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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
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1er Principe : Membre de l’Église, je dois être convaincu que lorsque comme chrétien je prends part à une cérémonie liturgique, je suis uni à toute l’Église, non seulement par la Communion des Saints, mais en vertu d’une coopération réelle et active à un acte de religion que l’Église, Corps mystique de Jésus-Christ, offre à Dieu comme Société. Et, par cette union, l’Église facilite maternellement la formation de mon âme aux vertus chrétiennes.
Votre Église, ô Jésus, forme une Société parfaite dont les membres étroitement unis entre eux sont destinés à composer une Société plus parfaite encore et plus sainte : celle des Élus.
Comme chrétien, je suis membre de ce Corps, dont vous êtes le Chef et la Vie. C’est ainsi que vous me considérez, divin Sauveur ; et je vous procure une joie spéciale quand me présentant à vous je vous considère comme mon Chef et me considère moi-même comme une des brebis de ce Bercail dont vous êtes l’unique Pasteur, et qui renferme dans son unité tous mes frères de l’Église militante, souffrante et triomphante.
Votre Apôtre m’enseigne cette doctrine qui dilate mon âme, et élargit ma spiritualité. Ainsi, dit-il, qu’en un seul corps nous avons plusieurs membres, ainsi tous ensemble, nous sommes un seul corps dans le Christ, membres les uns des autres. De même que le corps est un, dit-il ailleurs, tout en ayant plusieurs membres, et que d’autre part tous ces membres quoiqu’ils soient plusieurs, ne forment qu’un seul corps, de même en est-il du Christ.
C’est là l’unité de votre Église indivisible dans son tout et dans ses parties, tout entière dans le tout et tout entière dans chacune de ses parties, unie dans le Saint-Esprit, unie à vous, ô Jésus, et, par cette union, introduite dans Punique et éternelle Société du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
L’Église est l’assemblée des fidèles qui sous le gouvernement de la même autorité sont unis par la même foi et par la même charité, et tendent au même but, c’est-à-dire à l’incorporation au Christ, par les mêmes moyens qui se résument dans la grâce dont les canaux ordinaires sont la prière et les Sacrements.
La grande prière, canal préféré de la grâce, c’est la prière liturgique, la prière de l’Église elle-même plus puissante que la prière des particuliers et même des pieuses associations, quelque puissantes et recommandées que soient dans l’Évangile la prière solitaire et la prière associée.
Incorporé à la véritable Église, enfant de Dieu et membre du Christ par le Sacrement de Baptême, j’acquiers le droit de participer aux autres sacrements, aux offices divins, aux fruits de la Messe, aux indulgences et aux prières de l’Église. Je puis bénéficier de toutes les grâces et de tous les mérites de mes frères.
Par le Baptême, je suis marqué d’un caractère indélébile qui me députe au culte de Dieu d’après le rite de la religion chrétienne. Par la consécration baptismale, je deviens membre du royaume de Dieu et fais partie de la race choisie, du sacerdoce royal, du peuple saint.
Dès lors, je participe comme chrétien au ministère sacré, quoique d’une manière éloignée et indirecte, par mes prières, par ma part d’offrande, par mon concours au sacrifice de la Messe et aux offices liturgiques, en multipliant par la pratique des vertus, comme le recommande saint Pierre les sacrifices spirituels, en accomplissant toute chose en vue de plaire à Dieu et de m’unir à Lui, et en faisant de mon corps une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu. C’est ce que vous me faites comprendre, ô sainte Église, quand par le prêtre vous dites aux fidèles : Orate fratres ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat… Le prêtre dit aussi dans le Canon : Souvenez-vous, Seigneur… de ceux qui sont ici… pour qui nous vous offrons ou qui vous offrent ce sacrifice de louange. Et plus loin : Recevez, Seigneur, avec bonté, nous vous en prions, cette offrande que nous vous faisons, moi votre serviteur et toute votre famille.
La sainte Liturgie, en effet, est tellement l’œuvre commune de toute l’Église, c’est-à-dire du sacerdoce et du peuple, que le mystère de cette unité y est toujours réellement présent par la force indestructible de la Communion des Saints proposée à notre foi dans le Symbole des Apôtres. L’office divin et la sainte Messe qui est la partie principale de la Liturgie ne peuvent se célébrer sans que l’Église tout entière n’y soit associée et mystérieusement présente.
Aussi dans la Liturgie, tout se fait-il en commun, au nom de tous, pour le profit de tous. Toutes les prières s’y disent au pluriel.
De ce lien étroit qui unit tous les membres entre eux par la même foi et la participation aux mêmes sacrements naît dans les âmes la charité fraternelle, marque distinctive de ceux qui veulent être les imitateurs de Jésus-Christ et marcher à sa suite : A l’amour que vous aurez les uns pour les autres, on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. Ce lien entre les membres de l’Église se resserre d’autant plus que ceux-ci participent davantage par la Communion des Saints à la grâce et à la charité du Chef qui leur communique la Vie surnaturelle et divine.
