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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
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Quelle ne fut pas mon admiration émue, lorsque dans mon voyage au Japon, il y a une dizaine d’années, j’eus le bonheur de prendre contact avec quelques membres de nombreuses familles chrétiennes découvertes, il y a environ un demi-siècle, près de Nagasaki. Fait inouï : Entourés de païens, obligés de cacher leur religion, privés de prêtres depuis trois siècles, ces fidèles d’élite avaient reçu de leurs pères non seulement la foi, mais la ferveur. Où découvrir un élan initial assez puissant pour expliquer la force et la durée d’une si extraordinaire transmission ? La réponse est facile. Leurs ancêtres avaient eu en saint François Xavier un merveilleux directeur d’élites.
Comment tels Petits Séminaires manquant de directeurs spirituels pourraient-ils servir de pépinières à de futurs lévites ? Faute d’avoir été orientés assez tôt vers la perfection, la plupart de leurs élèves pourront-ils plus tard dépasser la médiocrité dans l’exercice de leur sacerdoce ? Heureux, si ces âmes qui cherchent leur voie n’ont pas été faussées dans leur désir de vie sacerdotale, fascinées par le miroitement des talents naturels de certains professeurs chez qui perçaient l’indifférence pour la vie intérieure et le dédain pour la direction spirituelle suivie.
La preuve que dans nombre de Communautés religieuses, actives et même contemplatives, beaucoup de sujets ne végètent que faute de direction spirituelle, c’est le changement radical que nous avons pu souvent constater dans des âmes tièdes revenues à la ferveur de leur profession, dès qu’elles eurent enfin un directeur consciencieux.
Certains confesseurs paraissent oublier que les âmes consacrées dont ils ont la charge sont tenues de tendre à la perfection, et ont un réel besoin d’être aidées et stimulées pour réaliser ces progrès continus auxquels peuvent s’appliquer ces paroles du Psaume : Ascensiones in corde suo disposuit… ibunt de virtute in virtutem, et pour devenir alors de vrais apôtres de la vie intérieure.
Que de prêtres aussi seraient bien plus fervents, trouvant tout leur bonheur dans leur vie eucharistique et liturgique et dans le progrès des âmes, si le confesseur qu’ils ont choisi leur manifestait sa vraie amitié, par son tact à les amener, par persuasion, à la direction mensuelle, en vue de la tendance à cette perfection à laquelle ils sont tenus plus encore que les religieux.
N’a-t-on pas remarqué quel rôle important les hagiographes attribuent au directeur spirituel de la plupart de ceux dont ils racontent la vie ?
L’Église ne compterait-elle pas plus de saints si les âmes généreuses les âmes sacerdotales et religieuses surtout, étaient plus sérieusement dirigées ?
Sans la direction intime du prêtre sur les parents de la Vénérable Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus, et plus tard, sans l’action directe des représentants de Dieu sur cette élue du Seigneur, la terre recevrait-elle du ciel cette pluie de roses dont elle est inondée ?
Dans ses écrits, le P. Desurmont revient souvent sur cette pensée : Pour certaines âmes, le salut est lié à la sainteté. Tout ou rien. L’amour ardent de Jésus, ou le culte du monde et la direction de Satan. La sainteté ou la damnation.
Serait-on téméraire, dès lors, de redouter de douloureuses surprises au jugement particulier, pour les prêtres qui, faute d’étudier l’art de la direction spirituelle et d’accepter le labeur qu’exige sa pratique, sont, à certains égards, responsables de la médiocrité ou même de la perte des âmes. Bons administrateurs, excellents prédicateurs, pleins de sollicitude pour les malades et les pauvres, ils ont cependant négligé cette grande tactique que le Sauveur a employée : transformer la société par les élites. Le petit troupeau de disciples que Jésus choisit et forma lui-même et que le Saint-Esprit enflamma ensuite, suffit pour commencer la régénération du monde.
Saluons avec respect les Évêques de plus en plus nombreux, qui, à l’exemple de Pie X, considèrent que dans leurs Grands Séminaires, un cours d’ascétisme et même de mystique est de beaucoup plus utile que des conférences de sociologie.
Pour souligner l’importance de la direction, ils exigent qu’avant tout, les séminaristes y soient fidèles pour leurs progrès personnels, et que tous les professeurs l’aient en singulière estime, et le prouvent par leur rayonnement de vie intérieure.
De plus, ils veulent que tous les aspirants au sacerdoce apprennent ce qui se rapporte au Regimen animarum, à cet art qui relève de principes bien établis, et des sages conseils vécus de ceux qui l’ont expérimenté. C’est surtout de cet Ars artium qu’on peut dire que le Savoir doit nécessairement être doublé du Savoir-faire.
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