← Retour aux livres
Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Les Saintes Écritures nous affirment, comme je l'ai dit, que...
Les Saintes Écritures nous affirment, comme je l'ai dit, que notre Sauveur est mort pour tous et qu'il a offert au Père éternel le prix de la Rédemption : « Car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu » (Mt 18, 11). « Il s'est livré en rançon pour tous » (1 Tm 2, 6). « Il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Co 5, 15). « Si, en effet, nous peinons et combattons, c'est que nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant, le Sauveur de tous les hommes, principalement des croyants » ( 1 Tm 4, 10). « C'est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, pas seulement pour les nôtres mais pour ceux du monde entier » ( 1 Jn 2, 2). « Car l'amour du Christ nous presse, à la pensée que si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts » (2 Co 5, 14). Je ne parle que de ce dernier texte. Comment, du fait que Jésus Christ est mort pour tous, l'Apôtre pourrait-il déduire que tous sont morts, s'il ne tenait pas pour certain que Jésus Christ est vraiment mort pour tous ? D'autant plus que saint Paul en conclut également que cette vérité doit allumer l'amour en nos cœurs. Mais ce qui explique surtout le désir et la volonté de Dieu de sauver tous les hommes, c'est ce qu'ajoute l'Apôtre Paul : « Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous » (Rm 8, 32). Ce qui suit a encore plus de force : « Comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? » Si Dieu nous a tout donné, comment pouvons-nous craindre qu'il nous ait refusé l'élection à la Gloire, alors que nous correspondons à sa grâce ? S'il nous a donné le Fils, dit le savant Cardinal Sfondrati, comment nous refusera-t-il la grâce du salut ? « Comme saint Paul nous le montre savamment, Dieu nous assure qu'il ne nous refusera pas le moins après nous avoir donné le plus : celui qui a donné son Fils pour notre salut ne nous refusera pas la grâce du salut ». Oui, comment saint Paul pouvait-il dire qu'en nous donnant son Fils Dieu nous a tout donné, s'il avait cru que le Seigneur en a exclu un grand nombre de la Gloire qui est l'unique bien et l'unique fin pour lesquels il nous a créés ? Le Seigneur aurait donc tout donné à ce grand nombre et ensuite il lui aurait refusé le meilleur, la Béatitude éternelle ? Sans celle-ci, puisqu'il n'y a pas de milieu, ils ne pourraient être qu'éternellement malheureux. Oserions-nous dire quelque chose de plus absurde encore, comme le fait remarquer un autre savant auteur : « Dieu donnerait à tous la grâce de parvenir à la Gloire mais il refuserait ensuite à beaucoup la possibilité d'aller en jouir : il donnerait le moyen mais refuserait la fin ».
Tous les Saints Pères sont d'accord pour dire que Jésus Christ est mort pour obtenir à tous le salut éternel. Saint Jérôme : « Le Christ est mort pour tous : lui seul fut trouvé digne d'être offert en sacrifice pour tous ceux qui étaient morts dans le péché ». Saint Ambroise : « Le Christ est venu pour guérir nos blessures mais tous ne demandent pas le remède ; il guérit les volontaires et ne force pas les récalcitrants ». Il dit ailleurs : « Il a offert à tous la possibilité de guérir. Ceux qui périssent ne doivent attribuer qu’à eux-mêmes la cause de leur mort : ils n'ont pas voulu se soigner, alors qu'ils avaient le remède ! La miséricorde du Christ s'étend manifestement à tous : il veut le salut de tous les hommes ! ». Il s'exprime encore plus clairement dans un autre texte : « Jésus n’a pas rédigé son testament pour un seul ni pour un petit nombre mais pour tous. Nous avons tous été constitués ses héritiers. Son testament est pour tous. Tous y ont droit. C'est l'héritage de tous et la propriété de chacun ». Notons ces mots : « Nous avons tous été constitués ses héritiers » : Le Rédempteur a fait de nous tous par testament les héritiers de son ciel. Saint Léon : « Notre Seigneur n'ayant trouvé aucun homme qui fût libre de la condamnation, est venu les délivrer tous ». Saint Augustin commente les paroles de saint Jean : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17). « Comme c'est le rôle d'un médecin, il est venu guérir les malades ». Notons « comme c'est le rôle d'un médecin » : Jésus veut donc concrètement, efficacement, le salut de tous mais il ne peut guérir ceux qui ne le veulent pas : « Il guérit entièrement, oui, mais pas celui qui s'y refuse. Qu'y a-t-il de plus avantageux pour toi que d'obtenir la vie et la guérison, si tu le veux ? » Quand le saint dit : « il guérit », il parle des pécheurs qui sont malades et incapables de faire leur salut par leurs propres forces. Que signifie « il guérit entièrement » ? que rien ne manque de la part de Dieu pour la guérison et le salut des pécheurs. Que signifie cc obtenir la vie et la guérison, si tu le veux » ? Que Dieu veut vraiment et sincèrement nous sauver tous, pour autant qu'il dépend de lui. Autrement, nous ne serions pas à même d'obtenir la guérison et la vie éternelle. Il dit ailleurs : « Lui qui nous a rachetés à un tel prix ne veut pas nous perdre. Il ne rachète pas les hommes pour les perdre mais pour leur donner la vie ». Il nous a rachetés tous pour nous sauver tous. Il nous encourage donc tous à espérer la Béatitude éternelle par cette phrase célèbre : « Que la faiblesse humaine se redresse ! Qu'elle ne dise pas : je ne serai pas heureux... Le Seigneur a fait plus encore qu'il n'a promis. Qu'a-t-il fait? Il est mort pour toi. Qu'a-t-il promis ? Que tu vivras avec lui ». Certains ont osé dire que Jésus Christ a versé son sang pour tous pour leur obtenir la grâce mais pas le salut. Mais le théologien de Périgueux les prend à parti et ne peut pas admettre une telle opinion : « Quel raisonnement ridicule ! Comment la Sagesse de Dieu a-t-elle pu vouloir le moyen du salut et pas la fin qui est le salut lui-même ? ». Saint Augustin interpelle les Juifs : « Regardez le côté que vous avez transpercé : il a été ouvert par vous et pour vous ». Si Jésus n'avait pas vraiment donné son sang pour tous, les Juifs auraient pu répliquer à saint Augustin : Oui, nous avons ouvert le côté du Christ, mais ce n'est pas pour nous qu'il a été ouvert !