Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Saint Thomas est bien certain, lui aussi, que Jésus est mort...

Saint Thomas est bien certain, lui aussi, que Jésus est mort pour tous. Il veut donc le salut de tous : « Jésus Christ est médiateur entre Dieu et les hommes, non pas entre Dieu et quelques-uns mais entre Dieu et tous les hommes. Il n'en serait pas ainsi s'il ne voulait pas les sauver tous ». Tout ceci est confirmé par la condamnation de la 5e proposition de Jansénius. Celle-ci disait : « Il est semi-pélagien de dire que le Christ est mort et a versé son sang pour tous les hommes ». D'après le contexte des autres propositions condamnées et d'après les principes de Jansénius, le sens de cette proposition est celui-ci : Jésus Christ n'est pas mort pour mériter à tous les grâces suffisantes au salut mais seulement aux prédestinés. Jansénius l'a clairement exprimé: « il n'est nullement conforme aux principes de saint Augustin de prétendre que le Christ est mort et a versé son sang pour le salut éternel des infidèles qui mourront dans l'infidélité ou des justes qui ne persévéreront pas ». Quelle est la doctrine catholique ? Tout le contraire : il n'est pas semi-pélagien mais parfaitement exact de dire que Jésus Christ est mort pour mériter les grâces nécessaires au salut éternel, selon l'ordre actuel de la Providence, non seulement aux prédestinés mais à tous et même aux réprouvés.
Que Dieu veuille vraiment le salut de tous et que Jésus Christ soit mort pour le salut de tous, nous le déduisons également du commandement de l'espérance que le Seigneur impose à tous. La raison en est claire. Saint Paul appelle l'espérance chrétienne l'ancre sûre et solide de l'âme : « Nous sommes fortement encouragés à bien saisir l'espérance qui nous est offerte. En elle nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide » (He 6, 18). Où trouverions-nous cette ancre sûre et solide de notre espérance, sinon dans la certitude que Dieu veut le salut de tous ? Le théologien de Périgueux demande : « Quelle pourra être notre espérance en la divine miséricorde s'il n’est pas certain que Dieu veuille le salut de tous ? Avec quelle confiance pourront-ils offrir à Dieu la mort du Christ pour obtenir le pardon, s'il n'est pas certain qu'elle ait été offerte pour eux ? ». Et le Cardinal Sfondrati conclut : Si jamais Dieu en avait élu certains pour la vie éternelle et avait exclu les autres, nous aurions plus de raisons de désespérer que d'espérer, car il y a moins d'élus que de réprouvés : « Personne, dit l'Auteur ci-dessus, ne pourrait espérer fermement car on aurait plus de raisons de désespérer que d'espérer ; en effet, les réprouvés sont beaucoup plus nombreux que les élus ». Et si Jésus Christ n'était pas mort pour le salut de tous, comment pourrions-nous avoir un motif solide d'espérer le salut par les mérites de Jésus Christ, sans une révélation particulière ? Mais saint Augustin n'a aucun doute à ce sujet : « C'est dans le précieux sang du Christ, répandu pour nous et pour notre salut, que réside toute mon espérance et la certitude de ma foi ! ». Le saint mettait donc toute son espérance dans le sang de Jésus Christ, parce que sa foi lui certifiait que Jésus Christ est mort pour tous. Mais nous examinerons mieux ce problème de l'espérance dans le chapitre quatrième, quand nous parlerons du point principal c'est-à-dire de la grâce de la prière donnée à tous.
