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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
Résolution d’Oraison.
Un désir vague de vie intérieure conçu après la lecture rapide d’un volume ne donnerait aucun résultat.
Il faut que ce désir se fixe dans une résolution précise, chaude et pratique.
Nombres de personnes d’œuvres nous ont demandé de leur faciliter le moyen de réaliser leur projet de vie intérieure par l’énoncé de quelques résolutions générales.
Répondre à ces désirs c’est ajouter comme une sorte d’Appendice à ce volume.
Nous y répondons néanmoins volontiers, persuadé d’un côté que l’homme d’œuvres, prêtre ou laïque, n’aura vraiment profité de la lecture de ce qui précède que s’il est bien déterminé à consacrer chaque matin un instant à l’oraison mentale ; et d’un autre côté que le prêtre, s’il veut progresser dans la vie intérieure, ne peut négliger d’utiliser la Vie liturgique et de s’exercer à la Garde du cœur.
Nous croyons plus pratique d’adopter pour ces trois points la forme de résolution personnelle.
Nous n’avons pas la prétention d’apporter une nouvelle méthode d’oraison mais nous essayons d’extraire la moelle des meilleures méthodes.
Résolution d’Oraison.
Je veux être fidèle à l’oraison du matin.
Prêtre, j’ai entendu à ma retraite d’Ordination cette grave parole : Sacerdos alter Christus ! J’ai compris alors que si je ne vis pas spécialement de Jésus, je ne suis pas un prêtre selon son cœur, je ne suis pas une âme sacerdotale. Prêtre, je dois vivre dans l’intimité de Jésus. Il l’attend de moi ; Jam non dicam vos servos… Vos autem dixi amicos.
Mais ma vie avec Jésus Principe, Moyen et Pin, se développe dans la mesure où Il est la Lumière de ma raison et de tous mes actes intérieurs et extérieurs, l’Amour réglant toutes les affections de mon cœur, ma Force dans mes épreuves, luttes, œuvres, et l’Aliment de cette Vie surnaturelle qui me fait participer à la vie même de Dieu.
Or, cette Vie avec Jésus, assurée par ma fidélité à l’oraison, est sans l’oraison moralement impossible.
Oserai-je outrager par un refus le Cœur de Celui qui m’offre ce Moyen de vivre d’amitié avec Lui ?
Autre aspect important, bien que négatif, de la Nécessité de mon oraison : De par l’Économie du Plan divin elle est Efficace contre les dangers inhérents à ma faiblesse, à mes rapports avec le monde, à telles de mes obligations.
Si je fais oraison, je suis comme revêtu d’une armure d’acier, et invulnérable aux flèches ennemies. Sans l’oraison, elles m’atteindront sûrement.
Par suite, nombre de fautes, que je ne remarque pas, ou à peine, me seront imputées dans leur cause.
« Oraison ou très grand risque de damnation pour le Prêtre en contact avec le monde », déclarait sans hésiter le pieux, docte et prudent P. Desurmont, l’un des plus expérimentés prédicateurs de Retraites ecclésiastiques.
« Pour l’apôtre, pas de milieu entre la sainteté sinon acquise, du moins désirée et poursuivie (surtout par l’oraison quotidienne), et la perversion progressive », dit à son tour le Card. Lavigerie.
Chaque prêtre peut appliquer à son oraison le mot inspiré par le Saint-Esprit au Psalmiste : Nisi quod lex tua meditatio mea est, tunc forte periissem in humilitate mea. Or cette loi va jusqu’à obliger le prêtre à reproduire l’esprit de Notre-Seigneur.
1° Les prêtres dont la résolution est telle, que leur oraison ne saurait être même retardée par les prétextes de bienséance, d’occupations, etc. Seul, un cas très rare de force majeure la fera renvoyer à une autre demi-heure de la matinée. Mais rien de plus.
Ces vrais prêtres ont à cœur d’obtenir des résultats appréciables dans leur oraison, qu’ils veulent distincte de l’action de grâces de la messe, de toute lecture spirituelle et a fortiori de la composition d’un sermon.
Ils ont la sainteté désirée efficacement. Et tant qu’ils persévèrent ainsi leur Salut est moralement assuré.
2° Les Prêtres qui n’ayant pris qu’une demi-résolution renvoient et dès lors omettent facilement leur oraison, en dénaturent le but, ou ne s’imposent aucun effort véritable pour y réussir.
Perspective : tiédeur fatale, illusions subtiles, conscience endormie ou faussée… Pas glissant vers l’Abîme.
A laquelle des deux catégories veux-je appartenir ? Si j’hésite à choisir, c’est que j’ai manqué ma Retraite.
Tout se lie. Si j’abandonne ma demi-heure d’oraison, la Sainte Messe elle-même – donc ma Communion – sera bientôt sans fruits personnels et pourra devenir imputable à péché. La récitation pénible, presque mécanique de mon Bréviaire ne sera plus la chaude et joyeuse expression de ma Vie Liturgique. Peu de vigilance, point de recueillement, dès lors, point d’oraison jaculatoires. Plus, hélas ! de lectures spirituelles. Apostolat de moins en moins fécond. Pas d’examen loyal des fautes, moins encore d’examen particulier. Confessions routinières, parfois douteuses…, en attendant le Sacrilège !
La citadelle de moins en moins défendue est livrée à l’assaut d’une légion d’ennemis : Brèches d’abord… Ruines bientôt.