Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Que l'on n'objecte pas ce que dit saint Thomas, à savoir que...

Que l'on n'objecte pas ce que dit saint Thomas, à savoir que la grâce serait refusée par suite du péché originel ! « Ce secours de la grâce, c'est assurément par miséricorde qu'il est accordé à ceux qui le reçoivent ; quant à ceux qui ne l'ont pas, c'est par justice qu'il ne leur est pas donné comme peine d'un péché qui a précédé, ou tout au moins du péché originel, comme dit saint Augustin ». Le savant Cardinal Gotti répond à cette objection : Saint Augustin et saint Thomas parlent de la grâce actuelle prochaine qui est donnée pour pratiquer les commandements de la foi et de la charité. Saint Thomas en traite précisément à cet endroit. Mais ils n’entendent nullement nier que le Seigneur donne à chacun la grâce intérieure qui lui permettra, au moins médiatement, d'obtenir la grâce de la foi et du salut. En effet, avons-nous vu, les deux saints Docteurs ne mettent pas en doute que Dieu accorde à chacun la grâce au moins éloignée pour observer les commandements. Ajoutons-y l'autorité de saint Prosper : « La doctrine ci-dessus s'applique toujours dans une certaine mesure à tous les hommes : bien que certains ne reçoivent qu'une grâce moindre, celle-ci suffit à les guérir, elle permet à tous de témoigner ».
Si certains péchaient par suite du péché originel qui leur serait imputé comme faute personnelle, ils n'auraient même pas la grâce suffisante éloignée ; on devrait conclure : la liberté de la volonté que nous sommes supposés avoir eue dans le péché d'Adam est suffisante pour qu'il y ait péché. Mais cette idée est expressément condamnée dans la première Proposition de Michel Baius : « Pour qu'il y ait péché formel et démérite, il suffit que le péché ait été volontaire et libre dans sa cause à savoir le péché originel et l'acte libre d'Adam pécheur ». Le Cardinal Bellarmin réfute cette proposition : Pour commettre un péché distinct de celui d'Adam, il faut un nouvel exercice de la liberté et d'une liberté distincte de celle d'Adam ; autrement, il n'y a point de péché distinct, ainsi que l'enseigne saint Thomas : « Pour qu'il y ait péché personnel, un pouvoir personnel est requis ». En outre, le Concile de Trente a déclaré par rapport aux baptisés : « En ceux qui ont été régénérés par le baptême, plus rien ne reste que Dieu haïsse, car rien n'est désormais condamnable en ceux qui ont été ensevelis dans la mort avec le Christ par le baptême ». Et il ajoute : La concupiscence ne subsiste pas au titre d'un châtiment mais « en vue du combat à mener et elle ne peut pas nuire à ceux qui n'y cèdent pas ». Mais elle nous nuirait beaucoup si, à cause d'elle, Dieu allait jusqu'à nous refuser la grâce éloignée nécessaire au salut.
Plusieurs théologiens concluent : il serait contre la foi de dire que Dieu refuse à certains la grâce suffisante pour observer les commandements parce qu'alors Dieu les obligerait à l'impossible. Le Père Nunez affirme : « Dieu ne refuse jamais la grâce suffisante pour observer les commandements ; autrement, ceux-ci deviendraient inobservables et l'on en reviendrait à l'hérésie de Luther, à savoir que Dieu a obligé l'homme à l'impossible ». Et ailleurs : « Il est de foi, et le contraire est une hérésie manifeste, que tout homme ici-bas peut faire pénitence de ses péchés ». Et le Père Ledesma : « Il est certain selon la foi que ce qui ne relève pas du libre pouvoir de l'homme n'est pas péché ».
Juénin soutient : Lorsque quelqu'un choisit de commettre volontairement tel ou tel péché, bien qu'il pèche alors nécessairement parce qu'il n'a pas la grâce actuelle suffisante pour lui faire éviter tout péché, il se rend coupable au titre de la liberté d'exercice ou de choix. Mais cette opinion - à savoir que quelqu’un pèche alors qu'il n'a pas d'autre liberté que celle de choisir son péché et qu'il est en même temps contraint de pécher - fait à juste titre bondir le savant archevêque de Vienne (France), Monseigneur de Saléon, dans son livre Jansénius ressuscité : « Qui pourrait admettre que pèche vraiment quelqu'un qui est privé de la grâce, contraint de pécher et qui n'a d'autre liberté que celle de choisir tel péché plutôt que tel autre ? ». Si un condamné à mort n'a d'autre liberté que celle de choisir de mourir par le fer, le poison ou le feu, devra-t-on dire que son choix le fera mourir volontairement et librement ? Alors, comment peut-on imputer à péché la faute de quelqu'un qui est contraint de pécher de telle ou telle façon ? La proposition 67 de Baïus a été condamnée : « L'homme pèche d'une manière coupable même lorsqu'il agit sous la contrainte ». Là où est la nécessité de pécher, où est la liberté ? Jansénius répond : « pour pécher il suffit de la liberté de la volonté que nous sommes censés avoir eue dans le péché d'Adam. Mais cette opinion a été condamnée dans la Proposition 1 de ce même Baïus : « Pour qu'il y ait péché formel et démérite, il suffit que le péché ait été volontaire et libre dans sa cause, le péché originel et l'acte libre d'Adam pécheur ».
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