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Livre : Dom Chautard, l'âme de tout apostolat
Mon Dieu, vous êtes la Sainteté, et ici-bas vous n’admettez ...
Mon Dieu, vous êtes la Sainteté, et ici-bas vous n’admettez une âme dans votre intimité que dans la mesure où elle s’applique à détruire ou à éviter tout ce qui pour elle peut être souillure.
Paresse spirituelle pour élever son cœur vers vous ; affection désordonnée pour la créature ; brusqueries et impatiences ; rancune, caprices, mollesse, recherche des aises ; facilité à parler sans raison véritable des défauts d’autrui ; dissipation, curiosité ne se rapportant en rien à la gloire de Dieu ; babil, loquacité, jugement vains et téméraires sur le prochain ; vaine complaisance en moi-même ; mépris pour les autres, critique de leur conduite ; recherche de l’estime et de la louange dans le mobile qui me fait agir ; étalage de ce qui est à mon avantage ; présomption, entêtement, jalousie, manque de respect vis-à-vis de l’autorité, murmures ; immortification dans le boire et le manger, etc., quelle fourmilière de péchés véniels ou au moins d’imperfections volontaires peut m’envahir et me priver des grâces abondantes que de toute éternité vous me réserviez.
Que seront mon oraison et ma Vie liturgique, si elles ne m’amènent pas progressivement à tenir mon âme assez recueillie pour être en éveil même contre les fautes de pure fragilité, si elles ne m’aident pas à me relever avec promptitude dès que ma volonté commence à fléchir, et même si elles ne m’incitent pas à m’imposer dans certains cas une sanction ?
Faute de garde du cœur, dire que je puis, ô Jésus, paralyser votre action en moi !
Messes, Communions, Confessions, autres exercices de piété, protection spéciale de la divine Providence en vue de mon salut éternel, sollicitude de mon Ange gardien, que dis-je ? même votre maternelle vigilance sur moi, ô ma Mère immaculée, tout peut être paralysé, stérilisé par ma faute.
Si je manque de bonne volonté pour m’imposer cette contrainte à laquelle, ô Jésus, vous faites allusion par ces mots ; Violenti rapiunt illud, Satan cherchera sans cesse à surprendre mon cœur pour l’égarer et l’affaiblir, et il ira jusqu’à pervertir ma conscience par l’illusion.
Certaines de tes chutes, ô mon âme, que tu qualifies de pure fragilité sont peut-être déjà d’une nature différente aux yeux de Dieu. Si tu ne pratiques pas l’exercice de la Garde du cœur, et si tu ne tends pas à réaliser ce programme : Je veux arriver à garder à Jésus le mobile de chacune de mes actions, comment peux-tu affirmer le contraire ?
Sans cette résolution de Garde du cœur, non seulement j’accumule des expiations effrayantes et prolongées pour le Purgatoire, mais, si j’évite encore le péché mortel, je suis sur la pente qui y conduit fatalement. Y songes-tu, mon âme ?
Trinité Sainte, si, comme je l’espère, je suis en état de grâce, vous demeurez dans mon cœur, avec toute votre gloire, avec toutes vos perfections infinies, tel enfin que vous habitez dans le Ciel, quoique caché sous le voile de la foi.
Aucun instant où vous n’ayez les yeux sur moi pour discerner mes actions.
Votre justice et votre miséricorde opèrent sans cesse en moi. Pour répondre à mes infidélités, tantôt vous me retirez vos grâces de choix ou vous cessez de disposer maternellement les événements qui devraient tourner à mon avantage, tantôt, pour me ramener à vous, vous m’accablez de nouveaux bienfaits.
Si votre habitation en moi était à mes yeux l’événement le plus considérable et le plus digne d’attirer mon attention, serais-je si fréquemment et si longtemps sans y penser ?
N’est-ce pas de cette inattention à ce fait fondamental de mon existence que proviennent les insuccès qui jusqu’ici ont suivi mes tentatives de Garde du cœur ?
Les Oraisons jaculatoires se succédant régulièrement dans la journée auraient dû me rappeler cette habitation toute d’amour de Dieu en moi. As-tu assez fait, mon âme, jusqu’à ce jour, pour jalonner ainsi ta vie à chaque heure au moins une fois ? As-tu assez profité de ton oraison quotidienne et de ta Vie liturgique pour rentrer de temps en temps, ne fût-ce que quelques secondes, dans le sanctuaire intime de ton cœur, afin d’y adorer la Beauté infinie, l’Immensité, la Toute-Puissance, la Sainteté, la Vie, l’Amour, en un mot le Bien suprême et parfait qui daigne y résider et qui est ton Principe et ta Fin ?
Communions spirituelles, quelle place occupez-vous dans ma journée ? Et cependant vous êtes à tout instant à ma disposition non seulement pour me rappeler l’habitation de la Très Sainte Trinité en moi, mais encore pour accroître cette inhabitation par une nouvelle infusion du Sang Rédempteur dam mon âme !
Quel cas ai-je fait jusqu’à présent de ces trésors placés sur ma route ? Il m’eût suffi de me baisser pour recueillir ces diamants et en orner mon diadème. Que je suis loin de ces âmes qui, tout en continuant leurs travaux ou leurs conversations, reviennent des milliers de fois dans une journée à leur hôte divin ! Elles ont contracté cette habitude, et leur cœur est fixé là où est leur trésor.