Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

Voyons par six traits principaux comment cette vie intérieur...

Voyons par six traits principaux comment cette vie intérieure s’infiltrant dans une âme l’asseoit dans la vraie vertu.
Difficilius est bene conversari cum cura mimarum propter exteriora pericula.  Nous avons parlé de ce danger au chapitre précédent.
Tandis que l’ouvrier évangélique dépourvu d’esprit intérieur ignore les périls que font naître les œuvres et ressemble ainsi au voyageur sans armes traversant une forêt infestée par les brigands, l’apôtre vrai les redoute, lui, et chaque jour se précautionne contre eux par un sérieux examen de conscience qui lui découvre ses points faibles.
Se rendre compte d’un péril incessant, la vie intérieure ne procurerait-elle que cet avantage que déjà elle contribuerait puissamment à préserver des surprises de la route, car un danger prévu est à demi écarté. Mais bien autre est son utilité. Elle devient pour l’homme d’œuvres une armure complète : induite armaturam Dei, ut possitis stare adversus insidias diaboli  armure divine qui lui permet non seulement de résister aux tentations et d’éviter les pièges du démon : Ut possitis resistere in die malo, mais encore de sanctifier tous ses actes : Et in omnibus perfecti stare.
Elle le ceint de la pureté d’intention qui concentre sur Dieu pensées, désirs et affections, et l’empêche de s’égarer dans la recherche des aises, des plaisirs et des distractions : Succincti lumbos vestros in veritate.
Elle le revêt de la cuirasse de la charité qui lui donne un cœur viril et le défend contre les séductions de la créature et de l’esprit du siècle aussi bien que contre les assauts du démon : Induti loricam justitiae.
Elle le chausse de la discrétion et de la retenue, afin que dans toutes ses démarches, il sache allier la simplicité de la colombe à la prudence du serpent : Calceati pedes in praeparatione Evangelii.
Satan et le monde chercheront à abuser son intelligence par les sophismes des fausses doctrines, à énerver son énergie par l’appât des maximes relâchées. A ces mensonges la vie intérieure oppose le bouclier de la foi qui fait briller aux yeux de l’âme la splendeur de l’idéal divin : In omnibus sumentes scutum fidei in quo possitis omnia tela nequissimi ignea extinguere.
Connaissance de son néant, sollicitude pour son propre salut, conviction qu’elle ne peut absolument rien sans le secours de la grâce, et dès là, prière instante, suppliante et fréquente, d’autant plus efficace qu’elle est plus confiante, sont à l’âme un casque d’airain sur lequel viendront s’émousser les coups de l’orgueil : Caleam salutis assumite.
Ainsi armé de pied en cap, l’apôtre peut sans crainte se donner aux œuvres, et son zèle enflammé par la méditation de l’Évangile, fortifié par le Pain eucharistique, devient un glaive qui lui sert tout à la fois à combattre les ennemis de son âme et à conquérir une foule d’âmes au Christ : Gladium spiritus quod est verbum Dei.
Seul le saint, avons-nous dit, au milieu de l’embarras des affaires et malgré un contact habituel avec le monde sait sauvegarder son esprit intérieur et diriger toujours ses pensées et ses intentions vers Dieu seul. Chez lui, toute dépense d’activité extérieure se trouve tellement surnaturalisée et enflammée de charité, que, loin d’amener une diminution de forces, elle occasionne nécessairement un accroissement de grâce.
Chez les autres personnes, même ferventes, au bout d’un temps plus ou moins long donné aux occupations extérieures, la vie surnaturelle paraît subir des déperditions. Trop préoccupé du bien à faire au prochain, trop absorbé par une compassion insuffisamment surnaturelle pour les misères à soulager, leur cœur imparfait semble lancer vers Dieu des flammes moins pures, obscurcies par la fumée de nombreuses imperfections.
Dieu ne punit point cette faiblesse par une diminution de sa grâce, et il ne tient pas rigueur de ces défaillances, pourvu qu’il y ait eu efforts sérieux de vigilance et de prière pendant l’action, et que l’âme se dispose, le travail achevé, à revenir près de Lui se reposer et réparer ses forces. Ces perpétuels recommencements occasionnés par l’entrelacement de vie active et de vie intérieure réjouissent son cœur paternel.
D’ailleurs, chez ceux qui luttent, ces imperfections deviennent de moins en moins profondes et fréquentes, à mesure que l’âme apprend à recourir, sans se lasser, à Jésus, qu’elle trouve toujours prêt à lui dire : Reviens à moi, pauvre cerf haletant, altéré par la longueur du chemin. Viens trouver dans les eaux vives le secret d’une nouvelle agilité pour des courses nouvelles. Retire-toi un instant de la foule qui ne saurait t’offrir l’aliment dont tes forces épuisées ont besoin : Venite seorsum et requiescite pusillum.  Dans le calme, dans la paix que tu goûteras près de moi, non seulement tu retrouveras bientôt ta première vigueur, mais encore tu apprendras le moyen de faire davantage en te dépensant moins. Élie, accablé, découragé, vit ses énergies ranimées en un instant par un pain mystérieux. Ainsi, mon apôtre, dans cette tâche enviable de corédempteur qu’il m’a plu de t’imposer, je t’offre, et par ma parole qui est toute vie, et par ma grâce, c’est-à-dire par mon sang, d’orienter à nouveau ton esprit vers les horizons éternels, de renouveler entre ton cœur et le mien un pacte d’intimité. Viens, je te consolerai des tristesses et des déceptions du voyage. Et dans le foyer de mon amour tu retremperas l’acier de tes résolutions : Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis et ego reficiam vos. 
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