Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Un des obstacles les plus sérieux à la conversion d’une âme,...

Un des obstacles les plus sérieux à la conversion d’une âme, c’est que Dieu est un Dieu caché : Deus absconditus. 
Mais, par un effet de sa bonté, Dieu se dévoile en quelque sorte par ses saints, et même par les âmes ferventes. Le surnaturel transpire ainsi aux yeux des fidèles qui perçoivent quelque chose du mystère de Dieu.
Qu’est-ce donc que cette diffusion du surnaturel ? Ne serait-ce pas l’éclat de la sainteté, la splendeur de l’influx divin que la théologie nomme couramment la grâce sanctifiante, mieux encore peut-être le résultat de l’ineffable présence des Personnes divines en ceux qu’elles sanctifient ?
Saint Basile ne l’expliquait pas autrement : lorsque l’Esprit-Saint s’unit aux âmes que sa grâce a purifiées, c’est, dit-il, pour les spiritualiser davantage. Pareil au soleil qui rend plus étincelant le cristal qu’il touche et pénètre de son rayon, l’Esprit sanctificateur rend plus lumineuses les âmes qu’il habite, et, par l’effet de sa présence, elles deviennent comme autant de foyers qui répandent autour d’elles la grâce et la charité. 
Cette Manifestation du Divin qui se trahissait dans tous les gestes et jusque dans le repos de l’Homme-Dieu, nous le percevons dans certaines âmes douées d’une vie intérieure plus intense. Les conversions merveilleuses qu’opéraient certains saints par la renommée de leurs vertus, les pléiades d’aspirants à la vie parfaite qui venaient demander à les suivre, disent assez haut le secret de leur silencieux apostolat. Ainsi avec saint Antoine les déserts de l’Orient se peuplent. Par saint Benoît surgit cette phalange innombrable de saints religieux qui civilisent l’Europe. Une influence sans pareille est exercée par saint Bernard dans l’Église et sur les rois et sur les peuples. Saint Vincent Ferrier excite sur son passage l’enthousiasme indescriptible de foules innombrables et plus encore détermine leur conversion. A la suite de saint Ignace se lève cette armée de vaillants dont un seul, Xavier, suffit à régénérer une quantité incroyable de païens. Le rayonnement de la puissance de Dieu lui-même à travers des instruments humains peut seul rendre raison de ces prodiges.
Quel malheur, quand parmi les personnes placées à la tête d’œuvres importantes il n’y en a point de vraiment intérieures. Le surnaturel paraît éclipsé et la puissance de Dieu est comme enchaînée. C’est alors, les saints nous l’enseignent, qu’un pays décline et que la Providence semble laisser aux méchants tout pouvoir de nuire.
Les âmes, sachons-le bien, perçoivent comme d’instinct, et sans même définir clairement ce qu’elles éprouvent, cette irradiation du surnaturel. Aussi voyez comme il vient se prosterner volontiers aux pieds du prêtre et implorer son pardon, le pécheur qui reconnaît Dieu lui-même dans son représentant ! Et par contre n’est-ce pas du jour où le concept intégral de la sainteté cessa d’être l’idéal nécessaire du ministre de telle secte chrétienne, que celle-ci se vit amenée infailliblement à supprimer la confession ?
Joannes quidem signum fecit nullum.  Sans faire de miracle, Jean-Baptiste attire les foules. La voix du bienheureux Vianney était trop faible pour arriver à la foule qui se pressait autour de lui. Si on ne l’entendait guère, on le voyait, on voyait un porte-Dieu, et cette vue seule subjuguait les assistants et les convertissait. Un avocat revenait d’Ars. On lui demanda ce qui l’avait frappé : « J’ai vu Dieu dans un homme », répondit-il.
Qu’on nous permette de tout résumer par une comparaison un peu vulgaire. On connaît cette expérience d’électricité : placée sur l’isoloir, une personne est mise en communication avec une machine électrique. Son corps se charge de fluide, et dès qu’on approche, une étincelle jaillit donnant une commotion à celui qui prend contact avec elle. Ainsi en est-il de l’homme intérieur. Une fois détaché des créatures, il s’établit entre Jésus et lui une commotion incessante, comme un courant continu. L’apôtre devenu un accumulateur de vie surnaturelle condense en lui un fluide divin qui se diversifie et s’adapte aux circonstances et à tous les besoins du milieu où il agit. Virtus de illo exibat et sanabat omnes.  Paroles et actes ne sont plus chez lui que les effluves de cette force latente, mais souveraine pour renverser les obstacles, obtenir des conversions ou accroître la ferveur.
Plus les vertus théologales existent dans un cœur, plus ces effluves aident à faire naître ces mêmes vertus dans les âmes.
Par la vie intérieure l’apôtre rayonne de foi. – La présence de Dieu en lui est manifeste aux personnes qui l’entendent.
A l’exemple de saint Bernard dont il est dît : Solitudinem cordis circumferens ubique solus erat, il s’isole des autres et pour cela il se fait une solitude intérieure, mais on devine qu’il n’y est point seul, qu’il a dans son cœur un hôte mystérieux et intime avec lequel à tous instants il revient s’entretenir, et qu’il ne parle que d’après sa direction, ses conseils, ses ordres. On sent qu’il est soutenu et guidé par lui et que les paroles qui sortent de sa bouche ne sont que l’écho fidèle de celles de ce Verbe intérieur : Quasi sermones Dei.  C’est moins alors la logique et la force des arguments qui apparaissent que le Verbe intérieur, le Verbum docens, parlant par sa créature : Verba quae ego loquor vobis, a meipso non loquor. Pater autem in me manens, ipse facit opera.  Influence profonde et durable, bien autrement profonde que l’admiration superficielle ou la dévotion passagère que peut faire naître l’homme sans esprit intérieur. Celui-ci peut déterminer l’auditeur à dire : cela semble vrai et intéressant. Ce n’est là qu’un sentiment tout à fait impuissant par lui-même à conduire à la foi surnaturelle et à faire vivre de cette foi.
F. Gabriel, convers trappiste,  exerçant ses fonctions de sous-hôtelier, ravivait la foi de nombreux visiteurs bien mieux que n’aurait su le faire un prêtre docte, mais dont le langage parle moins au cœur qu’à l’esprit. Le général de Miribiel venait parfois s’entretenir avec l’humble frère et aimait à dire : Je viens me retremper dans la foi.
Jamais on n’a autant prêché, discuté, composé de savants traités d’apologétique que de nos jours et jamais peut-être, au moins à ne considérer que la masse des fidèles, la foi n’a été moins vivace. Trop souvent, ceux qui ont mission d’enseigner ne semblent voir dans l’acte de foi, qu’un acte de l’intelligence, alors qu’il relève aussi de la volonté. Ils oublient que croire est un don surnaturel, et qu’entre la perception des motifs de crédibilité et l’acte de foi définitif, il y a un abîme. Dieu seul et la bonne volonté de celui qui est enseigné, comblent cet abîme, mais combien aide à le combler, la réflexion de la lumière divine produite par la sainteté de celui qui enseigne.
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