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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Les mots vie d’oraison, vie contemplative s’appliquent dans ...

Les mots vie d’oraison, vie contemplative s’appliquent dans ce volume, comme dans l’Imitation de Jésus-Christ, à l’état des âmes qui s’adonnent sérieusement à une vie chrétienne non commune et cependant accessible à tous, et, en substance, obligatoire pour tous. 
Sans nous attarder à une étude d’ascétisme, bornons-nous à rappeler ce que chacun pour le gouvernement intime de son âme est obligé d’accepter comme absolument certain.
1re Vérité. La vie surnaturelle, c’est en moi la Vie de Jésus-Christ Lui-même, par la Foi, l’Espérance et la Charité, car Jésus est la cause méritoire exemplaire et finale, et comme Verbe, avec le Père et le Saint-Esprit, la cause efficiente de la grâce sanctifiante dans nos âmes.
La présence de Notre-Seigneur par cette Vie surnaturelle n’est pas la présence réelle propre à la sainte Communion, mais une présence d’action vitale comme l’action de la tête ou du cœur sur les membres ; Action intime que Dieu cache le plus ordinairement à mon âme pour augmenter le mérite de ma foi ; Action donc insensible habituellement à mes facultés naturelles et que seule la foi m’oblige à croire formellement ; Action divine qui laisse subsister mon libre arbitre et utilise toutes les causes secondes, événements, personnes et choses, pour me faire connaître la volonté de Dieu et m’offrir l’occasion d’acquérir ou d’accroître ma participation à la vie divine.
Cette Vie inaugurée au Baptême par l’état de grâce, perfectionnée par la Confirmation, recouvrée par la Pénitence, entretenue et enrichie par l’Eucharistie, est ma Vie chrétienne.
2e Vérité. Par cette vie, Jésus-Christ me communique son Esprit Et ainsi il devient principe d’activité supérieure qui me porte, si je n’y mets obstacle, à penser, à juger, à aimer, à vouloir, à souffrir, à travailler avec Lui, en Lui, par Lui, comme Lui. Mes actions extérieures deviennent la manifestation de cette vie de Jésus en moi. Je tends ainsi à réaliser l’idéal de Vie intérieure formulé par saint Paul : Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi.
Vie chrétienne, Piété, Vie intérieure, Sainteté ne diffèrent pas essentiellement, ce sont les divers degrés d’un seul amour ; ce sont le crépuscule, l’aurore, la lumière, la splendeur d’un même soleil.
Lorsque dans cet ouvrage nous employons le mot Vie intérieure, nous visons moins la vie intérieure habituelle, c’est-à-dire si nous pouvons ainsi parler, « le capital de vie divine » qui est en nous par la grâce sanctifiante, que la Vie intérieure actuelle, c’est-à-dire la mise en valeur de ce capital par l’activité de l’âme et par sa fidélité aux grâces actuelles.
Je puis donc la définir l’état d’activité d’une âme qui réagit pour régler ses inclinations naturelles et s’efforce d’acquérir l’habitude de juger et de se diriger en tout d’après les lumières de l’Évangile et les exemples de Notre-Seigneur.
Donc deux mouvements. Par le premier, l’âme se retire de ce que le créé peut avoir de contraire à la vie surnaturelle, et elle cherche à être sans cesse présente à elle-même : Aversio a creaturis. Par le second l’âme se porte vers Dieu et s’unit à Lui : Conversio ad Deum.
Cette âme veut ainsi être fidèle à la grâce que Notre-Seigneur lui offre à chaque moment En somme, elle vit unie à Jésus et réalise le Qui manet in Me et Ego in eo, hic fert fructum multum. 
3e Vérité. Je me priverais de l’un des plus puissants moyens d’acquérir cette vie intérieure, si je ne m’efforçais d’avoir de cette présence active de Jésus en moi une foi précise et certaine et surtout d’obtenir que cette présence me soit une réalité vivante, très vivante même, qui pénètre de plus en plus l’atmosphère de mes facultés. Jésus devenant par là ma lumière, mon idéal, mon conseil, mon appui, mon recours, ma force, mon médecin, ma consolation, ma joie, mon amour, en un mot ma vie, j’acquerrai toutes les vertus. Alors seulement je pourrai proférer sincèrement l’admirable prière de saint Bonaventure que l’Église me propose comme action de grâces après la messe : Transfige, dulcissime Domine Jesu…
4e Vérité. Dans la proportion d’intensité de mon amour pour Dieu, ma vie surnaturelle peut croître à chaque moment par une nouvelle infusion de la grâce de présence active de Jésus en moi ; infusion produite :
1° A l’occasion d’actes méritoires (vertu ; travail ; souffrance sous ses diverses formes : privation des créatures, douleur physique ou morale, humiliation, abnégation ; prière, messe, acte de dévotion envers Notre-Dame, etc.).
