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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Enfin, le Père Fortunat de Brescia, auteur communément estim...
Enfin, le Père Fortunat de Brescia, auteur communément estimé des savants modernes et spécialement de Muratori, fait dans son livre récent « Réfutation du Système de Cornelius Jansénius » la réflexion suivante : Si le Système de Jansénius était vrai, la loi de Dieu serait inutile ou injuste. En effet, selon ce Système, quand la délectation céleste est la plus forte, la volonté, même en dehors de la loi, est nécessitée à suivre de façon déterminée l'impulsion de la délectation, et la loi ne servirait ainsi à rien. Si c'est la délectation terrestre qui est la plus forte, la loi serait injuste : en effet, Dieu nous imposerait un commandement physiquement impossible à observer parce qu'alors la volonté doit nécessairement consentir à la tentation. Toutes les menaces et admonitions des Saintes Écritures seraient donc inutiles. Aucun acte humain ne mériterait de récompense ou de châtiment, parce que l'on ferait tout par nécessité. Si quelqu'un nous exhortait à bien vivre, nous pourrions lui répondre, comme Eusèbe aux fatalistes : « Docteur, ce n'est pas en mon pouvoir ! Je le ferai si les oracles le veulent, c'est-à-dire si la délectation charnelle n'est pas la plus forte ; il arrivera nécessairement ce qui est fixé par le destin ». Je dois suivre nécessairement la délectation la plus forte. Il dit également : Si l'on admettait ce Système, il faudrait admettre aussi le Manichéisme. Celui-ci enseignait l'existence de deux Principes, un bon et un mauvais. Toutes les actions de l'homme proviennent de l'un ou de l'autre, et l'on doit nécessairement suivre le plus puissant. Il ne sert à rien de dire : dans le système de la délectation victorieuse, cette nécessité ne découle pas du Principe bon ou mauvais comme le voulait les Manichéens, mais elle dépend du péché d'Adam, qui en est la cause. Il ne s'agit point ici de savoir quel est le Principe qui pousse et fait agir nécessairement la volonté mais de déterminer si, oui ou non, après le péché d'Adam, la volonté est restée exempte de la nécessité d'agir. Les Jansénistes le nient. Ils soutiennent que la volonté mérite et démérite, même si elle est nécessitée à vouloir ce à quoi la détermine la délectation supérieure. Mais, comme le note fort bien le Père de Brescia, les livres d'Arnauld, d'Irénée, de Vendroc et d'autres Jansénistes, ont été condamnés parce que l'on y défendait le principe de Jansénius des deux délectations invincibles selon la supériorité des degrés. Nous savons aussi que c'est pour la même raison qu'a été interdite la théologie de Juénin. Celui-ci n'a pas soutenu expressément ce Système mais il a parlé imprudemment de ce problème et d'une façon fort obscure : « La nature physique de la grâce efficace, dit-il, ne repose que sur la délectation victorieuse qui influe sur l'esprit par rapport au bien ». Il n'a pas parlé de délectation relativement victorieuse mais il appuie sa Proposition sur la doctrine de saint Augustin que nous avons mentionnée plusieurs fois : « Nous agissons nécessairement selon ce qui nous plaît le plus ». C'est pour cette raison que son ouvrage a été si longtemps interdit. Il a été autorisé dernièrement parce qu'on y a ajouté un résumé intitulé « La vraie doctrine de l'Église », extrait de la Théologie du savant Tournely qui a réfuté d'une manière complète et excellente le Système de Jansénius. Le Père de Brescia conclut : « Il reste que le Système de Jansénius est nettement en leur faveur (Luther, Calvin, Jansénius). Un catholique ne peut donc le soutenir sans blesser la foi. En effet, on ne peut soutenir ce Système tout en gardant la foi et en sauvant la religion : admettre ses principes de base, c'est approuver des Propositions condamnées ». Tournely dit de même : « L'Église ayant condamné les cinq Propositions telles que les entendait Jansénius, il faut que soient condamnées aussi, dans le Système de Jansénius, celles de la délectation supérieure et relativement victorieuse, fondement de tout le Système ».
