Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Mais aucun Père ne le dit plus clairement que saint Augustin...

Mais aucun Père ne le dit plus clairement que saint Augustin en de nombreux textes : « Les Pélagiens pensent savoir quelque chose d'important quand ils disent : Dieu ne nous commanderait pas ce qu'il saurait nous être impossible. Qui ne le sait ? Mais il nous commande pourtant des choses impossibles pour que nous sachions ce que nous avons à lui demander... : « Ce n'est pas d'ignorer malgré toi que l'on te fait grief, mais de négliger de chercher ce que tu ignores ; ce n'est pas non plus de ne point panser tes membres blessés, mais de mépriser celui qui veut les guérir : tes propres péchés à toi, les voilà. Car il n’y a pas d’homme si dépourvu qui ne sache l'utilité de chercher ce qu'il n'y a aucune utilité à ignorer ». Ainsi donc, la grâce de prier n'est refusée à personne et on peut obtenir par la prière la grâce de se convertir. Si cette grâce manquait à quelqu'un, on ne pourrait pas lui imputer le péché de ne pas se convertir. Saint Augustin dit ailleurs : « Que voyons-nous donc ici, sinon que celui qui nous ordonne de faire ceci ou cela nous accorde de demander, de chercher, de frapper » ? Ailleurs : « Saisis-le bien une fois pour toutes et comprends-le : tu n'es pas encore tiré ? Prie pour être tiré ». Ailleurs : « Donc, son ignorance de ce qu'elle doit faire provient de la perfection qu'elle n'a pas encore obtenue ; mais elle l'obtiendra aussi si elle use bien de ce qui lui a déjà été donné. Or il lui a été donné de chercher avec zèle et piété, si elle le veut ». Notez bien ces derniers mots. Chacun a donc la grâce nécessaire pour prier : s'il l'utilise bien, il recevra la grâce de faire ce que tout d’abord il ne pouvait pas faire immédiatement. Ailleurs : « Que l'homme qui veut et qui ne peut pas reconnaisse donc qu'il ne veut pas encore pleinement et qu'il prie afin d'avoir une volonté assez grande pour accomplir les commandements. Car c'est ainsi qu'il est aidé pour faire ce qui lui est ordonné ». Ailleurs : « Par ce précepte, le libre arbitre (a été engagé) à demander le don de Dieu. Cet avertissement, d'ailleurs, resterait sans fruit si le libre arbitre ne recevait d’abord un certain amour, afin qu'il en demande lui-même davantage pour accomplir ce qui est ordonné ». Notez ces mots « un certain amour » : c'est la grâce suffisante par laquelle l'homme peut ensuite par la prière obtenir la grâce actuelle et effective d'observer le commandement : « grâce qui le pousse à demander une aide supplémentaire qui lui permette de réaliser ce qui lui a été commandé ». Il dit ailleurs : « Il ordonne donc, de telle sorte qu'après nous être efforcés de faire ce qui est juste, et aux prises avec notre faiblesse, nous sachions demander le secours de la grâce ». Le saint suppose ainsi qu'avec la grâce ordinaire nous ne pouvons pas faire les choses difficiles mais que nous pouvons, par la prière, obtenir ce qu'il faut pour les faire. Et il continue : « La loi est venue pour que se multiplie la faute lorsque les hommes n'implorent pas le secours de la grâce ; mais, lorsqu'à la suite d'un appel divin ils comprennent près de qui il faut gémir et qu'ils l'invoquent, que se passera-t-il ? Où le péché s'est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). On voit exprimés ici, comme dit Petau, le manque de la grâce abondante et par ailleurs l'assistance de la grâce ordinaire et commune, qui nous fait prier, et que le saint nomme ici « appel divin » ou « vocation divine ».
Il dit ailleurs : « Ce qui reste, en effet, au libre arbitre en cette vie mortelle, ce n'est pas que l'homme puisse à sa volonté accomplir la justice, mais qu'avec une piété suppliante, il ait à se tourner vers Celui par le don duquel il puisse accomplir la justice ». D'après saint Augustin, l'homme est incapable d'observer toute la loi, et il ne lui reste que la prière pour obtenir le secours nécessaire. Il suppose certainement que le Seigneur donne à chacun la grâce de prier actuellement et effectivement, sans avoir besoin d'un autre secours extraordinaire et non commun à tous ; si ce secours spécial faisait défaut, « le libre arbitre n'aurait aucune possibilité » d'observer concrètement tous les commandements de Dieu, tout au moins les plus difficiles. Le saint ne veut certainement pas dire que la grâce suffisante ne donne que le pouvoir et non l'action concrète de prier. En effet, il est certain que le pouvoir est donné par la grâce suffisante pour toutes les œuvres difficiles. Le saint Docteur veut certainement dire, comme il l'enseigne ailleurs, que chacun peut avec la grâce suffisante accomplir concrètement les choses faciles comme le fait de prier, et les choses difficiles avec le secours que l'on obtient par la prière.
