Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Avec les ouvrages de saint Alphonse et les commentaires du P...

Avec les ouvrages de saint Alphonse et les commentaires du P. Desurmont, les écrits du P. Faber et du P. Giraud, de la Salette, quel volume reflète mieux que celui du P. Lhoumeau les écrits de saint Bernard, qu’il cite du reste à tous instants ? Puissante base théologique, onction, caractère pratique, rien ne manque pour obtenir le résultat que poursuivait sans relâche l’abbé de Clairvaux : façonner le cœur de ses enfants à l’image du sien et leur donner ce qui fut la caractéristique des auteurs Cisterciens : le besoin du Recours habituel à Marie et la Vie d’union avec Elle.
Terminons par la consolante parole que l’admirable Cistercienne sainte Gertrude, que Dom Gué-ranger appelle Gertrude la Grande, entendit des lèvres de la Très Sainte Vierge : « On ne doit pas appeler mon Fils unique, mais bien mon premier-né, mon très doux Jésus. Je l’ai conçu le premier dans mon sein, mais après lui, ou plutôt par lui je vous ai tous conçus pour être ses frères et pour être mes enfants en vous adoptant dans les entrailles de ma charité maternelle. » Tout dans les œuvres de cette sainte Patronne des Trappistines reflète l’esprit de son Bienheureux Père saint Bernard, par rapport à la vie d’union à Marie.
b) Pour la fécondité de l’apostolat. Que l’homme d’œuvres ait à tirer les âmes du péché ou qu’il ait à faire épanouir en elles les vertus, il doit toujours avoir comme premier but à l’exemple de saint Paul, d’enfanter Notre-Seigneur dans ces âmes. Or Dieu, dit Bossuet, ayant voulu une fois nous donner Jésus-Christ par la Très Sainte Vierge, cet ordre ne change plus : Elle a enfanté le Chef, ainsi doit-elle enfanter les membres.
Isoler Marie de l’apostolat serait méconnaître l’une des parties essentielles du Plan Divin. « Tous les prédestinés, dit saint Augustin, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère jusqu’à ce qu’Elle les enfante à la gloire après la mort. »
Depuis l’Incarnation, conclut justement saint Bernardin de Sienne, Marie a acquis une sorte de juridiction sur toute mission temporelle du Saint-Esprit, de sorte qu’aucune créature ne reçoit de grâces que par ses mains.
Mais à son tour le vrai dévot à Marie devient tout puissant sur le Cœur de sa Mère. Dès lors, quel apôtre pourrait douter de l’efficacité de son apostolat, si, par la dévotion, il dispose de la Toute-Puissance de Marie sur le Sang Rédempteur.
Aussi voyons-nous tous les grands convertisseurs animés d’une dévotion extraordinaire envers la Sainte Vierge. Veulent-ils retirer une âme du péché ? Quelle chaleur persuasive ils ont, identifiés qu’ils sont, par l’horreur du mal et l’amour de la pureté, avec Celle qui s’est elle-même appelée l’Immaculée-Conception !
C’est à la voix de Marie que le Précurseur a reconnu la présence de Jésus et tressailli dans le sein de sa mère. Quels accents Marie donnera à ses vrais fils pour ouvrir à Jésus les cœurs jusque-là fermés !
Quelles paroles les intimes de la Mère de Miséricorde savent trouver pour empêcher le désespoir de s’emparer des âmes qui ont longtemps abusé des grâces !
S’agit-il d’un malheureux qui ignore Marie ? L’assurance avec laquelle l’homme d’œuvres la montre Vraie Mère et Refuge des pécheurs ouvre à cet égard des horizons nouveaux.
Le saint curé d’Ars rencontrait parfois des pécheurs qui, aveuglés par l’illusion, s’appuyaient sur quelque pratique extérieure de dévotion envers la Sainte Vierge pour se tranquilliser, pécher plus à l’aise et ne point craindre les flammes éternelles. Sa parole alors était souveraine, et pour montrer an coupable la monstruosité d’une présomption si injurieuse à la Mère de miséricorde, et pour lui faire employer cet acte de dévotion à implorer la grâce d’échapper aux étreintes du serpent infernal.
