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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
J’entre plus avant dans l’école du Vouloir.
Pour réaliser définition et but, je suivrai cette marche logique : Je mettrai ma raison et surtout ma Foi et mon cœur devant Notre-Seigneur m’enseignant une vérité ou une vertu. J’aiguiserai ma soif d’harmoniser mon âme avec l’Idéal entrevu. Je déplorerai ce qui en moi lui est contraire. Prévoyant les obstacles, je me déciderai à les briser. Mais, persuadé que seul je n’arriverai à rien, j’obtiendrai par mes instances la grâce efficace pour réussir.
Voyageur épuisé, haletant, je cherche à me désaltérer… Enfin Video : J’aperçois une source. Mais elle jaillit d’un rocher escarpé… Sitio : Plus je regarde cette eau limpide qui me permettrait de continuer ma route, plus s’accentue, malgré les obstacles, le désir d’étancher ma soif… Volo : A tout prix je veux parvenir à cette source et m’efforcer d’y arriver. Hélas ! je dois constater mon impuissance… Volo Tecum : Survient un guide. Il n’attend que mes instances pour m’aider. Il me porte même dans les passages difficiles. Bientôt je me désaltère à longs traits.
Ainsi des Eaux vives de la grâce jaillissant du Cœur de Jésus.
Ma Lecture spirituelle du soir, élément si précieux de vie intérieure, a ravivé mon désir de faire oraison le lendemain… Avant mon repos, je prévois sommairement, mais d’une manière nette et forte mon sujet d’oraison ainsi que le fruit particulier que j’en veux tirer, et j’excite devant Dieu mon désir d’en profiter.
L’heure de l’oraison est arrivée. Je veux m’arracher à la terre, forcer mon imagination à me représenter une scène vivante et parlante que je substitue à mes préoccupations, distractions, etc. Représentation rapide et à grands traits, mais assez frappante pour me saisir et me jeter en présence de ce Dieu, dont l’Activité toute d’amour veut m’envelopper et me pénétrer. De la sorte, je suis en relation avec un interlocuteur Vivant, Adorable et Aimable.
Aussitôt j’adore profondément. Cela s’impose. Anéantissement, contrition, protestation de dépendance, prière humble et confiante pour que soit béni cet entretien avec mon Dieu.
Saisi par votre Présence vivante, ô Jésus, et ainsi dégagé de l’ordre purement naturel, je vais commencer mon Entretien par le Langage de la Foi, plus fécond que les analyses de ma raison. Dans ce but je lis ou me remémore soigneusement le point d’oraison. Je le résume et concentre sur lui mon attention.
C’est Vous qui me parlez et m’enseignez cette vérité, ô Jésus. Je veux raviver et accroître ma Foi sur ce que Vous me présentez comme absolument certain, puisque fondé sur votre Véracité.
Et toi, mon âme, ne cesse pas de répéter : Je le crois. Répète-le avec plus de force encore. Comme l’enfant qui redit sa leçon, répète de très nombreux ses fois que tu adhères à cette doctrine et à ses conséquences pour ton Éternité… O Jésus, cela est vrai, absolument vrai, Je le crois. Je veux que ce rayon du Soleil de la Révélation soit comme le phare de ma journée. Rendez ma Foi encore plus ardente. Inspirez-moi un désir véhément de vivre de cet Idéal et une sainte colère pour ce qui lui est opposé. Je veux dévorer cet aliment de Vérité, et me l’assimiler.
Si cependant après quelques minutes passées à exciter ma foi, je restais inerte devant la vérité qui m’est présentée, je n’insisterais pas. Je vous exposerais filialement, bon Maître, la peine que j’éprouve de cette impuissance et vous prierais d’y suppléer.
De la fréquence et surtout de l’énergie de mes actes de Foi, vraie participation à un rayon de l’Intelligence divine, va dépendre le degré de tressaillement de mon cœur, Langage de la Charité Affective.
Naissent en effet d’elles-mêmes, ou excitées par ma volonté, les Affections, fleurs que mon âme d’enfant jette devant Jésus qui lui parle : Adoration, reconnaissance, amour, joie, attachement à la volonté divine et détachement de tout le reste, aversion, haine, crainte, colère, espérance, abandon.
Mon cœur choisit un ou plusieurs de ces sentiments, s’en pénètre, Vous les exprime, ô Jésus, et Vous les répète maintes fois, tendrement, loyalement, mais simplement.
Si ma sensibilité m’offre son concours, je l’accepte. Il peut être utile, mais n’est point nécessaire. Une affection calme, mais profonde, est plus sûre et plus féconde que les émotions superficielles. Ces dernières ne dépendent pas de moi et ne sont jamais le thermomètre de la vraie et fructueuse oraison. Ce qui est toujours en mon pouvoir et importe surtout, c’est l’effort pour secouer la torpeur de mon cœur et lui faire dire : Mon Dieu, je veux m’unir à Vous. Je veux m’anéantir devant Vous. Je veux chanter ma gratitude et ma joie d’accomplir votre Volonté. Je ne veux plus mentir en Vous disant que je Vous aime et que je déteste ce qui Vous blesse, etc.
