Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
Retour aux livres
Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

CHAPITRE III

CHAPITRE III
EXPOSÉ ET RÉFUTATION DU SYSTÈME DE JANSÉNIUS FONDÉ SUR LA DÉLECTATION RELATIVEMENT VICTORIEUSE.
Nous allons donc prouver, dans ce chapitre, que la grâce de la prière est donnée à tous. Cette doctrine ne plaît pas à Jansénius qui va jusqu'à l'appeler une illusion ou une hallucination : « Penser que l'homme a toujours la grâce de prier est une hallucination ». D'après son système, on a besoin, même pour prier, de la délectation relativement victorieuse. Celle-ci n'est pas donnée à tous parce que, ajoute-t-il, tous n'ont pas la grâce suffisante et la force d'observer les commandements. Beaucoup, en effet, n'ont pas la grâce éloignée de prier comme il faut ou même tout simplement de prier : « La plupart, continue Jansénius, ou bien ne demandent pas la grâce qui leur permettrait de pratiquer les commandements ou bien ne la demandent pas comme il faut. Or la grâce de prier avec ferveur ou même tout simplement de prier n'est pas donnée à tous. Il est donc clair que beaucoup de fidèles n'ont pas la grâce suffisante ni la possibilité permanente de pratiquer les commandements, contrairement à ce que certains affirment ». Il est donc nécessaire, avant de prouver notre opinion, de réfuter le pernicieux système de Jansénius, cause de toutes ses erreurs : la victime de l'hallucination, c'est lui et pas les autres ! Tout le monde connaît bien les cinq propositions de Jansénius, condamnées par l'Église comme hérétiques. Or, comme le prouve Tournely, toutes ces propositions proviennent de son système de la délectation prépondérante sur lequel il fonde toute sa doctrine. Le Père Ignace de Graveson le dit également : « C'est de ce principe pernicieux que Jansénius et ses disciples déduisent ces conclusions (les cinq propositions), qui lui sont très étroitement liées ». De même le P Berti : « Du principe des deux délectations invincibles découlent comme d'une source presque toutes les autres erreurs de Jansénius, surtout les cinq propositions condamnées ». Le Père Fortunat de Brescia, dans son livre Réfutation du Système de Cornelius Jansénius, démontre clairement qu'une fois admis le système de Jansénius il faudrait aussi admettre les cinq propositions condamnées.
Exposons donc clairement le système de Jansénius. Depuis le péché d'Adam, dit-il, la volonté de l'homme ne peut agir qu'en suivant ou la délectation de la grâce qu'il appelle Céleste, ou la délectation de la concupiscence qu'il appelle Terrestre, selon que l'une ou l'autre l'emporte. Quand la délectation céleste est plus forte, elle l'emporte nécessairement ; si la délectation terrestre a le dessus, la volonté doit nécessairement s'incliner.
Jansénius ne parle pas de la délectation délibérée ou conséquente ; sinon tous les théologiens catholiques seraient d'accord avec lui. En effet, quand la délectation est bien réfléchie ou délibérée et que la volonté la suit, non par contrainte mais librement, il est nécessaire, sans aucun doute, que la volonté suive cette délectation. Mais Jansénius entend parler de la délectation indélibérée. Il interprète dans ce sens le texte célèbre de saint Augustin : « Nous agissons nécessairement selon ce qui nous plaît le plus ». Or ce texte, nous le démontrerons, doit s'entendre nécessairement de la délectation délibérée et conséquente. C'est donc par erreur que Jansénius l'entend de la délectation indélibérée et antérieure à tout acte de la volonté : toute sa doctrine repose là-dessus. D'après lui, il n'existe plus de grâce suffisante : ou bien celle-ci ne fait pas le poids et n'est donc pas suffisante, ou bien elle l'emporte sur la concupiscence et elle est alors nécessairement efficace. Pour lui, toute l'efficacité de la grâce consiste uniquement dans la supériorité relative de la délectation indélibérée : « Ce ne sera pas une grâce suffisante, dit-il, elle sera efficace ou bien totalement inefficace et aucun acte ne pourra suivre ». Une fois posé ce système, les cinq propositions condamnées en découlent comme autant de conclusions. Ne parlons ici que de la première et de la troisième, qui sont davantage dans la ligne de notre sujet.
La première proposition dit ceci : « Certains commandements de Dieu sont impossibles à observer par des justes, bien qu'ils le veuillent et qu'ils s'y essaient selon les forces qu'ils ont présentement ; il leur manque également la grâce qui les leur rendrait possibles ». Certains commandements, affirme donc Jansénius, deviennent impossibles, même pour des justes qui voudraient pourtant les observer et qui s'y efforcent, parce qu'il leur manque la grâce qui leur permettrait de l'emporter sur la concupiscence : « Il est impossible que nous ne soyons pas vaincus, à cause de la faiblesse de notre volonté, sauf si la délectation céleste est plus forte que la terrestre ». Et ailleurs : « Quand agit la délectation charnelle, il est impossible que la considération de la vertu l'emporte ». Si l'on parle de la grâce en elle-même et de façon absolue, et si on la considère en dehors de l'acte lui-même et de ses circonstances, disait Jansénius, elle serait suffisante pour entraîner la volonté au bien. Par contre, si l'on en parle de façon relative, c'est-à-dire quand la délectation céleste est moins forte que la délectation charnelle, quand celle-ci l'emporte sur la grâce, l'acte suit toujours, la grâce est alors absolument insuffisante pour entraîner le consentement de la volonté. Le Père de Graveson écrit fort sagement : la puissance absolue que la grâce donnerait pour observer les commandements n'est plus alors, quand cette grâce est moins forte que la concupiscence, une puissance capable d'agir mais une véritable impuissance ; la volonté ne peut plus alors faire le bien, tout comme dans une balance un poids inférieur ne peut pas l'emporter sur un poids supérieur. Mais comment pourra-t-on considérer comme coupable quelqu'un qui n'observe pas un commandement alors qu'il n'a pas la grâce au moins suffisante pour cela ? L'objection est forte et n'est que trop juste. Aussi Jansénius ne peut-il pas y échapper et se la pose-t-il à lui même : « Comment ne sont-ils pas excusables, ceux à qui fait défaut la grâce nécessaire pour observer les commandements ? ». La difficulté est grande et il cherche à s'en tirer de plusieurs façons.
Retour en haut