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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
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3e Principe : Prêtre, je dois, lorsque je consacre l’Eucharistie ou administre les Sacrements, raviver ma conviction que je suis Ministre de Jésus-Christ, donc Alter Christus ; et tenir pour certain qu’il dépend de moi de trouver dans l’exercice de mes fonctions des grâces spéciales pour acquérir les vertus exigées par mon Sacerdoce.
Vos fidèles, ô Jésus, forment un seul Corps, mais dans ce Corps tous les membres n’ont pas les mêmes attributions. Divisions gratiarum sunt.
Ayant voulu laisser visiblement votre Sacrifice à l’Église, vous lui avez confié un Sacerdoce dont le but principal est de continuer votre immolation sur l’autel, puis de distribuer votre Sang par les Sacrements et de sanctifier votre Corps mystique en y répandant votre Vie divine.
Souverain Prêtre, vous avez décidé de toute éternité de me choisir et consacrer pour votre Ministre afin d’exercer par moi votre Sacerdoce. Vous m’avez communiqué vos pouvoirs afin d’accomplir par ma coopération une œuvre plus grande que la création de l’univers, le miracle de la Transubstantiation, et de rester, par cette merveille, l’Hostie et la Religion de votre Église.
Comme je comprends les expressions enthousiastes des Saints Pères pour dire la grandeur de la dignité sacerdotale ! Leurs paroles me contraignent logiquement à me considérer, en vertu de la communication de votre Sacerdoce, comme un autre Vous-même : Sacerdos alter Christus.
N’y a-t-il pas, en effet, identification entre Vous et moi, puisque Votre Personne et la mienne sont à ce point unies, que ces mots : Hoc est Corpus meum, Hic est calix Sanguinis mei, vous les faites vôtres, lorsque je les prononce ? Je vous prête mes lèvres, puisque sans mensonge je puis dire : Mon Corps, Mon Sang. Il suffit que je veuille consacrer pour que vous le vouliez aussi. Votre volonté est fondue avec la mienne. Dans Pacte le plus grand que vous puissiez faire ici-bas, votre âme est liée à mon âme. Je vous prête ce qui est le plus à moi, ma volonté. Et la Vôtre aussitôt se fusionne avec la mienne.
C’est tellement Vous qui agissez par moi que si j’osais dire sur la matière du Sacrifice : Ceci est le Corps de Jésus-Christ, au lieu de : Ceci est mon Corps, la consécration serait invalide.
L’Eucharistie, c’est Vous-même, ô Jésus, sous les apparences du pain. Et chaque Messe ne vient-elle pas remettre en relief à mes yeux que le prêtre c’est Vous-même, ô Prêtre unique, sous les apparences d’un homme que vous avez choisi pour votre Ministre ?
Alter Christus ! Je suis amené à revivre ce mot toutes les fois que je confère les autres Sacrements. Seul, vous pouvez dire en qualité de Rédempteur : Ego te baptizo, Ego te absolvo, et exercer ainsi un pouvoir aussi divin que celui de créer. Je profère moi aussi ces mêmes paroles. Et les Anges y sont plus attentifs qu’au Fiat qui féconda le néant, puisqu’elles sont capables, ô merveille ! de former Dieu dans une âme et de produire un Enfant de Dieu participant à la vie intime de la Divinité.
À chaque fonction sacerdotale je crois vous entendre me dire : Comment, ô mon fils, pourrais-tu supposer que t’ayant fait Alter Christus par ces pouvoirs divins, je tolère que dans la direction habituelle de ta vie tu sois un « Sans Christ », ou même un « Contre-Christ » ?
Quoi ! dans l’exercice de ces fonctions tu viens d’agir fondu avec moi. Et un instant après, ce serait Satan qui prendrait ma place pour faire de toi par le péché une sorte d’Antéchrist, ou qui t’endormirait au point de te faire délibérément oublier l’obligation de m’imiter et de travailler à te revêtir de moi, suivant l’expression de mon Apôtre ?
Absit ! Tu peut compter sur ma miséricorde lorsque la fragilité humaine est seule en jeu dans tes fautes journalières aussitôt regrettées et réparées. Mais accepter froidement un parti-pris d’infidélités, et revenir sans remords à tes fonctions sublimes serait exciter sûrement ma colère !
Abîme entre tes fonctions et celles des prêtres de l’ancienne Loi. Et cependant si mes prophètes menaçaient Sion à cause des péchés du peuple ou de ses gouvernants, écoute ce qui résultait de la prévarication des prêtres : Complevit Dominus furorem suum, effudit iram indignationis suae ; et succendit ignem in Sion, et devoravit fundamenta ejus… propter iniquitates sacerdotum ejus.
Aussi avec quelle rigueur mon Église interdit au prêtre de monter à l’autel ou de conférer les Sacrements, s’il reste sur sa conscience une seule faute mortelle !