Ces vérités sont le fondement de la Vie liturgique. Celle-ci à son tour, m’y ramène constamment.
Quel amour pour vous, ô sainte Église de Dieu, cette pensée allume dans mon cœur : Je suis un de vos membres ; je suis le membres du Christ ! Quel amour elle me donne pour tous les chrétiens puisqu’ils sont mes frères et que nous ne faisons plus qu’un dans le Christ ! Quel amour pour mon divin Chef Jésus-Christ !
Bien de ce qui vous concerne ne saurait me laisser indifférent. Triste, si je vous vois persécutée, je me réjouis au récit de vos conquêtes et de vos triomphes.
Quelle joie de penser qu’en me sanctifiant, je contribue à augmenter votre beauté et travaille à la sanctification de tous les enfants de l’Église mes frères, et même au salut de la grande famille humaine !
O sainte Église de Dieu, je veux, autant qu’il dépend de moi, que vous soyez et plus belle, et plus sainte, et plus nombreuse : la splendeur de votre ensemble résultant de la perfection de chacun de vos enfants fondus en cette solidarité étroite qui fut la pensée mère de la prière de Jésus après la Cène et le vrai testament de son Cœur : Ut sint unum ! … Ut sint consummati in unum !
Quelle estime je sens en moi pour votre Prière liturgique, ô Église, ma Mère ! Puisque je suis l’un de vos membres, elle est aussi ma prière, alors surtout que j’y assiste ou y coopère. Tout ce que vous avez est à moi et tout ce que j’ai vous appartient.
Une goutte d’eau n’est rien. Unie à l’océan, elle participe à sa puissance et à son immensité. Ainsi en est-il de ma prière unie à la vôtre. Aux yeux de Dieu pour qui tout est présent et dont le regard embrasse à la fois le passé, le présent et le futur, elle ne fait qu’un avec ce concert universel de louanges que vous faites monter depuis votre commencement et continuerez de faire monter jusqu’à la fin des temps vers le trône de l’Éternel.
Vous voulez, ô Jésus, que ma piété soit à certains égards utilitaire, besogneuse et intéressée.
Mais vous m’avez appris par l’ordre des demandes du Pater combien vous désirez que ma piété soit d’abord consacré à louer Dieu, et que loin d’être égoïste, étroite et isolée, elle me fasse embrasser dans mes supplications tous les besoins de mes frères.
Facilitez-moi par la Vie liturgique cette piété élevée et généreuse qui, sans détriment du combat spirituel, donne à Dieu, et largement, la louange ; cette piété charitable, fraternelle et catholique qui enveloppe toutes les âmes et s’intéresse à toutes les sollicitudes de l’Église.
C’est votre mission, ô sainte Église, d’engendrer sans cesse de nouveaux enfants à votre divin Époux et de les élever in mensuram aetatis plenitudinis Christi. C’est donc que vous avez reçu, et abondamment, tous les moyens de réaliser ce but. L’importance que vous attachez à la Liturgie prouve son efficacité pour m’initier à la louange divine et développer mes progrès spirituels.
Pendant sa vie publique, Jésus parlait comme ayant autorité. C’est ainsi que vous aussi vous parlez, ô sainte Église ma Mère. Dépositaire du trésor de la vérité, vous avez conscience de votre mission. Dispensatrice du Sang rédempteur, vous connaissez toutes les ressources de sanctification que le divin Sauveur vous a confiées.
Vous ne vous adressez pas à ma raison pour me dire : Examine, étudie. Vous faites appel à ma foi en me disant : Aie confiance en moi. Ne suis-je pas ta Mère ? Et qu’est-ce que je désire plus que de te voir croître chaque jour en ressemblance avec ton divin Modèle ? Or, qui connaît mieux le Christ que moi qui suis son Épouse ? Où donc trouveras-tu mieux l’esprit de ton Rédempteur que dans la Liturgie, expression authentique de mes pensées et de mes sentiments ?
Oui, Mère sainte et aimée, je me laisserai conduire et former par vous avec la simplicité et la confiance d’un enfant, en me disant : C’est avec ma Mère que je prie. Ce sont ses propres paroles qu’elle met sur mes lèvres afin de me pénétrer de son esprit et de faire passer ses sentiments dans mon cœur.
Avec vous donc, ô sainte Église, avec vous je me réjouirai : gaudeamus, exultemus ; avec vous je gémirai : ploremus ; avec vous je louerai : confitemini Domino ; avec vous j’implorerai miséricorde : miserere ; avec vous j’espérerai : speravi, sperabo ; avec vous j’aimerai : diligam. Avec ardeur je m’associerai aux demandes que vous formulez dans vos admirables oraisons afin que les salutaires émotions que vous voulez faire jaillir des paroles et des rites sacrés pénètrent plus profondément dans mon cœur, le rendent plus souple aux touches de l’Esprit-Saint, et arrivent à fondre ma volonté dans celle de Dieu.
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