Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

La question que nous nous sommes posée à propos des âmes du ...

La question que nous nous sommes posée à propos des âmes du Purgatoire - à savoir si elles peuvent ou non prier pour nous et donc s'il est avantageux ou non de faire appel à leurs prières - ne se pose certainement pas pour les saints. On ne peut douter, en effet, qu'il ne soit très utile de recourir à leur intercession quand il s'agit de saints canonisés et qui jouissent déjà de la vision de Dieu. Croire que l'Église peut se tromper dans la canonisation des saints ne peut être exempt de faute ou d'hérésie, d'après saint Bonaventure, Bellarmin et d'autres, ou tout au moins d'une erreur proche de l'hérésie, d'après Suarez, Azor, Gotti, etc. En effet, dans la canonisation des saints tout spécialement, ainsi que l'enseigne le Docteur Angélique, le Souverain Pontife est guidé par l'inspiration infaillible du Saint Esprit.
Mais revenons au doute formulé plus haut : est-il de surcroît obligatoire de recourir à l'intercession des saints ? Je ne veux pas entreprendre de trancher ce cas mais je ne peux omettre d'exposer l'opinion du Docteur Angélique. En plusieurs endroits cités plus haut et spécialement dans le Livre des Sentences, il tient pour certain que chacun est obligé de prier. En effet, affirme-t-il, on ne peut obtenir de Dieu les grâces nécessaires au salut autrement qu'en les demandant : « Chacun est tenu de prier par le fait même qu'il doit se procurer les biens spirituels, lesquels ne sont donnés que de source divine : on ne peut donc les obtenir autrement qu'en les demandant à Dieu ». Puis, dans un autre passage du même livre, le saint pose précisément la question : « Est-ce que nous devons prier les saints d'intercéder pour nous. Pour bien faire comprendre sa pensée, il nous faut citer le texte entier de sa réponse : « C'est une loi établie par Dieu, selon Denys, que les êtres les plus éloignés de Dieu soient ramenés à lui par les plus proches. Or, les saints du ciel sont toujours près de Dieu ; nous, au contraire, aussi longtemps que nous habitons dans ce corps, nous sommes loin du Seigneur ; ils doivent donc nous servir d'intermédiaires. Ils jouent ce rôle lorsque la divine bonté se répand sur nous par eux ; et notre réponse doit suivre le même chemin. Ainsi donc, de même que c'est par le suffrage des saints que les bienfaits de Dieu descendent sur nous, c’est par eux que nous devons remonter à Dieu pour en recevoir de nouveaux bienfaits. C'est pour cette raison que nous constituons les saints nos intercesseurs auprès de Dieu et comme nos médiateurs lorsque nous leur demandons de prier pour nous ». Notons ces mots : « C'est une loi établie par Dieu » et aussi les derniers : « De même que c'est par le suffrage des saints que les bienfaits de Dieu descendent sur nous, c'est par eux que nous devons remonter à Dieu pour en recevoir de nouveaux bienfaits ». Ainsi donc, d’après saint Thomas, l'ordre de la loi divine exige que nous, mortels, nous fassions notre salut par l'intermédiaire des saints en recevant par eux les secours nécessaires. A l'objection qu'il se fait : Ne semble-t-il pas superflu de recourir aux saints, vu que Dieu est infiniment plus qu'eux miséricordieux et porté à nous exaucer ? Le Docteur Angélique répond : Dieu l’a voulu ainsi, non par un défaut de sa clémence mais pour conserver l'ordre exact, universellement établi, d'agir par les causes secondes : « Ce n'est pas par un défaut de sa miséricorde, dit-il, mais pour que l'ordre établi soit respecté dans les choses ». S’appuyant sur l’autorité de saint Thomas, le Continuateur de Tournely écrit avec Sylvius : Bien que l'on ne doive prier que Dieu comme Auteur des grâces, nous sommes néanmoins tenus de recourir également à l'intercession des Saints, pour respecter l'ordre que le Seigneur a établi quant à notre salut, à savoir que les inférieurs fassent leur salut en implorant l'aide des supérieurs : « Nous sommes tenus par la loi naturelle d'observer cet ordre que Dieu a établi ; Dieu a fixé que les inférieurs parviendraient au salut en implorant l'aide des supérieurs ».
S'il en est ainsi des saints, à plus forte raison doit-il en être ainsi de l'intercession de la Divine Mère, dont les prières valent certainement auprès de Dieu plus que celles de tout le Paradis. Selon saint Thomas les saints peuvent sauver beaucoup d'âmes en proportion des mérites avec lesquels ils se sont acquis la grâce, mais Jésus Christ ainsi que sa mère ont mérité une si grande grâce qu'ils peuvent sauver tous les hommes : « Si un saint a une telle abondance de grâce qu'elle peut suffire au salut de beaucoup, c'est déjà une grande chose. S'il avait une telle abondance de grâce qu'elle suffise au salut de tous, ce serait le maximum : tel est le cas de Jésus Christ et de la Bienheureuse Vierge ». Saint Bernard a dit de Marie : « Que par toi nous ayons accès auprès du Fils, ô bénie qui nous apportes la grâce, qui enfantes la vie, qui es mère du salut : que par toi, il nous accueille Celui qui par toi nous a été donné (Is 9, 5) ». Ce qui revient à dire : de même que nous n'avons accès au Père que par le Fils, médiateur de justice, de même nous n’avons accès au Fils que par sa Mère, Médiatrice de grâce, qui nous obtient par son intercession les biens que Jésus Christ nous a mérités. Le même saint Bernard en conclut, dans un autre passage, que Marie a reçu de Dieu deux plénitudes de grâce : la première, l'Incarnation du Verbe éternel fait homme dans son chaste sein ; la seconde, la plénitude des grâces que nous recevons de Dieu par l'intermédiaire de cette divine Mère. Le saint ajoute : « Il a déposé en elle la plénitude de tout bien ; ainsi sommes-nous capables de comprendre que tout ce qu'il peut y avoir en nous, d'espérance, de grâce, de salut, émane de celle qui monte (Ct 8, 5), inondée de délices. C'est elle le jardin de délices que le divin aquilon, survenant soudain, n’a pas seulement effleuré de son souffle, mais traversé avec violence pour que se répandent partout les effluves de ses aromates (Ct 4, 12-16) - autrement dit les dons de la grâce-». Ainsi tous les bienfaits qui nous viennent du Seigneur nous les recevons tous par l'intercession de Marie." Et pourquoi cela ? Parce que, nous répond toujours saint Bernard, ainsi Dieu l'a voulu : « Telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie ».
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