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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
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Que de fausses notions et de préjugés à élaguer touchant la direction, si l’on consulte les auteurs considérés dans l’Église comme des maîtres dans la vie spirituelle.
Certaines personnes savent si bien faire dévier de son but la direction, dès que le prêtre laisse son zèle flotter sans boussole et ne tient le gouvernail que d’une main débile !
Séance de bavardage stérile ou de dorlotage amollissant qui flattent l’amour-propre ou, tournant au quiétisme, émoussent la responsabilité personnelle ; école de « pieuseté » et de sentimentalisme où se développé le goût des émotions sensibles ou celui d’une religiosité toute de dévotions extérieures ; sorte d’étude de notaire où l’on s’habitue à venir consulter pour les moindres incidents de la vie, les affaires temporelles et les détails de famille ; combien d’autres fausses routes où peuvent s’égarer malheureusement directeurs et dirigés !
Aussi, le prêtre doit-il veiller à ce que le caractère de la direction ne soit pas faussé. Tout doit converger vers le but précisé dans cette définition : La Direction consiste dans l’ensemble méthodique et suivi des conseils qu’une personne ayant grâce d’état, science et expérience (le prêtre surtout) donne à une âme droite et généreuse pour la faire avancer vers la solide piété et même vers la perfection.
C’est, avant tout, un dressage de la volonté, de cette faculté maîtresse que saint Thomas appelle Vis unitiva, la seule, en dernière analyse, dans laquelle réside l’union avec Notre-Seigneur et l’imitation de ses vertus.
Le directeur digne de ce nom, se rend compte non seulement des causes intimes des manquements mais encore des divers attraits de l’âme. Il analyse ses difficultés et répugnances dans le combat spirituel. Il fait rayonner l’idéal, essaie, choisit et contrôle le moyen de le vivre, signale les écueils et les illusions, secoue la torpeur, encourage, reprend, et console au besoin mais seulement pour retremper la volonté contre le découragement ou le désespoir.
La direction se lie ordinairement à la Confession tant que l’âme gardant des attaches au péché reste surtout dans la vie purgative. Lorsque l’âme est sérieusement orientée vers la ferveur, plus facilement la direction peut devenir distincte de la confession. C’est pour qu’on évite de les confondre, que certains prêtres ne veulent la donner qu’après l’absolution, et ne l’accordent ordinairement qu’une fois par mois à ceux qui se confessent chaque semaine.
Il n’est pas dans le programme de ce volume de développer comment se fait la direction. Mais persuadé que nombre de prêtres doivent prendre plus au sérieux cet art spirituel, ce nous serait une grande joie, nous l’avouons, de tenter d’offrir à certains confrères hésitant à étudier des ouvrages volumineux, une synthèse brève et pratique de ce qui a été donné de meilleur sur ce sujet. Ce compendium non seulement faciliterait l’auscultation et la classification des âmes, mais préciserait les moyens préconisés pour le Duc in altum adapté aux principaux états.
Chaque âme est comme un monde à part. Elle a ses nuances propres. Cependant, ex communiter contingentibus, on peut classer les chrétiens en quelques groupes. Nous croyons utile d’essayer ci-dessous ce classement, en prenant comme pierre de touche, d’une part le péché ou l’imperfection, et de l’autre la prière. Puissions-nous, par ce tableau, amener quelques-uns de nos vénérés confrères à réfléchir sur la nécessité d’une étude qui leur permettrait de connaître les règles pratiques pour diriger chaque âme suivant son état.
Si pour les deux premières catégories, ce n’est pas directement que le prêtre peut atteindre les âmes, du moins s’il est bon directeur, il guidera bien plus efficacement les parents ou les amis qui ont à cœur de tirer, même de l’endurcissement, des êtres qui leur sont chers et que Dieu n’a pas encore définitivement rejetés.
Péché mortel. – Croupissement dans ce péché, par ignorance ou conscience malicieusement faussée. – Étouffement ou absence de remords.
Prière. – Suppression voulue de tout recours à Dieu.
