Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Vie intérieure, vie des prédestinés.

8e Vérité. Ma vie intérieure sera ce qu’est ma Garde du cœur : Omni custodia serva cor tuum, quia ex ipso vita procedit. 
Cette garde du cœur n’est autre chose que la sollicitude habituelle ou du moins fréquente pour préserver tous mes actes, à mesure qu’ils se présentent, de tout ce qui pourrait vicier leur mobile ou leur accomplissement.
C’est un travail du cœur et de la volonté plus que de l’esprit qui doit rester libre pour l’accomplissement de ses devoirs. Loin de gêner l’action, la garde du cœur la perfectionne en la réglant par l’esprit de Dieu et en l’ajustant aux devoirs d’état.
Sollicitude calme, aisée, sans contention, mais forte cependant puisque basée sur le recours filial à Dieu.
Cet exercice se pratique à toute heure. C’est une vue, par le cœur, des actions présentes et une attention modérée aux diverses parties d’une action à mesure qu’on la fait. C’est l’observation exacte de l’Age quod agis. L’âme comme une sentinelle vigilante exerce sa sollicitude sur tous les mouvements de son cœur, sur tout ce qui se passe dans son intérieur : impressions, intentions, passions, inclinations, en un mot sur tous ses actes intérieurs et extérieurs, pensées, paroles, actions.
La garde du cœur exige un certain recueillement, elle ne peut se faire par une âme dissipée.
Par la fréquence de cet exercice on en acquiert peu à peu l’habitude.
Quo vadam et ad quid ? Que ferait Jésus ; comment se comporterait-il à ma place ? Que me conseillerait-il ? Que demande-t-il de moi en ce moment ? Telles sont les questions qui viennent spontanément à l’âme avide de vie intérieure.
Pour l’âme qui va à Jésus par Marie, cette garde du cœur revêt un caractère plus facilement affectif encore, et recourir à cette bonne Mère devient comme un besoin incessant pour son cœur.
9e Vérité. Jésus-Christ règne dans l’âme, lorsque celle-ci aspire à limiter sérieusement, universellement, affectueusement. Deux degrés dans cette imitation : 1° L’âme s’efforce de devenir indifférente aux créatures prises en elles-mêmes, qu’elles soient conformes ou contraires à ses goûts. A l’exemple de Jésus, elle ne veut comme règle en tout que la Volonté de Dieu : Descendi de cœlo, non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem ejus qui misit me.  2° Christus non sibi placuit.  L’âme se porte plus volontiers à ce qui contrarie la nature et lui répugne. Elle réalise alors l’Agendo contra dont parle saint Ignace dans sa célèbre méditation du Règne du Christ. C’est l’action contre la nature pour aller de préférence vers ce qui imite la pauvreté du Sauveur et son amour des souffrances et des humiliations. Suivant l’expression de saint Paul, l’âme connaît alors vraiment le Christ : Didicistis Christum. 
10e Vérité. Quel que soit mon état, Jésus m’offre, si je veux prier et devenir fidèle à sa grâce, tous les moyens de revenir à une vie intérieure qui me rende Son intimité et me permette de développer Sa vie en moi. Alors, au cours de ses progrès, mon âme ne cessera de posséder la joie, même au sein des épreuves, et se réaliseront pour elles les paroles d’Isaïe : Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, et ta guérison germera promptement ; ta justice marchera devant toi ; la gloire de Jéhovah sera ton arrière-garde. Alors tu appelleras et Jéhovah répondra ; tu crieras et il dira : Me voici… Et Jéhovah sera ton guide continuel ; il rassasiera ton âme dans les lieux arides et il donnera de la vigueur à tes os ; tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent jamais. 
11e Vérité. Si Dieu me demande d’appliquer mon activité non seulement à ma sanctification, mais aussi aux Œuvres, je formerai avant tout dans mon âme cette conviction ferme : Jésus doit être et veut être la vie de ces œuvres.
Mes efforts à eux seuls ne sont rien, absolument rien : Sine me nihil potestis facere.  Ils ne seront utiles et bénis de Dieu que si, par une vraie Vie intérieure, je les unis constamment à l’action vivifiante de Jésus. Ils deviendront alors tout puissants : Omnia possum in Eo qui me confortat.  S’ils provenaient d’une orgueilleuse suffisance, de la confiance en mes talents, du désir des succès, ils seraient rejetés de Dieu, car ne serait-ce pas sacrilège folie de ma part, de ravir à Dieu, pour m’en parer, quelque chose de sa gloire ?
Loin d’engendrer en moi la pusillanimité, cette conviction sera ma force. et quel besoin de prière elle me donnera pour obtenir cette humilité, trésor pour mon âme, assurance du secours de Dieu et gage de succès pour mes œuvres !
Pénétré de l’importance de ce principe, je m’examinerai sérieusement pendant mes retraites pour reconnaître – si ma conviction de la nullité de mon action lorsqu’elle est seule et de sa force lorsqu’elle est unie à celle de Jésus, ne m’émousse point, – si j’exclus impitoyablement toute complaisance et vanité, tout retour sur moi dans ma vie d’apôtre, – si je me maintiens dans une défiance absolue de moi-même, – et si je prie Dieu de vivifier mes œuvres et de me préserver de l’orgueil, premier et principal obstacle à son concours.
Ce Credo de la Vie intérieure, devenu pour l’âme la base de son existence, lui assure dès ici-bas une participation au bonheur céleste.
Vie intérieure, vie des prédestinés.
Elle répond à la fin que Dieu s’est proposée en nous créant. 
Elle répond à la fin de l’Incarnation : Filium suum unigenitum misit Deus in mundum ut vivamus per eum. 
État bienheureux : Finis humanae creaturae est adhaerere Deo : in hoc enim felicitas ejus consistit.  Contrairement aux joies du monde si des épines existent au dehors, les roses subsistent au dedans. Qu’ils sont à plaindre les pauvres gens du monde ! dit le saint curé d’Ars. Ils ont sur les épaules un manteau doublé d’épines ; ils ne peuvent pas faire un mouvement sans se piquer ; tandis que les vrais chrétiens ont un manteau doublé de peau de lapin. Crucem vident, unctionem non vident. 
État céleste ! L’âme devient un ciel vivant. 
Comme la bienheureuse Marguerite-Marie, elle chante :
Je possède en tout temps et je porte en tout lieu Et le Dieu de mon cœur et le Cœur de mon Dieu.
C’est le commencement de la béatitude : Inchoatio quaedam beatitudinis.  La grâce, c’est le ciel en germe.
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