Bien que mon effort ait été loyal, il peut se faire que mon cœur demeure froid et n’exprime que mollement ses affections. Je vous dirai alors ingénument, ô Jésus, et mon humiliation et mon désir. Je prolongerai volontiers mes plaintes, persuadé qu’en gémissant ainsi devant Vous de cette stérilité, j’acquiers un droit spécial à m’unir d’une façon très efficace, bien que sèchement, aveuglément et froidement, aux affections de votre divin Cœur.
Qu’il est beau, ô Jésus, l’Idéal que j’aperçois en Vous. Mais ma vie est-elle en harmonie avec cet Exemplaire parfait ? Je fais cette recherche sous votre regard profond, ô Interlocuteur divin qui, maintenant, tout Miséricorde, serez tout justice dans le tête-à-tête du jugement particulier, alors que d’un seul coup d’œil Vous scruterez les mobiles secrets des moindres actes de mon existence. Est-ce que je vis de cet Idéal ? Si je mourais en ce moment, ô Jésus, ne trouveriez-vous pas que ma conduite en est la contradiction.
Sur quels points, désirez-vous, Bon Maître, que je me corrige ? Aidez-moi à découvrir les obstacles qui m’empêchent de Vous imiter, puis les causes internes ou externes et les occasions prochaines ou éloignées de mes défaillances.
La vue de mes misères et de mes difficultés oblige mon cœur à Vous exprimer, ô mon Rédempteur adoré : Confusion, douleur, tristesse, regrets amers, soif ardente de mieux faire, offrande généreuse et sans réserve de mon être. Volo placere Deo in omnibus.
J’entre plus avant dans l’école du Vouloir.
C’est le Langage de la Charité Effective. Les affections ont fait naître en moi le désir de me corriger. J’ai vu les obstacles. Maintenant, à ma volonté de dire : Je veux les lever. O Jésus, mon ardeur à vous répéter ce Je veux découle de ma ferveur à répéter : Je crois, j’aime, je regrette, je déteste.
Si parfois ce Volo ne jaillit pas avec l’énergie que je souhaiterais, ô bien-aimé Sauveur, je déplorerai cette faiblesse de ma volonté, et loin de me décourager, je ne me lasserai pas de vous répéter combien je désire participer à votre générosité au service de votre Père.
A ma résolution générale de travailler à me sauver et à aimer Dieu, je joins celle d’appliquer mon oraison aux difficultés, tentations, dangers de la journée. Mais j’ai surtout à cœur de forger à nouveau, avec un amour plus vif, la résolution, objet de mon examen particulier (défaut à combattre ou vertu à pratiquer). Je la fortifie par des motifs puisés dans le Cœur du Maître. En vrai stratégiste, je précise les moyens capables d’en assurer l’exécution, prévois les occasions et me prépare à la lutte.
Si j’entrevois une occasion spéciale de dissipation, d’immortification, d’humiliation, de tentation, une décision grave, etc., je me dispose pour ce moment à vigilance, énergie, et surtout union à Jésus et recours à Marie.
Si je tombe encore malgré ces précautions, quel abîme entre ces chutes de surprise et les autres ! Arrière le découragement, puisque je sais que Dieu est glorifié par mes perpétuels recommencements pour devenir plus résolu, plus défiant de moi-même, plus suppliant envers Lui. – Le succès n’est qu’à ce prix.
Obliger un boiteux à marcher droit est moins absurde que de vouloir réussir sans Vous, ô mon Sauveur (S. Aug.). Pourquoi mes résolutions sont-elles restées stériles ? sinon parce que l’Omnia possum n’est pas dérivé de l’In eo qui me confortat. J’arrive donc au point de mon oraison, à certains égards le plus importait : la Supplication ou Langage de l’Espérance.
Sans votre grâce, ô Jésus, je ne puis rien. Cette grâce je ne la mérite à aucun titre. Mais je sais que mes instances, loin Je Vous fatiguer, détermineront la mesure de votre secours, si elles reflètent ma soif d’être à Vous, la défiance de moi, et ma confiance illimitée, folle, dirai-je, en votre Cœur. Comme la Chananéenne, je me prosterne à vos pieds, ô Bonté infinie. Avec sa persistance, toute d’espoir et d’humilité, je Vous demande non pas quelques miettes, mais une vraie participation à ce festin, dont Vous avez dit : Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père.
Devenu, par la grâce, membre de votre Corps mystique, je participe à votre Vie et à vos mérites et je prie par Vous, ô Jésus. O Père Saint, je prie par le Sang divin qui crie miséricorde : Pourriez-vous rejeter ma prière ? C’est le cri du mendiant que je pousse vers vous, ô Richesse inépuisable : Exaudi me, quoniam inops et pauper sum ego. Revêtez-moi de votre Force et glorifiez votre Puissance dans ma faiblesse. Votre Bonté, vos promesses et vos mérites, ô Jésus, ma misère et ma confiance, sont les seuls titres de ma requête pour obtenir par mon union avec Vous la garde du cœur et la force pendant cette journée.
Survienne un obstacle, une tentation, un sacrifice à imposer à une de mes facultés, le texte ou la pensée que j’emporte comme Bouquet spirituel, me fera respirer le parfum de prière qui a enveloppé mes résolutions, et de nouveau, à ce moment, je pousserai le cri de la Supplication efficace. Cette habitude, fruit de mon Oraison, en sera aussi la pierre de touche : A fructibus cognoscetis.
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