Sous mon inspiration, elle va plus avant. Par ses rites, elle te met dans l’alternative de la piété ou de l’imposture. Tu dois te décider à vivre de la Vie intérieure, ou m’exprimer, du commencement à la fin de la Messe, ce que tu ne penses pas et me demander ce que tu ne désires pas. Esprit de componction et purification des moindres fautes, donc garde du cœur ; esprit d’adoration, donc de recueillement ; esprit de foi, d’espérance et d’amour, donc direction surnaturelle de la conduite extérieure et des œuvres, tout cela est lié intimement aux paroles sacrées et aux cérémonies.
Je me rends compte, ô Jésus, que revêtir les ornements sacrés, sans être résolu à m’efforcer d’acquérir les vertus qu’ils symbolisent, serait une sorte d’hypocrisie. Je veux désormais que prostrations, signes, formules ne soient jamais un vain simulacre cachant vide, froideur, indifférence pour la vie intérieure et ajoutant à mes fautes celle d’une exhibition mensongère à la face de l’Éternel.
Qu’un saint tremblement s’empare donc de moi chaque fois que je m’approche de vos redoutables mystères et que je revête les vêtements liturgiques. Que les prières dont j’accompagne cet acte, que les formules si pleines d’onction et de force du Missel et du Rituel m’invitent à scruter mon cœur afin de juger s’il s’harmonise vraiment avec le Vôtre, ô Jésus, par un désir loyal et efficace de vous imiter par la Vie intérieure.
Arrière les subterfuges, ô mon âme, qui me feraient considérer comme suffisant d’être Alter Christus seulement pendant les fonctions sacrées, et croire qu’ensuite, pourvu que je ne sois pas un « Contre-Christ », je puis me dispenser de travailler à me revêtir de Jésus-Christ.
Non seulement Ambassadeur de Jésus crucifié, mais encore un autre Lui-même, je prétendrais m’embusquer dans une piété commode et me contenter de vertus bourgeoises !
En vain voudrais-je me persuader que l’habitant des cloîtres est tenu plus que moi de faire des efforts pour imiter Jésus et acquérir la vie intérieure. Erreur profonde basée sur une confusion.
Pour tendre à la sainteté, le religieux s’oblige à prendre certains moyens : Vœux d’obéissance et de pauvreté, pratique de la Règle. Comme prêtre, je ne suis pas astreint à ces moyens, mais je suis tenu de poursuivre et de réaliser la même fin et à beaucoup plus de titres que l’âme consacrée à qui n’a pas été confiée la dispensation du Sang divin.
Malheur donc à moi si je me berçais d’une illusion sans nul doute coupable, puisque pour la dissiper je n’ai qu’à consulter l’enseignement de l’Église et de ses Saints. Illusion dont la fausseté m’apparaîtrait au seuil de l’éternité.
Malheur à moi si je ne savais pas profiter de mes fonctions pour percevoir vos exigences, ou si je restais sourd à la voix que me font entendre les objets saints qui m’entourent : autel, confessionnal, fonts baptismaux, vases, linges et ornements sacrés. Imitamini, quod tractatis. Mundamini, qui fertis vasa Domini. Incensum ei panes offerunt Deo, et ideo sancti erunt.
Je serais d’autant moins excusable de fermer l’oreille à ces appels, ô Jésus, que chacune de mes fonctions est l’occasion d’une grâce actuelle que vous m’offrez pour modeler mon âme à votre image et ressemblance.
C’est l’Église qui sollicite cette grâce. C’est son cœur qui, jaloux de répondre à votre attente, me soigne comme la prunelle de l’œil. C’est Elle qui avant mon ordination m’a fait ressortir les graves conséquences de mon identification avec vous.
Impone, Domine, capiti meo galeam salutis, ad… Praecinge me cingulo puritatis… Ut indulgeris omnia peccata mea. Fac me tuis semper inhaerere mandatis et a te numquam separari permittas, etc. Ce n’est plus moi seul qui fais ces demandes pour moi. Ce sont tous les vrais fidèles, toutes les âmes ferventes à Vous consacrées, tous les membres de la hiérarchie ecclésiastique qui font de ma pauvre prière leur propre prière. Leur cri s’élève vers votre Trône. C’est la voix de votre Épouse que vous percevez. Et lorsque, résolus de poursuivre la Vie intérieure, vos ministres harmonisent leur cœur avec leurs fonctions, ces supplications de votre Église pour eux, vous les exaucez toujours.
Au lieu de m’exclure, par ma négligence volontaire, des suffrages que j’adresse à votre Père pour l’ensemble des fidèles, à l’occasion de la Messe ou de l’administration des Sacrements, je veux profiter de ces grâces, ô Jésus. A chacun de mes actes de Prêtre j’ouvrirai largement mon cœur à votre action. Vous y jetterez alors les lumières, les consolations et les énergies qui, en dépit des obstacles, me permettront d’identifier avec les vôtres mes jugements, affections et volontés, comme le Sacerdoce m’identifie avec Vous, Prêtre éternel, lorsque par moi vous vous faites Victime sur l’autel ou Rédempteur des âmes.
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