Dans le même cas, un homme d’œuvres peu dévot à Marie ne réussira, par ses paroles tranchantes et glacées, qu’à faire abandonner au pauvre naufragé l’épave qui eût pu devenir pour lui une planche de salut.
Marie vivant dans un cœur d’apôtre, c’est l’éloquence maternelle même assurée à l’ouvrier évangélique pour toucher les âmes près desquelles tout a échoué. Il semble que, par une délicatesse admirable, Notre-Seigneur ait voulu réserver à la médiation de sa Mère les conquêtes les plus difficiles de l’apostolat et ne les accorder qu’à ceux qui vivent intimement avec Elle. Per te ad nihilum redegit inimicos nostros.
Jamais le vrai fils de Marie ne sera à bout d’arguments, de moyens ou même d’expédients, lorsque dans les cas presque désespérés il devra fortifier les faibles et consoler les inconsolables.
Le Décret qui ajoute aux Litanies l’invocation : Mater boni consilii, s’appuie sur les titres de Coelestium gratiarum thesauraria et de Consolatrix universalis que mérite Marie. « Mère du bon conseil », elle ne donne qu’à ses vrais dévots, comme à Cana, le secret d’obtenir, pour le distribuer, le Vin de la force et de la joie.
Mais c’est surtout lorsqu’il faut parler aux âmes de l’amour de Dieu, que la « Ravisseuse des cœurs », Raptrix cordium, suivant le mot de saint Bernard, l’Épouse de l’Amour substantiel, met sur les lèvres de ses intimes des paroles de feu qui allument l’amour de Jésus et par lui font germer toutes les vertus.
Apôtres, nous devons aimer passionnément Celle que Pie IX appelle Virgo sacerdos et dont la dignité dépasse en tout celle des prêtres et des pontifes.
Et cet amour nous donne le droit de ne jamais considérer une œuvre comme perdue, si nous l’avons commencée avec Marie et si nous voulons la continuer avec Elle. Marie, en effet, est à la base et au couronnement de tout ce qui intéresse le règne de Dieu par son Fils.
Mais gardons-nous de croire que c’est avec Elle que nous travaillons, si nous nous bornons à lui élever des autels ou à faire chanter des cantiques en son honneur. Ce qu’Elle veut de nous, c’est une dévotion qui nous permette d’affirmer avec sincérité que nous vivons habituellement unis à Elle, que nous recourons à son conseil que nos affections passent par son Cœur et que nos demandes se font souvent par Elle. Mais ce que Marie attend et surtout, de notre dévotion, c’est l’imitation de toutes les vertus que nous admirons en Elle et l’abandon sans réserves entre ses mains pour qu’Elle nous revête de son divin Fils.
À cette condition du Recours habituel à Marie, nous imiterons ce général d’armée du Peuple de Dieu, qui, avant de marcher à l’ennemi, disait à Débora : « Si vous venez avec moi, j’irai ; sinon, je n’irai pas », et nous ferons vraiment toutes nos œuvres avec Elle. Non seulement elle sera mêlée aux décisions principales, mais encore à tous les imprévus et même aux détails d’exécution.
Unis à Celle dont le vocable Notre-Dame du Sacré-Cœur résume pour nous tous les titres, nous ne risquerons jamais de fausser nos œuvres, en permettant qu’elles aillent à l’encontre de notre vie intérieure, deviennent un danger pour nos âmes et puissent servir plus à notre gloire qu’à celle de notre Dieu. Nous irons au contraire par les Œuvres à la Vie intérieure, et ainsi à l’union de plus en plus intime avec Celle qui doit nous assurer la possession de son Fils pendant l’éternité.
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