Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

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Ante orationem praepara animam tuam.  Immédiatement avant la Messe et à chaque reprise du Bréviaire, acte calme, mais énergique de recueillement, pour m’abstraire de ce qui ne se rapporte pas à Dieu et pour fixer mon attention vers Lui. Celui auquel je vais parler est Dieu.
Mais il est aussi mon Père. A cette crainte révérentielle que la Reine des Anges garde elle-même quand elle parle à son divin Fils, j’unirai l’ingénuité naïve qui donne, même au vieillard s’adressant à la Majesté infinie, une âme de petit enfant.
Cette attitude simple et naïve devant mon Père reflétera ingénument ma conviction d’être uni à Jésus-Christ et de représenter l’Église malgré mon indignité, et ma certitude d’avoir comme compagnons dans ma prière les Esprits de la milice céleste : In conspectu Angelorum psallam tibi. 
Pour toi, mon âme, ce n’est plus le moment de raisonner, de méditer, tu dois redevenir âme d’enfant. Lorsque tu parviens à l’âge de raison, tu acceptais comme l’expression d’une vérité absolue tout ce que ma mère te disait. Ainsi dois-tu avec la même simplicité et ingénuité recevoir de ta Mère l’Église tout ce qu’elle va te présenter comme aliment de ta foi.
Indispensable ce rajeunissement d’âme ! Dans la même mesure où je me ferai davantage une âme d’enfant, dans cette mesure je profiterai des trésors de la Liturgie et me laisserai saisir par la poésie qui s’en dégage. Dans cette mesure progressera en moi l’esprit liturgique.
Alors, facilement mon âme entrera en adoration et y restera pendant la fonction (cérémonie, bréviaire, messe, sacrements, etc.) que j’y prenne part à titre de membre ou d’ambassadeur de l’Église, ou comme Ministre de Dieu.
De ma façon d’entrer en adoration dépendent en grande partie non seulement le profit et le mérite de l’acte liturgique, mais aussi les consolations que Dieu attache à son parfait accomplissement et qui doivent me soutenir dans mes travaux apostoliques.
Je veux donc Adorer. Je veux par un élan de ma volonté m’unir, pour rendre à Dieu cet hommage, aux adorations de l’Homme-Dieu. Élan de cœur plutôt qu’effort de tête.
Je le veux avec votre grâce, ô Jésus. Et cette grâce je la solliciterai, par exemple, pour le Bréviaire, par le Deus in adjutorium, et pour la messe, par l’Introibo, posément récités.
Je veux. Et c’est ce vouloir filial et affectueux, fort et humble, uni à un vif désir de votre secours, que vous exigez de moi.
Si j’obtiens que mon intelligence présente à ma foi de beaux horizons, ou que ma sensibilité lui offre quelque pieuse émotion, ma volonté en profitera pour adorer plus facilement. Mais je me rappellerai ce principe que l’union à Dieu réside en dernière analyse dans le sommet de l’âme, dans la volonté, et alors même qu’obscurité et sécheresse seraient son lot, cette faculté en soi sèche et froide prendra alors son essor en s’appuyant sur la seule foi.
Bien accomplir les fonctions liturgiques est un don de votre munificence, Ô mon Dieu. Omnipotens et misericors Deus, de cujus munere venit ut tibi a fidelibus tuis digne et laudabiliter serviatur.  Daignez m’accorder ce don, Seigneur. Je veux rester adorateur pendant l’acte liturgique. Ce mot résume toute méthode.
Ma volonté a jeté mon cœur et le maintient devant la Majesté de Dieu. Et je renferme tout son travail dans les trois mots dignè, attentè, devotè… de la prière Aperi qui expriment très justement quelle doit être l’attitude de mon corps, de mon intelligence et de mon cœur.
Digne. Par la tenue respectueuse, par la prononciation exacte des mots avec plus de lenteur aux parties principales, par l’observation soigneuse des rubriques, par le ton de ma voix et par ma manière de faire signes de croix, génuflexions, etc., mon corps manifestera non seulement que je sais à qui je parle, ce que je dis, quel apostolat je puis parfois exercer,  mais aussi que c’est mon cœur qui agit.
A la cour des rois de la terre les simples serviteurs eux-mêmes estiment grandes les moindres charges, et prennent, à leur insu, un air majestueux et solennel. N’arriverai-je pas à acquérir cette distinction qui se traduira par mon attitude d’âme et la dignité de mon maintien dans l’exercice de ma charge, moi qui fais partie de la garde d’honneur du Roi des rois et du Dieu de toute majesté ?
