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Livre : Saint Alphonse de Liguori, le grand moyen de la prière
Si la grâce suffisante ne donnait pas à tous de pouvoir actu...
Si la grâce suffisante ne donnait pas à tous de pouvoir actuellement et effectivement prier et que faisait défaut la grâce efficace nécessaire, au dire des adversaires, pour réaliser toute bonne œuvre, je ne sais comment on pourrait comprendre et expliquer le texte ci-dessus du Concile de Trente. Si l'on admet la nécessité, selon eux, de cette nouvelle grâce pour prier effectivement, je ne sais pas comment interpréter cet autre texte du même Concile : « Une fois qu’ils ont été justifiés par sa grâce, Dieu ne les abandonne pas, à moins qu'il ne soit auparavant abandonné par eux ». Si pour prier effectivement la grâce suffisante ne suffisait pas, et qu'il y fallait aussi la grâce efficace qui n'est pas commune à tous je me demande ce qui arriverait. Quand le juste serait tenté de commettre le premier péché mortel, si Dieu ne lui donnait pas la grâce efficace, au moins de prier pour obtenir la grâce de résister, et si de fait il ne résistait pas à la tentation, ne devrait-on pas dire que Dieu abandonne le juste avant d'être abandonné par lui, puisque la grâce efficace nécessaire pour résister lui fait défaut ?
Les adversaires objectent un passage de saint Augustin : le saint semble déclarer que la grâce de la prière n'est pas donnée à tout le monde : « Est-ce que parfois notre prière elle-même n'est pas à ce point tiède, ou froide plus exactement et quasi nulle, et, de temps à autre, si totalement réduite à rien, que nous ne nous en apercevons pas avec chagrin ? Car si nous en souffrions, ce serait déjà faire oraison ». Le Cardinal Sfondrati y fait une judicieuse réponse : « Autre chose que les pécheurs ne prient pas et autre chose qu’ils n'aient pas la grâce de prier ! ». Saint Augustin ne dit pas que la grâce de prier comme il faut manque à certains ; il dit seulement que parfois notre prière est si froide qu'elle est presque nulle. Ce n'est pas que Dieu ne nous aide pas à prier mieux mais c'est par notre faute que notre prière est nulle. C'est aussi ce que répond Tournely à propos de la première Proposition condamnée de Jansénius : « Les justes ne prient pas toujours comme il faut. C'est par leur faute qu'ils ne prient pas bien, alors qu'ils ont par la grâce les forces suffisantes pour prier. Saint Augustin dit que notre prière est parfois froide et presque nulle, mais il ne dit pas que nous fait défaut une grâce qui rendrait notre prière plus fervente. Sur ce passage de saint Augustin le cardinal de Noris écrit : « Par la prière tiède on obtient tout au moins la prière plus fervente et, par celle-ci, la grâce efficace pour observer les commandements. » Je conclus que nous faisons cette prière tiède elle-même avec le secours « sive quo non », c'est-à-dire indispensable, et avec le concours ordinaire de Dieu, puisqu'il s'agit d'actes faibles et imparfaits. Nous obtenons cependant par la prière tiède l'impulsion pour une prière plus fervente, qui nous est donnée par le secours « quo ». Et il confirme par l'autorité du saint Docteur qui écrit à propos du Psaume 17 (16) : « C'est avec une intention libre, ardente et forte, que j'ai adressé mes prières. Pour que je puisse le faire, tu m'as écouté alors que je te priais plutôt faiblement ». Que l'on n'objecte pas non plus ce que dit ce même saint Augustin à propos des paroles de saint Paul : « L'Esprit intercède en notre faveur par ses gémissements ineffables » : c'est l'Esprit Saint « qui nous fait supplier et qui nous inspire l'amour de la supplication ». Ce que le saint veut dire ici contre les Pélagiens c'est que personne ne peut prier sans la grâce. Et il l'explique ainsi dans son commentaire sur le Psaume 52 : « Ce que tu fais avec le concours de Dieu, nous disons que c'est lui qui le fait parce que sans lui tu ne le ferais pas ».
En troisième lieu, nous prouvons notre opinion par ce que disent les Pères sur la question. Saint Basile : « Lorsque Dieu permet que l'homme soit assailli par la tentation, c'est pour qu'il puisse demander par la prière la grâce de Dieu pour y résister ». Le saint affirme donc : Quand Dieu permet que l'homme soit tenté, il l'aide à résister en lui faisant demander que se fasse la volonté de Dieu c'est-à-dire la grâce nécessaire pour remporter la victoire. Le saint suppose donc que, lorsque l'homme n'a pas la force suffisante pour vaincre la tentation, il a au moins la grâce actuelle et commune de la prière pour obtenir la grâce plus puissante dont il a besoin. Saint Jean Chrysostome emploie un langage imagé : « Il a donné une loi qui met a nu les blessures pour nous faire désirer le médecin ». Et dans un autre endroit : « Personne ne pourra trouver d'excuse car c'est en cessant de prier qu'il a renoncé à vouloir vaincre l'ennemi ». Si quelqu'un n'avait pas la grâce nécessaire pour prier actuellement et effectivement et obtenir ainsi la force de résister, on pourrait l'excuser d'avoir été vaincu. Saint Bernard dit pareillement : « Mais qui sommes-nous et quelle est donc notre vaillance, pour ce que Dieu cherchait, c'est que, constatant notre déficience et sachant qu'il n'est pour nous point d'autre recours, nous nous précipitions en toute humilité vers sa miséricorde ». Le Seigneur nous a donc imposé une loi au-dessus de nos moyens pour qu'en recourant à lui et en le priant, nous obtenions la force de l'observer. Mais si la grâce de prier actuellement et effectivement était refusée à quelqu'un, l'observation de la loi lui deviendrait absolument impossible. « Beaucoup, dit ce même saint Bernard, se plaignent que la grâce leur fait défaut mais à combien plus forte raison la grâce ne pourrait-elle pas se plaindre que beaucoup lui sont infidèles ! ». Le Seigneur a bien plus raison de se plaindre de nous parce que nous manquons à la grâce, par laquelle il nous assiste, que nous de nous plaindre que la grâce nous manque.