Péché mortel. – Considéré comme un mal léger et aisément pardonné ; l’âme s’y laisse aller facilement à n’importe quelle occasion ou tentation. – Confession presque sans contrition.
Prière. – Machinale, sans attention ou toujours dictée par intérêt temporel. – Rares et superficielles, rentrées en soi-même.
Péché mortel. – Faiblement combattu. – Fuite peu fréquente des occasions ; mais regrets sérieux et vraies confessions.
Péché véniel. – Pacte avec ce péché considéré comme mal insignifiant ; donc, tiédeur de volonté. – Rien pour le prévenir, l’arracher ou le découvrir.
Prière. – Assez bien faite de loin en loin. – Velléités passagères de ferveur.
Péché mortel. – Loyalement combattu. Fuite habituelle des occasions. – Regrets très vifs. – Pénitences pour réparer.
Péché véniel. – Parfois délibéré. – Faible combat. – Regrets superficiels. – Examen particulier sans esprit de suite.
Prière. – Résolution insuffisante d’être fidèle à la méditation que l’âme abandonne dès qu’il y a sécheresse ou multiples occupations.
Péché mortel. – Jamais. – Tout au plus très rares surprises violentes et soudaines. Souvent alors péché mortel douteux suivi d’ardente componction et de pénitence.
Péché véniel. – Vigilance pour l’éviter et le combattre. – Rarement délibéré. – Vivement regretté, mais peu réparé. – Examen particulier suivi, mais ne visant que la fuite des péchés véniels.
Imperfections. – L’âme évite de les découvrir pour ne pas les combattre, ou les excuse facilement. – Renoncement admiré et même désiré, mais peu pratiqué.
Prière. – Fidélité constante malgré tout à l’oraison souvent affective. – Alternance de consolations spirituelles et d’aridités péniblement subies.
Péché véniel. – Jamais délibéré. – Par surprise quelquefois ou avec demi-advertance. – Vivement regretté et sérieusement réparé.
Imperfections. – Désavouées, surveillées et combattues avec cœur, pour être plus agréable à Dieu. – Quelquefois acceptées cependant, mais aussitôt regrettées. – Actes fréquents de renoncement. – Examen particulier visant le perfectionnement dans une vertu.
Prière. – Oraison mentale volontiers prolongée. – Oraison plutôt affective et même de simplicité. – Alternance de fortes consolations et d’angoissantes épreuves.
Imperfections. – Énergiquement prévenues avec grand amour. – Ne surviennent qu’avec demi-advertance.
Prière. – Vie habituelle d’oraison, même en se dépensant au dehors. – Soif de renoncement, d’anéantissement, de détachement et d’amour divin. – Faim de l’Eucharistie et du ciel. – Grâces d’oraison infuse de divers degrés. Souvent, purifications passives.
Imperfections. – De simple premier mouvement.
Prière. – Dons surnaturels de contemplation accompagnés parfois de phénomènes extraordinaires. – Purifications passives accentuées. – Mépris de soi jusqu’à l’oubli. – Préférence des souffrances aux joies.
Imperfections. – A peine apparentes.
Prière. – Le plus souvent : Union transformante. – Mariage spirituel. – Purifications d’amour. – Soif ardente de souffrances et d’humiliations.
Trop clairsemées, les âmes d’élite qui atteignent les trois derniers états. Chez elles, le péché véniel est de plus eu plus rare. Aussi, peut-on comprendre que les prêtres attendent l’occasion d’avoir de tels sujets avant d’étudier ce que les meilleurs auteurs indiquent pour qu’alors leur direction soit prudente et sûre.
Mais pourrait-on excuser le confesseur qui, faute de zèle pour apprendre et appliquer ce qui se rapporte aux quatre classes : Piété médiocre, Piété intermittente, Piété soutenue et Ferveur, laisserait quantité d’âmes moisir dans une triste tiédeur ou stationner bien au-dessous du degré de vie intérieure auquel Dieu les destinait.
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