tout le monde d'utiliser ce très puissant et nécessaire moyen de la prière, pour que chacun s'y applique avec plus de soin et de courage en vue du salut. Si tant de pauvres âmes perdent la grâce de Dieu, continuent à vivre dans le péché et finalement se damnent, c'est qu'elles ne prient pas et ne demandent pas à Dieu de les aider. Le pire, je le redis, c'est que peu de prédicateurs et de confesseurs s'emploient sérieusement à suggérer à leurs auditeurs et pénitents l'usage de la prière ; et pourtant il est impossible, sans elle, d'observer les commandements de Dieu et d'obtenir la persévérance dans la divine grâce.
Après avoir examiné l'absolue nécessité de la prière, que soulignent d'innombrables pages des Saintes Écritures, de l'Ancien et du Nouveau Testament, je me suis efforcé d'introduire dans les missions de la Congrégation, depuis de nombreuses années, la coutume de prêcher toujours sur la prière. C'est pourquoi tous les écrivains dans leurs livres, tous les orateurs sacrés dans leurs prédications, tous les confesseurs dans l'administration du sacrement de Pénitence, ne devraient rien inculquer davantage que de toujours prier ; ils devraient recommander, crier et répéter sans cesse : Priez, priez et ne cessez jamais de prier ! Si vous priez, votre salut est assuré ; mais, si vous cessez de prier, certaine aussi sera votre damnation. Ainsi devraient faire tous les Prédicateurs et Directeurs, puisqu'aucune École catholique ne met en doute cette vérité : celui qui prie obtient des grâces et se sauve mais il y en a trop peu qui le font et c'est pourquoi il y en a si peu qui font leur salut !