← Retour aux livres
Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
* * *
Je résume en quelques mots les trois principes de l’esprit liturgique.
Cum Ecclesia. Lorsque je m’unis comme simple chrétien à l’Église, cette union m’invite à me pénétrer des mêmes sentiments qu’Elle.
Ecclesia. Lorsque je suis l’Église elle-même, agissant comme son Ambassadeur devant le Trône de Dieu, je suis incité plus fortement encore à faire miennes ses aspirations pour être moins indigne de m’adresser à la Majesté trois fois sainte, et pour exercer par la Prière officielle un Apostolat plus fécond.
Christus. Mais quand par la participation au Sacerdoce du Christ, je suis Alter Christus, quels termes peuvent traduire vos appels, ô Jésus, pour que je prenne de plus en plus votre divine ressemblance, qu’ainsi je vous manifeste aux fidèles et par l’Apostolat de l’exemple je les entraîne à votre suite.
Quelle difficulté j’éprouve, ô mon Dieu, pour agir ordinairement par un motif surnaturel ! Satan et les créatures aidant, mon amour propre vient soustraire mon âme et ses facultés à la dépendance de Jésus vivant en moi.
Que de fois dans une journée, cette pureté d’intention, qui seule peut rendre mes actions méritoires et mon apostolat fécond, est viciée, faute de vigilance ou de fidélité ! Ce n’est qu’au prix d’efforts continuels que je puis, avec le secours divin, obtenir que la plupart de mes actes aient la grâce comme principe vivifiant qui les dirige vers Dieu comme vers leur fin.
Pour ces efforts l’oraison m’est indispensable. Mais quelle différence lorsqu’ils s’exercent au sein de la Vie liturgique ! L’Oraison et la Vie liturgique sont deux soeurs qui s’entraident. L’Oraison précédant ma Messe et mon Bréviaire me jette dans le surnaturel. La Vie liturgique me donne le moyen de faire passer mon oraison dans ma journée.
* * *
A votre école, ô sainte Église, comme il m’est facile d’acquérir l’habitude de rendre à mon Créateur et Père le culte qui lui est dû. Épouse de Celui qui est l’Adoration, l’Action de grâces, la Réparation et la Médiation par excellence, vous me communiquez par la Liturgie cette soif qu’avait Jésus de glorifier son Père. Rendre à Dieu la gloire : c’est le but premier que vous vous êtes proposé en établissant la Liturgie.
N’est-il pas évident que si je vis de la Vie liturgique, je serai tout imprégné de la vertu de Religion, puisque toute la Liturgie n’est que la mise en acte continuelle et publique de cette vertu, la plus excellente après les vertus théologales ?
Manifestation de la dépendance envers Dieu de toutes mes facultés, piété, vigilance, combat spirituel peuvent sans doute se développer si j’utilise les lumières de la foi. Mais quel besoin a le composé humain d’être aidé par l’ensemble de toutes ses facultés pour fixer l’esprit vers les biens éternels, rendre le cœur enthousiaste et avide d’en profiter, et exciter la volonté à les demander fréquemment et à les poursuivre sans relâche !
La Liturgie saisit mon être tout entier. Par un ensemble de cérémonies de génuflexions, d’inclinations, de symboles, de chants, de textes qui s’adressent aux yeux, aux oreilles, à la sensibilité, à l’imagination, à l’intelligence, au cœur, elle m’oriente tout entier vers Dieu ; elle me rappelle que tout en moi, os, lingua, mens, sensus, vigor, tout doit se rapporter à Dieu.
Tout ce par quoi l’Église me représente les droits de Dieu et ses titres à mon culte d’hommage filial et d’appartenance totale développe en moi la vertu de religion et ainsi l’esprit surnaturel.
Dans la Liturgie tout me parle de Dieu, de ses perfections, de ses bienfaits ; tout me ramène à Dieu ; tout me montre sa Providence présentant sans cesse à mon âme par des épreuves, des secours, des avertissements, encouragements, promesses, lumières, menaces même, lés moyens de me sanctifier.
La Liturgie me fait aussi sans cesse parler à Dieu et exprimer ma religion sous les formes les plus diverses.
Si je me livre, avec le désir d’en profiter, à cette formation liturgique, comment, après les multiples exercices qui ressortent chaque jour de mes fonctions d’homme d’Église, comment la vertu de Religion ne pousserait-elle pas en moi des racines plus profondes ? Comment n’arriverais-je pas à une habitude, à un état d’âme, donc à la vraie vie intérieure ?
* * *