On objecte aussi : autre est le Système de Jansénius qui suppose la délectation victorieuse indélibérée, c'est-à-dire qui vient en nous sans aucun consentement de la volonté, et autre est le Système de la délectation aussi relativement victorieuse par la supériorité des degrés, mais délibérée. Celle-ci ne triomphe pas toute seule et par ses propres forces, comme disent les partisans de ce Système, mais avec l'aide des forces de la volonté consentante. Bien que la délectation prépondérante triomphe certainement et infailliblement, elle ne l'emporte pourtant pas nécessairement, comme le voulait Jansénius. Tournely répond fort justement : Cette grâce ou délectation, infailliblement efficace et déterminant invinciblement la volonté par la supériorité de ses forces, ne peut pas ne pas être nécessitante et ne pas entraîner le consentement de la volonté. Et il le prouve ainsi : « La grâce ayant à faire à une volonté privée du pouvoir de résister est nécessitante. Or, telle est bien la grâce infailliblement efficace de par la différence de degré des forces en présence. En effet, cette grâce suppose que la volonté n'a, pour résister, que des forces inférieures. Mais il répugne que les forces supérieures agissant comme supérieures puissent être vaincues par les inférieures ; sinon, les forces inférieures agiraient au-dessus de leur degré de capacité ». On ne peut objecter que les forces de la grâce relativement victorieuse sont supérieures en soi à la concupiscence mais pas aux forces de la concupiscence unies à celles de la volonté. Car, continue Tournely, on ne pourrait concéder de telles forces à la volonté qu’à l'égard du mal que l'on peut faire, en triomphant au moins d'un vice par un autre. Ce pourrait être aussi tout au plus le cas à l'égard d'un bien naturel mais non d'un bien surnaturel, ou pour vaincre une forte tentation, ce qui ne peut se faire sans la grâce de Dieu. Aussi les Pères de Diospolis ont-ils exigé des Pélagiens que chacun confessât, entre autres articles : « Quand nous luttons contre les tentations et concupiscences illicites, la victoire vient non pas de notre volonté mais du secours de Dieu ». Saint Thomas nous en donne la raison : Aucun principe actif ne peut produire un effet dépassant sa capacité ; un principe naturel ou une cause naturelle ne peuvent pas produire un effet surnaturel : « Aucun acte ne dépasse la mesure du principe qui le produit. Aussi dans la nature ne voyons-nous jamais un être qui puisse par sa propre opération engendrer un effet supérieur à sa puissance d'action ; il n'aboutit jamais dans ses opérations qu'à un résultat proportionné à son pouvoir ». Ainsi donc, les forces naturelles de la volonté humaine, bien qu'unies aux forces de la grâce, inférieures à celles de la concupiscence, ne peuvent arriver à produire un effet surnaturel, comme de vaincre une violente concupiscence plus forte que la grâce. Et les Jansénistes disent, en effet : Que l'on nous concède que la délectation l'emporte très certainement en raison de ses forces supérieures, et cela nous suffit. Voici comment s'exprime l'un deux, l'Abbé de Bourzeis : « Il nous suffit que l'on nous concède cette seule vérité : chaque fois que nous répondons à la grâce de Dieu, c'est que l'amour bon inspiré par Dieu est plus fort que l'amour mauvais : parce qu’il lui est supérieur en forces, il l'emporte très certainement ».
C'est pourquoi Tournely, après avoir parlé des deux Systèmes, celui de la délectation absolument victorieuse et celui de la délectation relativement victorieuse, conclut ainsi : « Nous reconnaissons comme théologiens orthodoxes ceux qui déduisent la force efficace de la grâce à partir de la délectation absolument ou simplement victorieuse, ainsi que ceux qui reconnaissent dans la grâce suffisante des forces capables de triompher de la passion concrète opposée. Mais dans les partisans de la grâce relativement victorieuse par suite de la supériorité des degrés et en ceux qui ne reconnaissent comme grâce suffisante que celle qui est moins puissante que la concupiscence opposée, nous ne voyons que des défenseurs du Système de Jansénius ».
Disons pour conclure que nous n'avons pas l'intention de réfuter l'opinion suivante : la volonté, alors même qu'elle suit la délectation supérieure, agirait pourtant toujours librement c'est-à-dire sans nécessité et avec un pouvoir réel, et non pas simplement hypothétique, de faire le contraire ! Nous voulons seulement rejeter l'opinion de ceux qui prétendent que, quand l'une des délectations, la céleste ou la charnelle, surpasse l'autre en degré et est victorieuse, il ne nous reste plus aucune possibilité de résister et de vaincre pour la raison qu'une force plus grande l'emporte toujours sur une plus petite !