Attente. – Mon esprit sera plein d’ardeur pour butiner dans les paroles et les rites sacrés tout ce qui pourra nourrir mon cœur.
Tantôt mon attention s’attachera au sens littéral des textes. Que je suive chaque phrase, ou que tout en continuant ma récitation, je médite longuement un mot qui m’aura frappé jusqu’à ce que j’éprouve le besoin de découvrir le miel de la dévotion dans une autre fleur, je reste dans les deux cas fidèle au Mens concordet voci.
Tantôt mon intelligence s’occupera du mystère du jour ou de Vidée principale du temps liturgique.
Mais son rôle restera secondaire comparé à celui de la volonté dont elle ne sera que la pourvoyeuse pour l’aider à se maintenir en adoration ou à revenir à cette attitude.
Aussi souvent que surviendront les distractions, je veux, sans dépit, sans raideur, sans à-coup, mais suavement, comme tout ce qui se fait avec votre concours, ô Jésus, et fortement comme tout ce qui veut être généreusement fidèle à ce concours, je veux revenir à l’acte adorateur.
Devote. – C’est le point capital. Tout doit se ramener à faire de l’office et de toute fonction liturgique un exercice de piété, par conséquent un acte du cœur.
« La précipitation est la mort de la dévotion. » Parlant du Bréviaire, et a fortiori de la Messe, saint François de Sales donne cette maxime comme un principe. Je m’impose donc l’obligation de consacrer environ une demi-heure à ma Messe, afin que non seulement le Canon, mais encore toutes les autres parties soient récitées pieusement. J’écarterai impitoyablement tous prétextes de faire à la bâte cet acte central de ma journée. Si l’habitude me fait tronquer certaines paroles ou cérémonies, je m’appliquerai, en exagérant même quelque temps, à aller très posément à ces endroits défectueux. 
Proportion gardée, j’étendrai cette résolution à toutes mes autres fonctions liturgiques : Sacrements, bénédictions, enterrements, etc.
Pour le Bréviaire, j’aurai soin de prévoir à quels moments je le dirai. Le temps venu, je m’astreindrai, coûte que coûte, à tout quitter. A tout prix, je veux que cette récitation soit une vraie prière du cœur. Oh ! oui, entretenez en moi, ô divin Médiateur, l’horreur de la précipitation lorsque je tiens votre place, ou agis au nom de l’Église. Persuadez-moi que la précipitation paralyse le grand Sacramental qu’est la Liturgie, et l’empêche d’entretenir cet esprit d’oraison sans lequel, sous l’extérieur d’un prêtre très zélé, je pourrais n’être à vos yeux qu’un tiède ou moins encore. Gravez dans ma conscience cette parole si capable de me faire trembler : Maledictus qui facit opus Dei fraudulenter. 
Tantôt par un élan du cœur j’embrasserai dans une synthèse de Foi le sens général du mystère rappelé par le Cycle liturgique et j’en nourrirai mon âme.
Tantôt ce sera un acte longuement savouré, acte de foi ou d’espérance, de désir ou de regret, d’offrande ou d’amour.
D’autres fois un simple regard me suffira. Regard intime et soutenu sur un mystère, sur une perfection de Dieu, sur un de vos titres, ô Jésus, sur votre Église, sur mon néant, mes misères, mes besoins, ou sur ma dignité de chrétien, de prêtre, de religieux. Regard tout différent de l’acte de l’intelligence pendant une étude théologique. Regard qui augmente la Foi, mais plus encore l’amour. Regard, pâle reflet sans doute de la vision béatifique, mais réalisant dès ici-bas ce que vous avez promis aux âmes pures et ferventes : Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt. 
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Ainsi chaque cérémonie deviendra une diversion reposante, parce que vraie respiration de mon âme que les occupations tendaient à asphyxier.
Sainte Liturgie, quel baume vous apporterez à mon âme par les diverses « fonctions ». Loin d’être une servitude onéreuse, elles constitueront une des plus grandes consolations de ma vie.
Comment pourrait-il en être autrement, puisque toujours rappelé, grâce à vous, à la dignité d’enfant et d’ambassadeur de l’Église, de membre et de ministre de Jésus-Christ, je me revêtirai de plus en plus de Celui qui est la Joie des Élus ?
Par mon union avec Lui j’apprendrai à profiter des croix de cette vie mortelle pour semer les gerbes de mon éternelle félicité, et par ma Vie liturgique, plus efficace que n’importe quel Apostolat, j’aurai conscience d’entraîner après moi d’autres âmes dans la voie du salut et de la sainteté.
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