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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
La sainteté n’étant autre chose que la vie intérieure poussé...
La sainteté n’étant autre chose que la vie intérieure poussée jusqu’à l’union très étroite de la volonté avec celle de Dieu, d’ordinaire et sauf un miracle de la grâce, l’âme n’arrive à ce terme qu’après avoir parcouru au milieu de multiples et pénibles efforts, toutes les étapes de la vie purgative et illuminative. Notons comme une loi de la vie spirituelle qu’au cours de la sanctification, l’action de Dieu et celle de l’âme suivent une marche inverse : les opérations de Dieu prenant de jour en jour un rôle plus considérable, l’âme agissant toujours de moins en moins.
Autre est l’action de Dieu dans les parfaits, autre dans les débutants. Moins apparente en ceux-ci, elle y provoque surtout et soutient la vigilance et la supplication, leur offrant ainsi le moyen d’obtenir la grâce pour de nouveaux efforts. Dans les parfaits Dieu agit d’une manière plus complète et parfois même n’exige qu’un simple consentement qui unit l’âme à son action souveraine.
Le commençant et même le tiède et le pécheur que le Seigneur veut rapprocher de lui se sentent d’abord portés à rechercher Dieu, puis à lui prouver de plus en plus leur désir de lui plaire, enfin à se réjouir de toutes les occasions providentielles qui leur permettent de détrôner l’amour-propre pour établir à sa place le règne de Jésus seul. Dans ce cas, l’action divine se borne à des incitations, à des secours.
Chez le saint, cette action est bien plus puissante, bien plus entière. Au milieu des fatigues et des souffrances, abreuvé d’humiliations ou écrasé par la maladie, le saint n’a pour ainsi dire qu’à s’abandonner à l’action divine, sans quoi il serait incapable de supporter les agonies qui, selon les desseins de Dieu, doivent achever de le mûrir. En lui se réalise pleinement ce texte : Deus subjicit sibi omnia, ut sit Deus omnia in omnibus. Il vit tellement de Jésus qu’il semble ne plus vivre par lui-même. C’est ce témoignage que se rendit l’Apôtre : Vivo autem jam non ego ; vivit vero in me Christus. Seul l’esprit de Jésus pense, décide et agit. Sans doute la divination est loin d’atteindre l’intensité qu’elle obtiendra dans la gloire, et pourtant cet état reflète déjà les caractères de l’union béatifique.
Est-il utile de dire qu’il est loin d’en aller ainsi chez le débutant ou le tiède et même chez le simple fervent ? A leurs états s’adapte toute une série de moyens qui, d’ailleurs, peuvent également servir à l’un comme à l’autre. Mais le commençant, pareil à l’apprenti, peinera beaucoup, avancera lentement et, en résumé, fera médiocre besogne. Le fervent lui, artisan déjà habile, exécutera vite et bien, et avec peu de difficulté réalisera plus de profit.
Mais de quelque catégorie d’apôtres qu’il s’agisse, les intentions de la Providence à leur égard restent invariables. Dieu veut que, toujours et pour tous, les œuvres soient un moyen de sanctification. Mais tandis que, pour l’âme parvenue à la sainteté, l’apostolat ne provoque aucun danger sérieux, n’épuise pas ses forces et lui fournit d’abondantes occasions de croître en vertus et en mérites, nous avons vu avec quelle facilité il cause l’anémie spirituelle et, par conséquent, le recul sur le chemin de la perfection pour les personnes faiblement unies à Dieu, et chez qui le goût de l’oraison, l’esprit de sacrifice et surtout l’habitude de la garde du cœur ne sont que peu développés.
Cette habitude, Dieu ne la refuse jamais à une prière instante et à des preuves réitérées de fidélité. Il la répand sans mesure dans l’âme généreuse qui, par de perpétuels recommencements, a transformé peu à peu ses facultés et les a rendues souples aux inspirations d’En-Haut et capables d’accepter joyeusement contradictions et insuccès, pertes et déceptions.