Deux textes surtout de saint Augustin concernent notre cas. Voici le premier : « Il est certain que nous observons les commandements si nous le voulons, mais puisque la volonté est préparée par le Seigneur, il nous faut prier pour, à la fois, vouloir les observer et les observer en réalité ». Il est certain, dit le saint, que nous observons les commandements si nous le voulons. Pour vouloir les observer et pour les observer effectivement, nous devons prier. Tous reçoivent donc la grâce de prier et peuvent obtenir par la prière la grâce abondante nécessaire pour cela. Si, pour prier actuellement et effectivement, on avait besoin de la grâce efficace qui n'est pas commune à tous, tous ceux n'ont pas reçu cette grâce ne pourraient ni observer ni avoir la volonté d'observer les commandements.
Le second texte est celui où le saint Docteur répond aux moines d'Adrumète. Ceux-ci disaient : Si la grâce est nécessaire et que sans elle je ne peux rien faire, pourquoi me reprocher de ne pouvoir agir alors que je n'ai pas la grâce voulue pour le faire ? Priez plutôt le Seigneur de me donner cette grâce : « Prie plutôt pour moi ! ». Le saint leur répond : Vous méritez d'être blâmés, non pas parce que, n'en ayant pas la force, vous n'agissez pas, mais parce que vous ne priez pas pour obtenir cette force : « La prière, il la veut pour lui, celui qui ne veut pas qu'on le reprenne : Prie plutôt pour moi, dit-il, mais il faut le reprendre afin qu'il prie aussi lui-même pour lui-même ». Or, si le saint n’avait pas cru que tous ont la grâce de pouvoir prier, sans avoir besoin d'un autre secours, il n'aurait pas pu dire que son interlocuteur méritait d'être blâmé de ne pas prier. En effet, celui-ci aurait pu lui répliquer : L'on ne peut pas me blâmer de ne pas agir parce que je n'ai pas la grâce spéciale pour agir. De même, l'on ne peut pas me blâmer de ne pas prier parce que je n'ai pas la grâce spéciale de prier effectivement. Il dit de même ailleurs : « Qu'ils ne s'abusent pas eux-mêmes ceux qui disent : pourquoi nous est-il prescrit d'éviter le mal et de faire le bien, si c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et l'agir ? » Le saint répond : lorsque nous faisons le bien, nous devons en rendre grâce à Dieu, qui nous donne la force de le faire. Quand ensuite nous ne le faisons pas, nous devons prier pour recevoir la force qui nous manque : « Quand ils ne font pas le bien, dit-il, qu'ils prient pour recevoir la force qu'ils n'ont pas encore ! ». S'ils n'avaient pas même la grâce de prier actuellement et effectivement, ils pourraient répondre : « A quoi bon nous est-il prescrit de prier, si c'est Dieu qui produit en nous la prière ? » Comment pouvons-nous prier si nous ne recevons pas le secours nécessaire pour le faire actuellement et effectivement ? Saint Thomas ne parle pas expressément de la prière mais il considère comme certaine l'opinion que nous défendons : « C'est le rôle de la divine Providence de pourvoir chacun de ce qui est nécessaire au salut, pourvu qu'il n'y mette pas obstacle ! ». Dieu donne donc à tous les grâces nécessaires au salut. Par ailleurs, pour prier il est nécessaire d'avoir la grâce de pouvoir prier actuellement et effectivement. Par la prière nous obtenons ensuite le secours plus puissant pour faire ce que nous ne pouvons pas avec le seul secours ordinaire. Nous devons donc conclure nécessairement que Dieu donne à tous la grâce suffisante de prier effectivement, si nous le voulons, sans avoir besoin de la grâce efficace. Ajoutons ici la réponse de Bellarmin à certains hérétiques. Des paroles du Sauveur « Personne ne peut venir à moi s'il n'est pas attiré par mon Père », ils concluaient : Ne peuvent aller à Dieu que ceux qui sont précisément attirés par lui. « Nous répondons, écrit Robert Bellarmin : on ne peut en déduire qu'une chose, à savoir qu'ils n'ont pas la grâce efficace pour croire effectivement ; on ne peut pas en déduire que tous n'ont pas la grâce pour pouvoir croire ou pour demander la grâce nécessaire ».
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