Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière

Les adversaires insistent : bien que le pécheur privé de la ...

Les adversaires insistent : bien que le pécheur privé de la grâce ne puisse éviter tous les péchés mortels globalement, il peut néanmoins éviter chaque péché distributivement c'est-à-dire séparément « par simple abstention ou négation de l'acte », comme ils disent. Mais cette thèse est inadmissible pour plusieurs raisons :
1 °) Quand on est assailli par une violente tentation exigeant un grand effort pour y résister, on ne peut moralement en triompher, comme disent tous les théologiens, qu'avec le secours de la grâce ou en succombant à une passion mauvaise opposée : ce pécheur privé de la grâce serait alors forcément contraint à pécher d'une façon ou d'une autre, ce qui est horrible, avons-nous dit.
2°) Quand une grande passion pousse l'homme au mal sur un point précis, il n'y a pas toujours - c'est même rare - un autre motif désordonné en sens contraire, qui soit assez fort pour que l'on s'abstienne de céder à cette passion. Quand ce motif opposé n'existe pas, le pécheur serait contraint à commettre le mal précis auquel il se sent incliné ?
3°) La « simple abstention de l'acte », comme ils disent, est à peine imaginable quand il s'agit de préceptes négatifs. Elle est impossible, comme le font remarquer Tournely et le Cardinal Gotti, quand il s'agit d'un précepte positif demandant d'accomplir un acte surnaturel, comme les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition. Pour accomplir ces actes surnaturels, il faut nécessairement l'aide surnaturelle de Dieu. Dans ces cas-là au moins, l'homme privé de la grâce pécherait nécessairement en n'observant pas le précepte positif, bien qu'il ne puisse pas éviter le péché. Ce serait aller contre la foi, dit le Père Banez, que de le soutenir : « Chaque fois que quelqu'un pèche, dit-il, il faut qu'il ait reçu effectivement une inspiration divine. Nous considérons cette conclusion comme certaine selon la foi. Personne, en effet, ne pèche en ne faisant pas ce qui lui est impossible. Ceci est également certain selon la foi. Mais celui qui n'a rien reçu en dehors de ce qui relève de la nature humaine ne peut absolument rien au-dessus de la nature. Il ne pèche donc pas en n'accomplissant pas quelque chose de surnaturel ».
Que l'on ne dise pas : C'est par sa faute que ce pécheur est privé de la grâce. Il pèche donc, bien que privé de la grâce. Le Cardinal Gotti répond parfaitement à cette objection : Le Seigneur peut avec raison punir ce pécheur pour les fautes qu'il a commises précédemment mais non pas pour des manquements futurs à des commandements impossibles à observer. Si un serviteur, dit-il, était envoyé quelque part et tombait dans une fosse par sa faute, le patron pourrait bien le punir pour son étourderie, et aussi si ce serviteur refusait d'utiliser les moyens de sortir de cette fosse (échelle, corde...). Mais si le patron refusait de l'aider à sortir, ce serait de la tyrannie que de l'obliger à continuer sa route et de le punir de ne pas le faire. Il conclut donc : « Lorsque l'homme tombé dans la fosse du péché ne peut poursuivre sa route vers le salut éternel, Dieu pourrait le punir de cette faute ainsi que de refuser le moyen de s'en sortir. Mais si Dieu le laissait dans son impuissance, il ne pourrait pas l'obliger sans injustice à continuer sa route ni le punir de ne pas le faire ».
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