Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Deuxième étape. L’homme surnaturel est esclave du devoir, et...

Deuxième étape. L’homme surnaturel est esclave du devoir, et c’est pourquoi, avare de son temps, il en ordonne l’emploi et vit d’un règlement. Il comprend que, hors de là, c’est le naturalisme, la vie commode et de caprice, depuis le lever jusqu’au coucher.
L’homme d’œuvres sans base surnaturelle ne tarde pas à en faire l’expérience. Le manque d’esprit de foi dans l’emploi du temps le conduit à cesser sa lecture spirituelle. D’autre part, s’il lit encore, il n’étudie plus. C’était bon pour les Pères de l’Église de préparer toute la semaine l’homélie du dimanche. Il préfère, à moins que la vanité ne soit en jeu, improviser, et toujours, il le croit du moins, c’est avec un rare bonheur… Il donne la préférence aux revues sur les livres. Plus d’esprit de suite. Il papillonne, La loi du travail, cette grande loi de préservation, de moralisation et de pénitence, il s’y dérobe par le gaspillage des heures libres, et le soin démesuré de se procurer des distractions.
Il trouve fatigant et de pure théorie ce qui emprisonnerait sa liberté d’allures. Son temps ne lui suffit pas pour tant d’œuvres et de devoirs sociaux, et même pour ce qu’il considère comme nécessaire pour sa santé et ses récréations. Vraiment, lui dit Satan, il y a trop d’instants consacrés aux exercices de piété : Méditation, office, messe, actes du ministère. Il faut élaguer. Et invariablement il commence par écourter la Méditation, à la faire irrégulièrement et peut-être, hélas ! il en vient peu à peu à la supprimer tout à fait. Le point indispensable pour rester fidèle à l’oraison, le lever à l’heure fixe, est d’autant plus logiquement abandonné qu’il ne se couche plus qu’assez tard, et pour cause.
Or, dans la vie active, abandonner la méditation équivaut à jeter bas les armes devant l’ennemi. « A moins d’un miracle, dit saint Alphonse, sans oraison, on finit par tomber dans le péché mortel. » Et saint Vincent de Paul : « Un homme sans oraison n’est capable de rien, pas même de se renoncer en quoi que ce soit : « c’est la vie animale toute pure. » Certains auteurs citent de sainte Thérèse ces mots : « Sans oraison, on devient bientôt une brute ou un démon. Si vous ne faites pas oraison, vous n’avez pas besoin du démon pour vous jeter en enfer, vous vous y jetez de vous-même. Au contraire, donnez-moi le plus grand pécheur, s’il fait oraison seulement un quart d’heure par jour, il se convertira ; s’il persévère, il est sûr de son salut éternel. » L’expérience des âmes sacerdotales ou religieuses vouées aux œuvres suffit pour établir qu’un ouvrier apostolique qui, sous prétexte d’occupation ou de fatigue, ou par dégoût, paresse, illusion, réduit facilement son oraison à dix ou quinze minutes, au lieu de s’astreindre à une demi-heure d’oraison sérieuse pour y puiser l’élan et la force nécessaire à la journée, tombe fatalement dans la tiédeur de volonté.
Il ne s’agit plus évidemment d’imperfections à éviter. Ce sont les péchés véniels qui fourmillent. L’impossibilité dans laquelle on s’enfonce de veiller à la garde du cœur dérobe la plupart de ces fautes à la conscience : L’âme s’est mise en état de ne plus voir, Comment combattrait-elle ce qu’elle ne discerne plus comme défectueux ? La maladie de langueur est déjà bien avancée. Elle est la conséquence de cette deuxième étape qui se caractérise par l’abandon de l’Oraison et de tout Règlement.
Tout est mûr pour la Troisième étape dont le symptôme est la négligence dans la récitation du Bréviaire. La prière de l’Église qui devait donner au soldat du Christ joie et force pour se relever de loin en loin et prendre en Dieu le moyen de planer sur le monde visible devient un pensum à subir. La vie liturgique, source de lumière, de joie, de force, de mérites et de grâces pour lui et pour les fidèles, n’est plus que l’occasion d’un devoir désagréable dont on s’acquitte à contre-cœur. La vertu intime de religion est plus qu’atteinte. La fièvre des œuvres a contribué à la dessécher. L’âme ne voit plus le culte de Dieu que lié à d’éclatantes manifestations extérieures. Le sacrifice personnel et obscur mais cordial de la louange, de la supplication, de l’action de grâces, de la réparation ne lui dit plus rien. Naguère, pendant la récitation de ses prières vocales, elle redisait avec une légitime fierté, comme si elle eût voulu rivaliser avec un chœur de moines : moi aussi In conspectu Angelorum psallam tibi.  Le sanctuaire de cette âme, autrefois embaumé de vie liturgique, est devenu une place publique où règnent le bruit et le désordre. La sollicitude exagérée des œuvres et la dissipation habituelle se chargent de décupler les distractions, que, du reste, l’on combat de moins en moins. Non in commotione Dominus.  La prière véritable n’est plus là. Précipitation, interruptions non justifiées, négligences, somnolence, retards, renvoi à la dernière heure au risque d’être vaincu par le sommeil…, et peut-être omissions de loin en loin, changent le remède en poison et le sacrifice de louange en litanies de péchés, qui peut-être arriveront à n’être plus simplement véniels !
Quatrième étape. Tout s’enchaîne. L’abîme appelle l’abîme. Les Sacrements ! Ils sont reçus ou administrés comme une chose respectable sans doute, mais on ne sent plus palpiter la vie qu’ils contiennent. La présence de Jésus dans le tabernacle ou au saint tribunal n’est plus capable de faire vibrer jusqu’à la moelle de l’âme tous les ressorts de la foi. La Messe elle-même, le sacrifice du Calvaire est un jardin fermé. L’âme, certes, est encore loin du sacrilège, nous voulons le croire. Mais elle ne ressent plus la chaleur du Sang divin. Ses consécrations restent froides et ses communions tièdes, distraites, superficielles. Familiarité irrespectueuse, routine, et peut-être même dégoût la guettent déjà.
L’apôtre ainsi déformé vit hors de Jésus, et ces paroles intimes, que Jésus ne veut dire qu’à ses vrais amis, il n’en est plus favorisé.
De loin en loin cependant, l’Ami céleste fait arriver un remords, une lumière, un appel. Il attend, il frappe, il demande à entrer : Viens à moi, pauvre âme blessée mais viens donc, je te guérirai : Venite ad me omnes… et ego reficiam vos  ; car je suis ton salut : Salus tua ego sum.  Je suis venu sauver ce qui périssait : Venit Filius hominis quaerere et salvum facere quod perierat.  Cette voix si douce, si tendre, si discrète, si pressante, procure des moments d’émotion, des velléités de mieux faire. Mais la porte du cœur n’étant que faiblement entr’ouverte, Jésus ne peut entrer, et ces bons mouvements de l’âme tiède restent sans lendemain. La grâce passe en vain et va se retourner contre l’âme. Peut-être même, dans sa miséricorde, pour ne pas amasser des trésors de colère, Jésus cessera-t-il de parler : Time Jesum transeuntem et non revertentem. 
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