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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
Conversatio nostra in coelis est, disait saint Paul. Où app...
Conversatio nostra in coelis est, disait saint Paul. Où apprendrai-je plus facilement à réaliser ce programme que dans la Liturgie ? Cette liturgie de la terre n’est-elle pas l’imitation de la liturgie céleste que Jean le bien-aimé a décrite dans son Apocalypse ? Lorsque je chante ou récite mon office, que fais-je autre chose que remplir la même fonction dont les Anges s’honorent devant le trône de l’Éternel ?
Que dis-je ? La doxologie de chaque Psaume, de chaque hymne, la conclusion de chaque oraison ne me jette-t-elle pas en adoration devant la très sainte Trinité ?
Les innombrables fêtes des Saints me font vivre comme dans l’intimité de mes frères du Paradis qui me protègent et prient pour moi. Les fêtes de la Sainte Vierge me rappellent que j’ai là-haut une Mère toute bonne et toute-puissante qui n’aura pas de repos qu’Elle ne me voie en sûreté à ses pieds dans le Royaume de son Fils. Serait-il possible que toutes ces fêtes, que les mystères de mon doux Sauveur, Noël, Pâques, l’Ascension surtout, ne me donnent pas la nostalgie du Ciel que saint Grégoire regarde comme un gage de prédestination.
Bon Maître, vous avez daigné me faire comprendre ce qu’est la Vie liturgique. Prétexterai-je les exigences de mon ministère afin de me dérober à l’effort que vous me demandez pour la mettre en pratique ? Vous me répondriez sûrement que remplir conformément à vos désirs ses fonctions liturgiques ne demande pas plus de temps que de s’en acquitter machinalement. Vous me renverriez à l’exemple de tant de vos serviteurs, le Bienheureux Père Perboyre entre autres qui, chargés par vous d’occupations continuelles et absorbantes à un degré vraiment intensif, étaient cependant des âmes liturgiques d’élite.
Faites, bon Sauveur, que mon désir de Vie liturgique se traduise par un grand Esprit de foi pour tout ce qui se rapporte au culte divin.
Vos Anges et vos Saints vous voient face à face. Rien ne peut détourner leur esprit des augustes Fonctions qui constituent l’un des éléments de leur joie inénarrable. Mais moi, soumis encore à toutes les faiblesses de la nature humaine, comment pourrais-je me maintenir en votre présence, quand je vous parle avec l’Église, si vous ne développez en moi le don de la Foi que j’ai reçu au Baptême ?
Jamais, il me semble, je ne voudrais regarder les fonctions liturgiques comme une corvée à expédier le plus vite possible, ou à subir parce que des honoraires y sont attachés. Jamais, je l’espère, je n’oserais parler au Dieu trois fois saint, ou accomplir les rites avec un sans-gêne que j’aurais honte de manifester à l’égard du plus humble des serviteurs. Jamais je ne voudrais scandaliser par ce qui doit édifier. Et cependant puis-je prévoir où je m’arrêterais si je commençais à ne plus me surveiller par rapport à l’esprit de foi ?
O mon Dieu, si j’étais déjà sur cette pente, daignez me retenir, ou plutôt, donnez-moi une Foi tellement vive, que saisi par l’importance qu’ont véritablement à vos yeux les actes liturgiques, je me réjouisse de sentir leur sublimité enthousiasmer ma volonté toujours davantage.
Aurais-je le moindre esprit de foi si je n’avais aucun zèle pour connaître les Rubriques et pour les observer ? Les plus belles pensées sur la Liturgie ne pourraient devant vous, ô mon Dieu, excuser ma négligence. Qu’importe que je n’éprouve aucun attrait naturel pour ce labeur, il me suffit que vous plaise mon obéissance et que je sache qu’elle me sera à grand profit.
A mes retraites, je ne manquerai jamais de m’examiner sur ce point par rapport au Missel, au Rituel et au Bréviaire.
Votre Église, ô Jésus, a principalement utilisé les richesses des Psaumes pour son culte. Si j’ai l’esprit liturgique, mon âme, dans les fragments du Psautier, saura vous découvrir figuré surtout dans votre vie souffrante.
Elle saura que cette parole intime, ces sentiments que votre Cœur adressait à Dieu pendant votre vie mortelle, ils se retrouvent dans un grand nombre des compositions prophétiques que vous avez inspirées au Psalmiste.
Elle retrouvera là merveilleusement synthétisés d’avance les principaux enseignements de votre Évangile.
Sous les mêmes voiles j’entendrai la voix de l’Église continuant votre vie d’épreuves et manifestant à Dieu, au cours de ses souffrances et de ses triomphes, des sentiments calqués sur ceux de son divin Époux ; sentiments que peut aussi s’approprier dans ses tentations, revers, combats, tristesses, découragements, déceptions, comme aussi dans ses victoires et ses consolations, toute âme dans laquelle peut se manifester votre Vie.
En réservant une part de mes lectures à l’Écriture Sainte, je développerai mon goût pour la Liturgie et faciliterai mon attention aux paroles.
La réflexion me permettra de découvrir dans toute composition liturgique une idée centrale autour de laquelle gravitent les divers enseignements.
Quelles armes tu forgeras ainsi, ô mon âme, contre la mobilité de ton imagination, surtout si tu sais t’instruire par les symboles.
L’Église les emploie pour parler aux sens un langage qui les captive en rendant sensibles les vérités représentées. Agnoscite quod agitis, m’a-t-elle dit à mon ordination. Cérémonies, linges, objets, vêtements sacrés, l’Église ma Mère donne à tout une voix significative. Comment pourrais-je éclairer l’intelligence et atteindre le cœur des fidèles que l’Église veut saisir par ce langage aussi naïf que grandiose, si moi-même, je n’ai pas la clef de cette prédication ?