← Retour aux livres
Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
L’union des deux vies contemplative et active, constitue le ...
L’union des deux vies contemplative et active, constitue le véritable apostolat, œuvre principale du christianisme, dit saint Thomas : Principalissimum officium.
L’apostolat suppose des âmes capables de s’éprendre d’enthousiasme pour une idée, de se consacrer au triomphe d’un principe. Que la réalisation de cet idéal soit surnaturalisée par l’esprit intérieur, que notre zèle, dans son but, son foyer et ses moyens, soit animé par l’esprit de Jésus, nous aurons la vie en soi la plus parfaite, la vie par excellence, puisque les théologiens la préfèrent même à la simple contemplation : Præfertur simplici contemplationi
L’apostolat de l’homme d’oraison, c’est la parole conquérante avec le mandat de Dieu, le zèle des âmes, la fructification des conversions : Missio a Deo, zelus animarum, fructificatio auditorum.
C’est la vapeur de la foi aux salutaires émanations : Zelus, id est vapor fidei.
L’apostolat du saint, c’est l’ensemencement du monde. L’apôtre jette aux âmes le froment de Dieu. C’est l’amour en feu qui dévore la terre, l’incendie de la Pentecôte irrésistiblement propagé à travers les peuples : Ignem veni mittere in terram.
La sublimité de ce ministère consiste en ce qu’il pourvoit, sans préjudice pour l’apôtre, au salut d’autrui : sublimatur ad hoc ut aliis provideat. Transmettre les vérités divines à des intelligences humaines ! N’est-ce pas un ministère digne des anges ?
Contempler la vérité, c’est bien. La communiquer aux autres, c’est mieux encore. Réfléchir la lumière est quelque chose de plus que de la recevoir. Éclairer vaut mieux que luire sous le boisseau. Par la contemplation, l’âme se nourrit ; par l’apostolat, elle se donne : Sicut majus est illuminare quam lucere solum, ita majus est contemplata aliis tradere quam solum contemplare.
Contemplata aliis tradere : dans cet idéal de l’apostolat la vie d’oraison reste la source ; telle est la pensée évidente de saint Thomas.
Ce texte, comme aussi les paroles du même saint Docteur citées à la fin du chapitre précédent, condamne clairement l’américanisme dont les partisans rêvent d’une vie mixte où l’action étoufferait la contemplation.
Il suppose en effet deux choses : 1° que l’âme vit déjà habituellement de l’oraison, et en vit assez pour n’avoir à donner que son surplus ; – 2° que l’action ne doit pas supprimer la vie d’oraison, et que, tout en se dépensant, l’âme doit si bien pratiquer la garde du cœur qu’elle ne coure aucun danger sérieux de soustraire à l’influence de Jésus-Christ l’exercice de son activité.
La charmante parole du R. P. Matheo Crawley, l’apôtre de l’intronisation familiale du Sacré-Cœur, traduit exactement la pensée de saint Thomas : « L’apôtre est un calice plein jusqu’aux bords de la vie de Jésus-Christ et dont le trop plein se déverse sur les âmes. »
C’est ce mélange de l’action avec toutes les dépenses de son zèle et de la contemplation avec ses élévations sublimes qui a produit les plus grands saints : saint Denis, saint Martin, saint Bernard, saint Dominique, saint François d’Assise, saint François-Xavier, saint Philippe de Néri, saint Alphonse, tous aussi ardents contemplatifs que puissants apôtres.
Vie intérieure et vie active ! Sainteté dans les œuvres ! Union puissante, union féconde ! quels prodiges de conversion vous opérez. O Dieu, donnez à votre Église de nombreux apôtres, mais ravivez dans leurs cœurs dévorés du désir de se donner une soif ardente de la vie d’oraison. Donnez à vos ouvriers cette action contemplative et cette contemplation active ; votre œuvre alors s’accomplira, vos ouvriers évangéliques remporteront ces victoires que vous leur annonciez avant votre glorieuse Ascension.