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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
Quant aux points à toucher dans la direction des débutants d...
Quant aux points à toucher dans la direction des débutants dans la piété, il semble qu’on peut les réduire d’ordinaire aux quatre suivants :
1° Paix. – Examiner si l’âme est dans la vraie paix et non dans celle que donne le monde ou qui résulte de l’absence de lutte. Sinon, l’établir dans une paix relative en dépit de ses difficultés. Cela est à la base de toute direction. Calme, recueillement et confiance se rapportent à ce point.
2° Idéal. – Après avoir réuni les éléments nécessaires pour la classer et pour reconnaître ses points faibles, ses forces vives de caractères et de tempérament et son degré de tendance à la perfection, rechercher les moyens propres à raviver son désir de vivre plus sérieusement de Jésus-Christ et de supprimer les barrières qui s’opposent en elle au développement de la grâce. En un mot, par ce point, on tend à pousser l’âme à viser toujours plus haut, toujours Excelsior.
3° Prière. – S’enquérir comment l’âme fait ses prières, et analyser en particulier son degré de fidélité à l’oraison, son genre d’oraison, les obstacles qu’elle y rencontre et les résultats qu’elle en retire. – Profit des Sacrements, de la vie liturgique, des dévotions particulières, des oraisons jaculatoires et de l’exercice de la présence de Dieu.
4° Renoncement. – Étudier sur quoi et surtout comment se fait l’examen particulier, et comment s’exerce le renoncement, par haine contre le péché ou par amour d’une vertu, la Garde du cœur, donc la vigilance et le combat spirituel en esprit d’oraison au cours de la journée.
A ces quatre points, on peut ramener ce qu’il y a d’essentiel pour la direction. On peut les examiner tous les quatre, chaque mois, ou s’en tenir alternativement à l’un d’eux pour ne pas être trop long.
Paralysant ainsi, dans une âme, les éléments de mort et y ravivant les germes de vie, le prêtre zélé arrive à se passionner pour l’exercice de Part suprême, et le Saint-Esprit, dont il est le fidèle ministre, ne lui ménage pas ces ineffables consolations qui constituent ici-bas l’un des grands bonheurs du sacerdoce. Il les lui accorde dans la mesure ou il se dévoué pour appliquer aux âmes les principes qu’il a étudiés. Qui plus que saint Paul a éprouvé les joies de l’apostolat ? Mais aussi quel feu brûlant devait le dévorer pour qu’il ait pu écrire : Per triennium nocte et die non cessavi cum lacrymis monens unumquemque vestrum.
« Cher docteur, je sais que votre fils se destine au sacerdoce. Si lui et ses confrères, quand ils auront à soigner les âmes, prennent exemple sur votre dévouement et votre conscience professionnelle pour diagnostiquer et prescrire remèdes et régime qui doivent rendre au malade une santé florissante, ni juifs, ni francs-maçons, ni protestants ne pourront empêcher chez nous les triomphes de la foi. » Un prélat adressait en ma présence, cette phrase d’admiration et de reconnaissance au médecin qui, après de laborieux efforts avait réussi à l’arracher à une crise mortelle, et ne tardait pas à lui rendre une vigueur nouvelle.
Application de la science et exercice de dévouement seront, certes, bénis par Dieu.
Mais quelle puissance surhumaine acquerront ces deux facteurs lorsque le prêtre qui les utilise sera de ceux qui ne peuvent comprendre leur sacerdoce, sans la tendance a la sainteté.
Sainte révolution dans le monde, si, dans chaque paroisse, dans chaque mission, pour toute communauté, et à la tête de tout groupement catholique, il y avait de réels directeurs d’âmes. Alors même dans les œuvres (orphelinats, par exemple, asiles, refuges), où l’on doit garder des sujets simplement passables, il y aurait toujours à la base du programme : Former des élites, et les isoler des médiocres dans la mesure du possible, tant qu’on n’a pas été capable de les dresser à un discret mais ardent apostolat sur les autres !
Quiconque veut comparer les œuvres d’après les résultats qu’en attend Jésus, arrive forcément à cette conclusion : Partout où il y a un foyer de vraie direction spirituelle, nul besoin des fameuses « béquilles » pour déborder de merveilleux fruits. Tandis que l’emploi simultané, dans une œuvre, de toutes les « béquilles » possibles les plus en vogue ne peut que masquer le défaut de cette direction, mais jamais en atténuer la nécessité.
Plus les prêtres seront zélés pour se perfectionner dans l’art de la direction et pour s’y dévouer, plus aussi s’atténuera à leurs yeux la nécessité de certains moyens extérieurs utiles au début, pour prendre contact avec les fidèles, les attirer, les grouper, les intéresser, les retenir et les garder sous l’influence de l’Église, qui, fidèle à son but, n’est pleinement satisfaite que lorsque les âmes sont intimement incorporées à Jésus-Christ.