Feria V 9 Iulii 2026, Hebdomada XIV per annum,
Retour aux livres
Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat

A la contagion du mal des siècles précédents, il suffisait p...

A la contagion du mal des siècles précédents, il suffisait pour préserver les âmes, d’opposer une piété ordinaire. Au virus actuel d’une violence centuplée, inoculé par les appâts du monde, il faut un sérum vivifiant bien plus énergique. Faute de laboratoires capables de produire des contre-poisons efficaces, ou bien les œuvres se sont bornées à procurer la ferveur du sentiment, grands élans presque aussi vite éteints qu’allumés, ou bien elles n’ont pu atteindre que d’infimes minorités. Séminaires et noviciats n’ont pas donné des essaims de prêtres, de religieux et de religieuses assez enivrés du vin Eucharistique. Aussi le feu, qui par ces âmes choisies devait se répandre sur les pieux laïcs dévoués aux œuvres, est resté latent. On a donné sans doute à l’Église des apôtres pieux. On ne lui a donné que très rarement des ouvriers évangéliques ayant de par leur vie Eucharistique cette piété intégrale de garde du cœur et de zèle, ardente, active, généreuse et pratique qui s’appelle la vie intérieure.
On entend parfois qualifier de bonne, d’excellente, une paroisse, parce que les gens y saluent poliment le prêtre, lui répondent avec déférence, lui manifestent quelque sympathie, lui rendent même au besoin volontiers service, mais où le plus grand nombre remplace par le travail l’assistance à la messe du dimanche, où les Sacrements sont abandonnés, où règnent l’ignorance de la Religion, l’intempérance et le blasphème, où la morale laisse fort à désirer. Quelle pitié ! Excellente paroisse ? Peut-on appeler chrétiens ces gens à la vie toute païenne ?
Ouvriers évangéliques, nous qui déplorons ces tristes résultats, que ne sommes-nous allés davantage à cette école où le Verbe enseigne les prédicateurs ! Que n’avons-nous puisé plus profondément dans le cœur à cœur avec le Dieu de l’Eucharistie, la parole de vie ! Dieu n’a pas parlé par notre bouche. C’était fatal. Cessons de nous étonner que notre parole humaine soit restée presque stérile.
Nous ne sommes pas apparus aux âmes comme un reflet de Jésus et de sa vie dans l’Église. Pour que le peuple crût en nous, il eût fallu que brillât autour de notre front quelque chose de l’auréole qui illuminait Moïse, lorsque descendant du Sinaï il revenait vers les Israélites. Cette auréole était aux yeux des Hébreux un témoignage de l’intimité du représentant avec Celui qui l’envoyait. Il eût fallu pour notre mission que nous apparussions non seulement hommes probes et convaincus, mais qu’un rayon de l’Eucharistie laissât deviner au peuple de Dieu vivant auquel rien ne résiste. Rhéteurs, tribuns, conférenciers, catéchistes, professeurs, nous n’avons réussi qu’imparfaitement, parce que nous n’avons pas reflété l’intimité divine.
Apôtres qui nous lamentons sur les insuccès de nos œuvres, nous qui savions pourtant qu’en dernière analyse l’homme n’est ordinairement mû que par le désir d’être heureux, demandons-nous si les hommes ont perçu en nous ce rayonnement du bonheur éternel et infini de Dieu que nous eût donné l’union avec Celui qui, caché au Tabernacle, est cependant la Joie de la Cour céleste.
Le Maître, Lui, n’oubliait pas cette nourriture de joie indispensable à ses apôtres. Haec locutus sum vobis ut gaudium meum sit in vobis et gaudium vestrum impleatur,  dit-il aussitôt après la Cène, pour rappeler à quel point l’Eucharistie sera la source de toutes les grandes allégresses d’ici-bas.
Ministre du Seigneur pour qui le tabernacle fut muet, la pierre de la consécration froide, l’Hostie mémorial respecté, mais presque inerte, nous avons dû laisser les âmes dans leurs voies mauvaises. Gomment aurions-nous pu les faire sortir de la fange de leurs plaisirs défendus ? Nous avons parlé cependant des joies de la religion et de la bonne conscience. Mais parce que nous n’avons pas su nous désaltérer assez aux eaux vives de l’Agneau, nous n’avons pu que bégayer en parlant de ces joies ineffables dont le désir aurait, plus efficacement que nos paroles foudroyantes sur l’enfer, brisé les chaînes de la triple concupiscence. En Dieu qui est tout Amour, les âmes ont surtout vu par nous le législateur austère et le juge aussi inexorable dans ses arrêts que rigoureux dans ses châtiments. Nos lèvres n’ont pas su parler le langage du Cœur de Celui qui aime les hommes, parce que nos entretiens avec ce Cœur étaient aussi rares que peu intimes.
Ne rejetons pas la faute sur l’état de démoralisation profonde de la société, puisque nous voyons par exemple ce que, sur des paroisses déjà déchristianisées, a pu opérer la présence de prêtres judicieux, actifs, dévoués, capables, mais par-dessus tout, amants de l’Eucharistie. En dépit de tous les efforts des ministres de Satan, facti diabolo terribiles, puisant la force au foyer de la force, dans le brasier du tabernacle, ces prêtres, malheureusement rares, ont su tremper des armes invincibles que les démons conjurés ont été impuissants à briser.
L’oraison près de l’Autel n’a plus été pour eux stérile, car ils sont devenus capables de comprendre ces paroles de saint François d’Assise : L’oraison, c’est la source de la grâce. La prédication c’est le canal qui distribue les grâces que nous avons reçues du Ciel. Les ministres de la parole de Dieu sont choisis du grand Roi pour porter aux peuples ce qu’ils auront appris et recueilli eux-mêmes de sa bouche, surtout près du tabernacle.
Le grand motif d’espérer est de voir actuellement cette génération d’hommes d’œuvres qui ne se contentent plus de promouvoir des communions de parade, mais savent faciliter l’éclosion d’âmes de vrais communiants.
Retour en haut