Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Le but de l’Incarnation et dès lors de tout apostolat est de...

Le but de l’Incarnation et dès lors de tout apostolat est de diviniser l’humanité : Christus incarnatus est ut homo fieret deus.  Unigenitus Dei Filias suas divinitatis volens nos esse participes, naturam nostram assumpsit, ut homines deus faceret factus homo.  Or, c’est dans l’Eucharistie, ce n’est pas assez dire, c’est dans la Vie Eucharistique, c’est-à-dire dans la vie intérieure solide, alimentée au banquet divin, que l’apôtre s’assimile la vie divine, La parole du Maître est là, péremptoire, ne laissant prise à aucune équivoque : Nisi manducaveritis carnem Filii hominis et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis.  La vie eucharistique, c’est la vie de Notre-Seigneur en nous, non seulement par l’indispensable état de grâce, mais par une surabondance de son action. Veni ut vitam habeant et abundantium habeant.  Si l’apôtre doit surabonder de vie divine pour la répandre dans les fidèles, et s’il n’en trouve la source que dans l’Eucharistie, comment dès lors supposer l’efficacité des œuvres sans l’action de l’Eucharistie sur ceux qui directement ou indirectement doivent être les dispensateurs de cette vie par ces œuvres.
Impossible de méditer sur les conséquences du dogme de la présence réelle, du sacrifice de l’autel, de la communion, sans être amené à conclure que Notre-Seigneur a voulu instituer ce Sacrement pour en faire le foyer de toute activité, de tout dévouement, de tout apostolat vraiment utile à l’Église. Si toute la Rédemption gravite autour du Calvaire, toutes les grâces de ce mystère découlent de l’Autel. Et l’ouvrier de la parole évangélique qui ne vit pas de l’Autel n’a qu’une parole morte, une parole qui ne sauve pas, parce qu’elle émane d’un cœur qui n’est pas assez imprégné du Sang rédempteur.
Ce n’est pas sans un profond dessein, que Notre-Seigneur, aussitôt après la Cène, développe avec insistance et précision, par la parabole du cep de vigne, l’inutilité de l’action qui ne sera pas animée par l’esprit intérieur : Sicut palmes non potest ferre fructum a semetipso, sic nec vos nisi in me manseritis.  Mais aussitôt il indique de quelle valeur sera l’action exercée par l’apôtre vivant de la vie intérieure, de la vie eucharistique ! Qui manet in me et ego in eo, hic fert fructum multum.  Hic, mais celui-là seul. Dieu n’agit puissamment que par lui. C’est que, dit saint Athanase, « nous sommes faits dieux par la chair du Christ ». Quand le prédicateur ou le catéchiste conservent en eux la chaleur du Sang divin, quand leur cœur est embrasé par le feu qui consume le Cœur Eucharistique de Jésus, combien leur parole est alors vivante, ardente, enflammée ! Et combien rayonnent les effets de l’Eucharistie, dans une classe par exemple, ou dans une salle d’hôpital, dans un patronage, etc., lorsque ceux que Dieu a choisis pour ces œuvres ont ranimé leur zèle dans la communion et sont devenus des Porte-Christ !
Qu’il s’agisse du démon habile à retenir les âmes dans l’ignorance, ou de l’esprit superbe et impur qui cherche à les griser d’orgueil ou à les noyer dans la boue, l’Eucharistie, vie du véritable apôtre, fait sentir son action à nulle autre semblable contre l’ennemi du salut.
Par l’Eucharistie se perfectionne l’amour. Ce mémorial vivant de la Passion ranime dans l’apôtre le feu divin dès qu’il tend à s’éteindre. Il lui fait revivre Gethsémani, le Prétoire, le Calvaire, et lui donne la science de la douleur et de l’humiliation. L’ouvrier apostolique parle aux affligés une langue capable de les faire participer aux consolations puisées à cette sublime école.
Il parle le langage des vertus dont Jésus reste l’exemplaire parce que chacune de ses paroles est comme une goutte de sang eucharistique jeté sur les âmes. Sans ce reflet de la vie eucharistique la parole de l’homme d’œuvres ne produira qu’un entraînement sans lendemain. Seules les facultés secondaires pourront être ébranlées et les abords de la place occupés. Mais la citadelle, c’est-à-dire le cœur, la volonté, restera imprenable le plus souvent.
Au degré de vie eucharistique acquis par une âme, correspond presque invariablement la fécondité de son apostolat. La marque, en effet, d’un apostolat efficace, c’est d’arriver à donner aux âmes la soif de participer fréquemment et pratiquement au banquet divin. Et pareil résultat n’est obtenu que dans la mesure où l’apôtre lui-même vit véritablement de Jésus-Hostie.
Semblable à saint Thomas plongeant sa tête dans le tabernacle pour découvrir la solution d’une difficulté, l’apôtre, lui aussi, va tout confier à l’Hôte divin, et son action sur les âmes est la mise en œuvre de ses confidences à l’Auteur de la vie.
Notre admirable Pontife et Père Pie X, le Pape de la communion fréquente, est aussi le Pape de la vie intérieure. Instaurare omnia in Christo  a été sa première parole aux hommes d’œuvres surtout. C’est le programme d’un apôtre qui vit de l’Eucharistie et ne voit le succès dans l’Église que dans la proportion des progrès que font les âmes dans la vie eucharistique.
Œuvres de ce temps, multiples et pourtant si souvent stériles, pourquoi n’avez-vous pas régénéré la société ? Avouons-le encore, on vous compte, en bien plus grand nombre qu’aux siècles précédents, et pourtant vous n’avez pas su empêcher l’impiété de ravager, dans des proportions effrayantes, le champ du père de famille. Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas suffisamment entées sur la vie intérieure, sur la vie eucharistique, sur la vie liturgique bien comprise. Les hommes d’œuvres qui vous dirigent ont pu rayonner de logique, de talent et même d’une certaine piété, ils ont pu arriver à jeter des flots de lumière et à faire adopter quelques pratiques de dévotion : résultat certes déjà appréciable. Mais faute de puiser assez à la source de la vie, ils n’ont pu communiquer cette chaleur qui détermine les volontés. En vain auraient-ils voulu faire naître ces dévouements obscurs, mais irrésistibles, ces ferments actifs des collectivités, ces foyers d’attraction surnaturelle que rien ne peut remplacer et qui, sans bruit mais sans relâche, communiquent l’incendie autour d’eux et pénètrent lentement mais sûrement toutes les classes de personnes qu’ils peuvent atteindre. Leur vie en Jésus était trop faible pour arriver à ces résultats.
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