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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Il rayonne d’Espérance. – Comment l’homme d’oraison ne rayon...

Il rayonne d’Espérance. – Comment l’homme d’oraison ne rayonnerait-il pas d’espérance ? Sa foi l’a pour jamais établi dans cette conviction que le bonheur ne se trouve qu’en Dieu et en Dieu seul. Avec quel accent convaincant, dès lors, il parle du ciel, et de quelles ressources il dispose pour consoler ! Le moyen par excellence de se faire écouter des hommes, c’est de leur offrir le secret de porter allègrement les croix, lot de tout mortel. Avec l’Eucharistie, l’espérance du ciel renferme ce secret.
Combien vivante est la parole de consolation de l’homme qui peut, sans mentir, s’appliquer le Nostra conversatio in cœlis est.  Un autre pourra avec plus de phrase et de rhétorique, parler des joies de la patrie céleste ; ses discours seront sans fruit. Une parole du premier, parole convaincante et révélatrice de l’état d’âme de celui qui la prononce, viendra calmer ce trouble, bercer ce chagrin, faire accepter avec résignation une douleur poignante. De l’homme intérieur, la vertu d’espérance s’est communiquée irrésistiblement à une âme que jamais peut-être elle n’avait réchauffée et qui allait s’abîmer dans le désespoir.
Il rayonne de charité. – Posséder la charité est ce qu’ambitionne par-dessus tout l’âme soucieuse de se sanctifier. La compénétration de Jésus et de l’âme, le Manet in Me et Ego in eo est le but de tout homme intérieur.
Les prédicateurs expérimentés sont unanimes à le reconnaître : si les entretiens de début sur la mort, le jugement, l’enfer, sont indispensables et toujours salutaires dans une retraite ou dans une mission, l’instruction sur l’amour de Notre-Seigneur produit d’ordinaire une impression plus salutaire. Donnée par un vrai convertisseur, capable de faire partager à l’auditoire les sentiments qui l’animent, elle assure le succès et détermine les conversions.
S’agit-il de retirer une âme du péché ou de la mener de la ferveur à la perfection, l’amour de Jésus reste le levier incomparable. Le chrétien plongé dans la fange, mais capable de deviner dans son semblable un amour brûlant, allumé aux réalités invisibles, et d’autre part, considérant les déceptions et le vide des amours terrestres, commence à éprouver le dégoût du péché. Il a compris quelque chose de Dieu, quelque chose de l’immense amour de Jésus pour sa créature. Il a senti en lui comme un tressaillement de la grâce latente de son baptême et de sa première communion. Jésus s’est présenté à lui, vivant, puisque les tendresses de son Cœur ont transpiré à travers la physionomie et la voix de son ministre. Il a entrevu un autre amour, un amour noble, pur, ardent, et il s’est dit : Il est donc possible dès ici-bas d’aimer d’un amour qui domine celui des créatures.
Encore quelques manifestations plus intimes du Dieu-Amour par son héraut, et l’âme sortira de la boue où elle s’enlisait et ne s’effrayera plus des sacrifices nécessaires pour acquérir le trésor de l’amour divin, jusqu’alors presque inconnu d’elle.
Sans qu’il soit utile de développer ce point de vue, on devine quels accroissements d’amour et par là quels progrès le vrai pasteur peut assurer dans les âmes déjà sorties du péché ou déjà ferventes. Même non revêtus du sacerdoce, les hommes d’œuvres eux aussi feront naître autour d’eux, par leur ardente charité, la plus excellente des vertus théologales.
Il rayonne de Bonté. – Un zèle qui n’est pas charitable, dirait saint François de Sales, vient d’une charité qui n’est pas véritable. En savourant, par l’oraison, la suavité de Celui que l’Église appelle Bonitatis Oceanus,  une âme arrive à se transformer. Fût-elle naturellement portée à l’égoïsme et à la dureté, tous ces défauts disparaîtront peu à peu. En se nourrissant de Celui en qui apparut la bénignité de Dieu sur le monde : Benignitas et humanitas apparuit Salvatoris nostri Dei,  de Celui qui est l’image, l’expression adéquate de la Bonté divine : Imago Bonitatis illius , l’apôtre participe à la bienfaisance de Dieu et éprouve le besoin d’être comme lui « diffusivus ».
Plus un cœur est uni à Jésus-Christ, plus il participe à la qualité maîtresse du Cœur Divin et Humain du Rédempteur, à sa Bonté. Indulgence, bienveillance, compassion, tout est décuplé en lui, et sa générosité et son dévouement iront jusqu’à l’immolation joyeuse et magnanime.
Transfiguré par l’amour divin, l’apôtre s’attirera sans efforts la sympathie des âmes : In bonitate et alacritate animae suae placuit.  Ses paroles et ses actes seront empreints de bonté, d’une bonté désintéressée, sans ressemblance avec celle qu’inspirent le désir de la popularité ou l’égoïsme subtil.
« Dieu a voulu, écrivait Lacordaire, qu’aucun bien ne se fit à l’homme qu’en l’aimant, et que l’insensibilité fût à jamais incapable, soit de lui donner de la lumière, soit de lui inspirer la vertu. » Et de fait, à la force qui veut s’imposer, on met sa gloire à résister, à la science qui prétend toujours convaincre, on se fait un point d’honneur d’opposer des objections ; mais parce qu’on n’éprouve aucune humiliation à être désarmé par la bonté, facilement on cède au charme de ses procédés.
La Petite Sœur des Pauvres, la Petite Sœur de l’Assomption, la Fille de la Charité, pourraient citer une foule de conversions opérées sans discussion, par la seule vertu d’une bonté infatigable et souvent héroïque.
Dieu est là, s’écrie l’impie ou le pécheur devant ces dévouements. Je le vois, tel qu’il se définit : le « bon Dieu ». Et faut-il qu’il soit bon, pour que le commerce avec Lui rende un être si délicat capable d’anéantir son amour-propre et de faire taire ses plus légitimes répugnances !
Ces anges terrestres réalisent cette définition du P. Faber : La bonté, c’est le débordement de soi-même dans les autres. Être bon, c’est mettre les autres à la place de soi La bonté a converti plus de pécheurs que le zèle, l’éloquence ou l’instruction, et ces trois choses n’ont jamais converti personne sans que la bonté y ait été pour quelque chose. En un mot, la bonté nous rend comme des dieux les uns pour les autres. C’est la manifestation de ce sentiment dans les hommes apostoliques qui attire les pécheurs vers eux et qui les conduit ainsi à leur conversion.
Et il ajoute : Partout la bonté se montre le meilleur pionnier du Précieux Sang… Sans doute les terreurs du Seigneur sont fréquemment le principe de cette sagesse que l’on nomme conversion ; mais il faut effrayer les hommes avec bonté ; car autrement la crainte ne fera que des infidèles… 
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