Mais il reste à répondre à une objection. Qu'en est-il des enfants qui meurent avant le baptême et avant l'âge de raison ? Si Dieu veut le salut de tous, comment ces enfants peuvent-ils périr sans que ce soit de leur faute, puisqu'ils sont privés de tout secours de Dieu pour faire leur salut ? Il y a deux réponses dont l'une est meilleure que l'autre. Je les résume brièvement. D'abord, dit-on, Dieu veut, d'une volonté antécédente, le salut de tous, et il a donné à tous les moyens généraux nécessaires au salut ; quelquefois ces moyens n'obtiennent pas leur effet, soit à cause de la volonté personnelle de ceux qui ne veulent pas s'en servir ou bien parce que certains ne peuvent pas en profiter en raison des causes secondes : c'est le cas de la mort naturelle des enfants. Dieu n'est pas tenu d'empêcher le cours des événements, après avoir tout disposé selon les justes desseins de sa Providence générale. C'est saint Thomas qui donne cette explication. Jésus Christ a offert ses mérites pour tous et il a institué le baptême pour tous. Par suite de la mort de certains enfants avant l'âge de raison ce remède n'est pas appliqué, non par suite d'une volonté directe de Dieu mais d'une volonté purement permissive. Dieu, ordonnateur suprême de toutes choses, ne doit point troubler l'ordre général pour régler des cas particuliers.
Seconde réponse : il y a une différence entre ne pas être heureux et se perdre. En effet, la Béatitude éternelle est un don absolument gratuit dont la privation ne comporte pas le caractère d'une peine. Saint Thomas dit très justement que les enfants morts tout jeunes ne subissent ni la peine du sens ni la peine du dam. Ils ne subissent pas la peine du sens « parce que celle-ci correspond à une déviation vers la créature. Or, dans le péché originel, qui n'est pas une faute personnelle, il n'y a pas de déviation vers la créature ; la peine du sens n'est donc pas due au péché originel » parce que celui-ci ne comporte pas d'acte personnel coupable. Les adversaires opposent à cette opinion celle de saint Augustin : il pense, et dit quelque part, que les enfants sont condamnés également à la peine du sens ; mais ailleurs le saint se déclare très indécis sur ce point : « Quant à la peine des enfants, je suis bien perplexe, crois-moi, et je ne trouve absolument rien à répondre ». Il écrit ailleurs : on peut bien dire que ces enfants ne reçoivent ni récompense, ni peine. « Car il n'y a pas à craindre qu'il ne puisse y avoir une voie moyenne entre le vice et la vertu, ni, de la part du juge, qu'il ne puisse y avoir une décision moyenne entre le châtiment et la récompense ». Saint Grégoire de Nazianze l'affirme : « Les petits enfants ne recevront du juste juge ni la gloire du ciel ni les supplices ». Saint Grégoire de Nysse : « La mort prématurée des enfants montre que ceux qui ont ainsi cessé de vivre ne seront ni dans la douleur, ni dans la tristesse ».
Quant à la peine du dam : Bien que les enfants soient exclus de la Gloire, le Docteur Angélique, qui a le mieux réfléchi sur cette question, enseigne que personne ne souffre de la privation d'un bien dont il n'est pas capable. Aucun homme ne s'afflige de ne pas pouvoir voler ou de n'être pas empereur alors qu'il n'est qu'une personne privée ; ainsi les enfants ne souffrent pas d'être privés de la gloire à laquelle ils ne pouvaient prétendre ni par leur nature ni par leurs mérites personnels. Saint Thomas ajoute ailleurs une autre raison : la connaissance surnaturelle de la Gloire ne se fait que par la foi actuelle qui surpasse toute connaissance naturelle. Les enfants ne peuvent donc pas souffrir
de la privation de la Gloire, car ils n'en ont eu aucune connaissance surnaturelle. Ces enfants, dit-il encore, non seulement ne souffriront pas d'être privés de la Béatitude éternelle mais ils jouiront de leurs biens naturels ; ils jouiront même en quelque sorte de Dieu, autant que le permettent la connaissance et l'amour naturels : « Au contraire, ils jouiront davantage parce qu'ils auront une grande part à la Bonté de Dieu et aux perfections naturelles ». Et il ajoute : Bien que ces enfants soient séparés de Dieu quant à l'union de la Gloire, « ils lui seront unis par la participation des biens naturels et ils pourront même jouir de Dieu par la connaissance et l'amour naturels »
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