2° Par les Sacrements, l’Eucharistie surtout.
Il est donc certain, et cette conséquence m’écrase par sa sublimité et sa profondeur mais surtout me réjouit et m’encourage, il est donc certain que par chaque événement, personne ou chose, Vous, ô Jésus, Vous-même, Vous Vous présentez objectivement à moi et à toute minute. Vous cachez sous ces apparences votre sagesse et votre amour, et sollicitez ma coopération pour accroître votre vie en moi.
O mon âme, c’est chaque fois Jésus qui se présente à toi par la grâce du Moment présent, prière à dire, messe à célébrer ou à entendre, lecture à faire, actes de patience, de zèle, de renoncement, de lutte, de confiance, d’amour à produire. Oserais-tu détourner ton regard ou te dérober ?
5e Vérité. La triple concupiscence causée par le péché originel et augmentée par chacun de mes péchés actuels établit en moi des éléments de mort opposés à la vie de Jésus. Or, dans la mesure même où se développent ces éléments, ils diminuent l’exercice de cette vie. Hélas ! ils peuvent même arriver à la supprimer.
Toutefois inclinations et sentiments contraires à cette vie, tentations même violentes et prolongées ne peuvent lui nuire tant que ma volonté s’y oppose. Et alors, vérité consolante, ils contribuent même, comme tout élément de combat spirituel, à l’augmenter, et cela dans la mesure de mon zèle.
6e Vérité. Sans l’emploi fidèle de certains moyens, mon intelligence s’aveuglera et ma volonté deviendra trop faible pour coopérer avec Jésus à l’accroissement et même au maintien de sa vie en moi. Dès lors, diminution progressive de cette vie et marche vers la tiédeur de volonté.  Par dissipation, lâcheté, illusion, aveuglement, je pactise avec le péché véniel. Par conséquent, insécurité pour mon salut, puisque disposition facile au péché mortel.
Si j’avais le malheur de tomber dans cette tiédeur (et a fortiori si j’étais plus bas encore), je devrais tout essayer pour en sortir. 1° Raviver ma crainte de Dieu en me mettant d’une façon saisissante en présence de ma fin, de la mort, des jugements de Dieu, de l’enfer, de l’éternité, du péché, etc. 2° Faire revivre ma componction par la science amoureuse de vos Plaies, ô Miséricordieux Rédempteur. En esprit au Calvaire, je me prosternerais à vos pieds sacrés afin que votre Sang vivant, coulant sur ma tête et sur mon cœur, dissipe mon aveuglement, fonde la glace de mon âme et secoue l’engourdissement de ma volonté.
7e Vérité. Je dois craindre sérieusement de n’avoir pas le degré de vie intérieure que Jésus exige de moi :
1° Si je cesse d’accroître ma soif de vivre de Jésus, soif qui me donne et le désir de plaire en tout à Dieu et la crainte de lui déplaire en quoi que ce soit. Or je cesse forcément, si je n’emploie plus les moyens, notamment : oraison du matin, messe, sacrements et office, examens particulier et général, lecture pieuse, ou si par ma faute ils ne me profitent pas.
2° Si je n’ai pas le minimum de recueillement qui me permette au cours de mes occupations, de garder mon cœur dans une pureté et une générosité assez grande pour que ne soit pas étouffée la voix de Jésus me signalant les éléments de mort qui se présentent et m’invitant à les combattre. Or, ce minimum me fera défaut si je m’abstiens des moyens qui peuvent l’assurer : Vie liturgique, oraisons jaculatoires surtout en forme de supplication, communions spirituelles, exercice de la présence de Dieu, etc.
Sans lui les péchés véniels arriveront à pulluler dans ma vie, et je pourrais même ne pas m’en douter. Pour les voiler et même me dérober un état plus lamentable, l’illusion utilisera apparence de piété plus spéculative que pratique, zèle pour les œuvres, etc. Mon aveuglement me sera cependant imputable, puisque par l’absence de ce recueillement indispensable, j’en aurai posé et entretenu la cause.
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