Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
Retour aux livres
Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Devant ces leçons du passé, comment ne pas se demander si, e...

Devant ces leçons du passé, comment ne pas se demander si, en notre siècle, nous n’avons pas une confiance excessive non seulement dans certaines diversions étourdissantes, mais même en divers moyens (pèlerinages, fêtes d’apparat, congrès, discours, publications, syndicats, action politique, etc.) prodigués de nos jours avec profusion, et très utiles, sans conteste, mais qu’il serait déplorable de placer au premier plan. La prédication par l’exemple sera toujours le levier principal. Seuls, exempla trahunt. Conférences, bons livres, presse chrétienne et même excellents sermons doivent graviter autour de ce programme fondamental : Organiser l’apostolat sur le peuple, par l’exemple de chrétiens fervents, de ses vertus.
Les prêtres qui, se laissant absorber par toutes les autres fonctions de leur ministère, ne s’adonnent qu’insuffisamment à la principale, la formation des élites pour la grande propagande par le Bon Exemple, doivent-ils, dès lors, s’étonner de voir qu’en France les trois quarts des hommes (et dans maintes autres nations une proportion plus grande encore) restent figés dans l’indifférence, et ne voient dans l’Église qu’une institution honorable d’une certaine utilité sociale, et non le ressort incomparable de toute existence individuelle, la clef de voûte des familles et des nations, et surtout le grand Projecteur de la vérité et de la vie éternelle.
« Quelle est donc cette religion capable d’éclairer, de fortifier et d’enflammer ainsi le cœur humain ? » C’est le cri que poussaient les païens devant les merveilleux effets que sut produire la Ligue tacite de l’action par le bon exemple.
La force de cette Ligue qui existait entre les premiers chrétiens ne lui venait sûrement pas de la seule pratique du Declina a malo.  L’éloignement des actes condamnés par le Décalogue n’eût pas été capable de faire naître en même temps que l’admiration un puissant désir d’imiter. C’est surtout au Fac bonum  que se lie l’Exempla trahunt. Il fallait tout l’éclat des vertus évangéliques, telles que le Sermon sur la montagne les avait proposées au monde.
« Si l’Église, nous disait un homme d’État éminent mais incroyant, savait graver plus profondément dans les cœurs le testament de son Fondateur : Aimez-vous les uns les autres, elle deviendrait la grande puissance indispensable aux nations. » Ne pourrait-on pas faire la même réflexion à propos de plusieurs autres vertus ?
Avec son intelligence profonde des besoins de l’Église, Pie N avait souvent des vues d’une rare justesse. L’Ami du Clergé  rappelle une intéressante conversation du saint Pontife avec un groupe de cardinaux : « Qu’y a-t-il, dit le Pape, de plus nécessaire aujourd’hui pour le salut de la société ? – Bâtir des écoles catholiques, répondit l’un. – Non. – Multiplier les églises, repartit un autre. – Non encore. – Activer le recrutement sacerdotal, dit un troisième. – Non, non, répliqua Pie X, ce qui est présentement le plus nécessaire, c’est d’avoir dans chaque paroisse un groupe de laïcs à la fois très vertueux, éclairés, résolus et vraiment apôtre. »
D’autres détails nous permettent d’affirmer que ce saint Pape, à la fin de sa vie, n’attendait le salut du monde que de la formation, par le zèle du clergé, de fidèles débordant d’apostolat par la parole et l’action, mais surtout par l’exemple. Dans les diocèses où, avant d’être Pape, il exerça le ministère, il attachait moins d’importance au registre de statu animarum qu’à la liste des chrétiens capables de rayonner d’apostolat. Il estimait que dans n’importe quel milieu on pouvait former des élites. Aussi classait-il ses prêtres d’après les résultats que leur zèle et leur capacité avaient obtenus sur ce point.
L’avis de ce saint Pape donne une autorité singulière au sentiment des directeurs des œuvres de la première catégorie dont nous parlions ci-dessus : Si c’est dans la formation des élites que consiste la seule et véritable stratégie pour agir sur les masses, donc, le fait de garder des sujets qu’on n’a plus le sérieux espoir de rendre fervents est une faute, toutes les fois que par là, on s’expose à abaisser le niveau de l’élite, même à tel point qu’elle ne soit plus qu’une élite de nom.
Les autres directeurs qui se bornent à écarter les contagieux ne Testent pas sans argument pour protester contre l’expression « Béquilles » désignant certains de leurs procédés et non des moins efficaces à leurs yeux.
Ils font valoir à quels dangers seraient exposées les âmes qu’on cesserait d’abriter dans les œuvres, l’obligation de se contenter d’un nombre infime de recrues si l’on ne visait que les élites, l’atmosphère empoisonnée des milieux où vivent ceux qu’ils doivent évangéliser, etc. Il serait injuste et cruel, disent-ils, de négliger les masses et de ne vouloir les atteindre que par le rayonnement des élites, sans tenter d’agir directement sur les médiocres, ne fût-ce que pour les empêcher de tomber plus bas, et aussi pour y faire éclore des candidats pour les élites.
Retour en haut